Note approfondie du Millénaire sur les élections sénatoriales du 3 novembre 2026
Avec la seule moyenne des sondages, les démocrates et leurs alliés indépendants auraient 53 sièges au Sénat le 3 novembre. La projection du Millénaire, tirée de 200 000 simulations, leur en donne 50,1, avec 42,4 % de chances de contrôle. William Thay, Sean Scull et Augustin Bataille passent en revue les quinze courses disputées, du Texas à la Géorgie, jusqu’au 51e siège.
Un Sénat qui penche à droite
Les démocrates et leurs alliés ont 42,4 % de chances de contrôler le Sénat, avec 50,1 sièges attendus. Le cas le plus fréquent est 50 sièges, puis 49 : un Sénat coupé en deux qui reste républicain, J.D. Vance départageant les votes.
Pourquoi le modèle corrige
Le modèle retire 2,33 points à l’avance démocrate dans chaque duel face à un républicain, la surestimation moyenne des sondages lors des élections de mi-mandat de 2006 à 2022. Il donne aussi du poids à l’histoire de chaque État et à la prime du sortant.
Le chemin des démocrates
Il faut aux démocrates conserver la Géorgie, la Caroline du Nord, le New Hampshire, le Minnesota et le Michigan, puis gagner trois courses parmi le Texas, où le démocrate est tout juste devant, et celles où le républicain est devant : dans le Maine, en Louisiane, en Iowa, au Kansas, en Ohio ou en Alaska.
Avant-propos
Le Sénat sortant compte 53 républicains et 47 élus du groupe démocrate, indépendants compris. Sur les 35 sièges en jeu, dont deux élections partielles en Floride et en Ohio, les républicains en défendent 22 et les démocrates 13. Les démocrates doivent gagner 4 sièges nets : à 50-50, le vice-président républicain J.D. Vance départage les votes.
La carte de 2026 leur est défavorable. Parmi les 13 sièges démocrates en jeu figurent quatre États disputés, la Géorgie, le Michigan, le Minnesota et le New Hampshire, alors que la plupart des 22 sièges républicains se trouvent dans des États que Donald Trump a gagnés de plus de 10 points en 2024 : l’Iowa, l’Ohio, l’Alaska, le Texas, le Kansas, le Nebraska et la Caroline du Sud. Le Maine est le seul siège républicain en jeu dans un État gagné par Kamala Harris.
Les chiffres viennent de la mise à jour du 31 octobre 2026 du forecast du Millénaire. La note passe en revue les courses jouées d’avance, puis les quinze courses disputées, chacune selon le même plan : géographie, candidats, sondages, analyse. Elle se termine sur les combinaisons qui mènent au 51e siège et sur les repères du soir du 3 novembre.
Pourquoi le Sénat penche républicain
Dans onze des quinze courses disputées, notre moyenne des sondages place le candidat démocrate ou indépendant en tête, alors que notre projection n’en garde que six : le Maine, l’Ohio, le Kansas, la Caroline du Sud et la Louisiane passent d’une courte avance démocrate dans les sondages à une avance républicaine dans la projection.
Moins 2,33 points, c’est ce que le modèle retire à l’avance démocrate dans chaque duel face à un républicain : la surestimation moyenne des sondages lors des sénatoriales passées, à la même distance du scrutin. Au Nebraska, au Montana, dans l’Idaho et au Dakota du Sud, où un indépendant affronte un républicain, il n’y a pas d’historique, donc pas de correction. Le centre de la projection tient d’abord aux sondages, puis à l’histoire électorale de l’État, prime au sortant comprise, et, pour une part moindre, à la structure.
Sur 148 élections sénatoriales, de 2014 à 2022 et à 17 jours du vote, le bloc historique a fait baisser l’erreur moyenne de 4,92 à 4,46 points, et les vainqueurs bien désignés sont passés de 87,8 % à 89,2 %. Mais si les sondages de 2026 sont justes, c’est le modèle qui sous-estime les démocrates.
La carte : 34 sièges acquis, 17 courses à aligner
Vingt des 35 courses ne laissent guère de doute, neuf pour les démocrates et onze pour les républicains. Avec leurs 34 sièges non renouvelés, les démocrates et leurs alliés partent ainsi de 43 sièges quasi assurés, et les républicains de 42.

La figure se lit de gauche à droite. Les neuf premières courses sont acquises aux démocrates, et viennent ensuite cinq courses où le démocrate est favori (Géorgie, Caroline du Nord, Minnesota, New Hampshire, Michigan), soit 48 sièges. La ligne de flottaison passe juste après : le Texas (Talarico devant de 0,2 point) et le Maine (Collins devant de 0,9 point) donnent les 49e et 50e sièges, la Louisiane (Letlow devant de 2,4 points) le 51e. Entre le Michigan, 14e course, et la Louisiane, 17e, l’écart projeté passe de 2,9 points d’avance démocrate à 2,4 points de retard.
L’Iowa, le Kansas, l’Ohio, l’Alaska, la Caroline du Sud et le Nebraska peuvent aussi fournir un 51e siège à la place de la Louisiane. Dans les simulations, une erreur de sondage modérée et commune à ces États en fait basculer deux ou trois à la fois, d’où des chances démocrates de 42,4 % pour une projection centrale de 50,1 sièges.
Suivre le forecast jusqu’au 3 novembre
Les chiffres de cette note viennent du forecast du Millénaire : 200 000 simulations de l’élection, mises à jour chaque jour jusqu’au scrutin. Retrouvez-y les chances de chaque camp, la projection de chaque course et le simulateur qui permet de fixer le vainqueur d’une course pour recalculer le reste de la carte.
Texas : James Talarico contre Ken Paxton
James Talarico est devant Ken Paxton de 4,0 points dans les sondages. La projection retire d’abord leur erreur, moins 2,3 points, puis l’histoire républicaine du Texas, moins 12,2, que le climat national ne compense qu’en partie, plus 7,2. Résultat : Talarico a 50,9 % de chances.
Le glissement de 2024 a été l’un des plus forts du pays, et c’est le long du Rio Grande qu’il a frappé le plus dur : le comté de Starr, hispanique à 97,7 %, a voté républicain pour la première fois depuis 1892. Procureur général de l’État, Ken Paxton a sorti le sénateur John Cornyn au second tour de la primaire, une fois reçu le soutien de Donald Trump. L’argent de campagne va nettement à Talarico, auteur d’un record démocrate au troisième trimestre ; Paxton compte sur l’extérieur, « nearly all of it bankrolled by Elon Musk » selon le Texas Tribune.
Notre analyse. Le Texas est la course où le modèle prend le plus de risque. Talarico doit reprendre des voix hispaniques dans Hidalgo, Cameron, Webb et Starr, et faire reculer Paxton dans Collin, Denton et Williamson, où l’électorat de Cornyn pèse le plus. Sinon, une forte participation rurale et évangélique le jour du vote suffirait à Paxton.
Maine : Troy Jackson contre Susan Collins
Troy Jackson mène de 1,9 point dans la moyenne des sondages. Le modèle place pourtant Susan Collins devant : 54,8 % de chances, 0,9 point d’avance projetée. Dans le modèle, la prime au sortant (moins 16,5 points) annule presque exactement ce que l’histoire de l’État et le climat national donnent à Jackson (plus 8,4 et plus 7,2) ; la correction de l’erreur des sondages fait basculer le reste vers Collins.
Le démocrate Graham Platner avait gagné la primaire, puis s’était retiré après la révélation d’une accusation d’agression sexuelle qu’il conteste. Ancien président du Sénat de l’État, Troy Jackson défend Medicare for All et l’abolition de l’ICE ; Collins l’appelle « Bernie Bro ». Elle brigue un sixième mandat. Elle n’a plus mené dans un sondage depuis septembre, ce qui rappelle 2020 : les sondages la donnaient battue, et elle avait gagné de près de 9 points.
Notre analyse. Le soir du scrutin, il faudra regarder Kennebec et Androscoggin, gagnés par Trump de 2,7 et 6,1 points. Si Jackson y est en tête, Collins aura perdu son avantage personnel.
Michigan : Abdul El-Sayed contre Mike Rogers
C’est le seul siège démocrate réellement menacé. Mike Rogers a failli l’emporter en 2024, et le modèle laisse 65,4 % de chances à Abdul El-Sayed. La défaite démocrate de 2024 s’est d’abord jouée dans le comté de Wayne, où Dearborn, ville à forte population arabo-américaine, a placé Trump en tête. Premier candidat musulman à ce niveau dans l’État, El-Sayed peut ramener à Detroit une partie de ce vote ; les républicains visent son profil progressiste dans Macomb et Oakland.
Pour l’aile gauche du Parti démocrate, une victoire d’El-Sayed dans un swing state légitimerait la ligne des démocrates socialistes pour 2028. Dans le simulateur, une victoire de Rogers ferait tomber les chances démocrates au Sénat à 13,5 %.
Notre analyse. La tendance viendra de deux comtés de banlieue : Macomb (Trump plus 13,7 en 2024) et Oakland (Harris plus 10,6). Si El-Sayed réduit l’écart dans le premier et dépasse 10 points dans le second, il gagne.
C’est l’erreur commise en 2024 par le sondage le plus célèbre de l’Iowa, l’État qui vient juste après la course de bascule, la Louisiane. Notre modèle y place Ashley Hinson bien plus haut que les sondages.
Iowa : Josh Turek contre Ashley Hinson
L’Iowa vient juste après la course de bascule, la Louisiane, qui donne le 51e siège aux démocrates. C’est aussi l’État dont le sondage le plus célèbre s’est trompé de 16 points en 2024, l’enquête Selzer donnant Harris devant de 3 points. La moyenne est presque nulle, mais quatre des cinq dernières enquêtes placent Hinson devant.
Les sondages apportent 3,9 points à Turek dans la décomposition, et le climat national 7,2. Tout le reste joue contre lui : surtout l’histoire électorale d’un État que Trump a gagné de 13 points (moins 11,7), puis la correction de l’erreur des sondages (moins 2,3). Le lien avec la course au poste de gouverneur est fort : si Rob Sand ne gagne que de peu, les chances de Turek reculent, et si Zach Lahn gagne de peu, elles s’effondrent.
Notre analyse. Sans une nette victoire de Rob Sand au poste de gouverneur, Turek ne gagnera pas l’Iowa. Le comté à regarder sera Scott, gagné par Trump de 3,9 points en 2024 : sans Scott, Turek ne gagnera pas l’État.
Ohio : Sherrod Brown contre Jon Husted
Jon Husted a 78,6 % de chances dans le modèle. C’est pourtant Sherrod Brown qui mène de 0,7 point dans les sondages : l’un des plus grands écarts de la carte, avec la Caroline du Sud et le Kansas. Mike DeWine a nommé Husted à la place de J.D. Vance ; Brown a siégé au Sénat jusqu’en 2025 et fait campagne sur les centres de données et les prix de l’énergie.
Le modèle renverse le tableau, surtout par l’histoire électorale de l’État et la prime au sortant accordée à Husted. Or Husted n’a jamais été élu au Sénat, et d’après le sondage de Bowling Green, 25 % des électeurs probables croient même à tort que Brown est le sortant. Dans le simulateur, une victoire de Brown, même courte, entraînerait le Michigan, le Maine, le Texas et l’Iowa.
Notre analyse. Avec les sondages de l’Ohio, les démocrates auraient plus de trois chances sur quatre de prendre le Sénat ; la projection voit Husted l’emporter d’environ six points. Le comté témoin sera Montgomery (Dayton), gagné par Harris de 0,5 point en 2024 : un Brown à plus de 5 points d’avance à Dayton gagnerait l’Ohio.
Nebraska et Alaska : les candidatures hors norme
Nebraska. Les démocrates ont renoncé à présenter un candidat et soutiennent l’indépendant Dan Osborn, syndicaliste, face au sortant Pete Ricketts. Les sondages placent Ricketts légèrement devant, le modèle nettement : 23,6 % de chances pour Osborn. Faute d’historique pour un tel duel, le modèle n’applique ni correction de l’erreur des sondages ni bloc structurel ; l’écart avec les sondages tient surtout à l’histoire républicaine de l’État et à la prime au sortant. Il faudrait à Osborn plus de 60 % dans Douglas et une victoire dans Sarpy, comté témoin du soir.
Alaska. Mary Peltola mène dans 8 des 12 sondages, mais le modèle donne favori le sortant Dan Sullivan : 81,5 % de chances, 6,5 points d’avance projetée. Notre moyenne lui attribue au dernier tour du décompte préférentiel les voix d’un homonyme républicain présent sur le bulletin, devenu l’affaire de la campagne. Le soir du 3 novembre ne tranchera rien : le résultat final pourrait n’être connu qu’environ quinze jours après le scrutin.
Les autres courses décisives
Caroline du Nord. L’ancien gouverneur Roy Cooper mène dans tous les sondages face à Michael Whatley, et le Senate Leadership Fund a retiré ses publicités : c’est la meilleure occasion de gain démocrate de la carte (85,9 %). Une défaite de Cooper serait le pire scénario pour les démocrates.
Minnesota et New Hampshire. Peggy Flanagan (80,4 %) n’a été devancée dans aucun sondage depuis septembre ; Chris Pappas (77,6 %) mène dans tous sauf un face à John E. Sununu. Dans le simulateur, perdre l’un de ces sièges fermerait presque le Sénat aux démocrates.
Géorgie. Jon Ossoff a 94,6 % de chances et 11,7 points d’avance projetée. Une victoire de peu ferait pourtant baisser les chances démocrates au Sénat, à 26,2 % : pour un candidat attendu à 12 points d’avance, le simulateur y lirait une surestimation des démocrates dans tout le pays.
Caroline du Sud et Kansas. Annie Andrews mène dans notre moyenne face à Darline Graham, nommée sénatrice en juillet après la mort de son frère Lindsey Graham ; le modèle la donne pourtant favorite, l’histoire de l’État et une prime de sortante pesant lourd. Au Kansas, qui n’a pas élu de sénateur démocrate depuis 1932, les enquêtes placent Adam Hamilton légèrement devant Roger Marshall, mais le modèle fait de Marshall un net favori. C’est au Kansas, avec l’Ohio et l’Alaska, qu’une victoire démocrate ferait le plus monter les chances de majorité : jusqu’à 80,3 % au Kansas.
Le chemin vers la majorité
Notre simulateur fixe le vainqueur d’une course, puis recalcule les chances partout ailleurs, corrélations du modèle comprises.
Là où les démocrates sont favoris, une victoire laisse leurs chances au Sénat entre 44,2 % et 57,9 %, alors qu’une défaite les fait tomber entre 8,0 % et 13,5 %. Là où les républicains sont devant, une victoire démocrate les porte entre 64,9 et 81,6 %. Le Texas et le Maine sont les deux courses à pile ou face : une victoire dans l’une ou l’autre porte déjà les chances démocrates entre 56,3 et 65,0 %, et la troisième viendrait de la Louisiane, désormais course de bascule, ou du Midwest et des Plaines, où l’Iowa serait le candidat le plus évident. Tout part aussi de l’Ohio : une victoire de Brown, même de peu, porte le Michigan à 80,8 %, le Texas à 57,6 % et le Maine à 57,1 %.
Les indépendants. Dan Osborn, Seth Bodnar, Brian Bengs et Todd Achilles portent les espoirs démocrates là où le parti s’efface, mais aucun ne promet de siéger avec eux. « I’d caucus with everybody… Independent means independent », a lancé Osborn. Les chances républicaines restent à 57,6 % au moins dans toutes les hypothèses, et dans 9,9 % des simulations la majorité se jouerait au vote de la résolution d’organisation, dans une négociation avec un ou deux élus sans groupe.
Et si les sondages se trompent ? Avec une erreur uniforme de 3 points en faveur des démocrates, leurs chances au Sénat monteraient à 72 % ; dans l’autre sens, elles tomberaient à 14,8 %. Les erreurs de 2016, 2020, 2022 et 2024 feraient toutes baisser les chances démocrates, jusqu’à 6,6 % pour 2016.
Notre analyse. Après la correction de 2,33 points tirée des erreurs passées, notre modèle conclut à un Sénat républicain de 50 ou 51 sièges.
À 12 points, l’écart d’Ossoff confirmerait les sondages. À 3 ou 4 points, il annoncerait des difficultés démocrates au Texas, dans le Maine et dans le Midwest.
Le soir du 3 novembre
En Géorgie et en Caroline du Nord, nos projections donnent 11,7 et 7,8 points d’avance démocrate. C’est là que l’écart mesurera l’erreur des sondages. S’il se confirme, le Texas, le Maine et l’Ohio deviennent gagnables. S’il tombe sous 5 points, le simulateur ramène les chances démocrates au Sénat sous 30 %.
En Ohio et en Iowa, le résultat montrera si l’électorat ouvrier blanc, qui a fait la victoire de Trump en 2024, est revenu en partie vers les démocrates. Une victoire de Husted de plus de 5 points ramènerait les chances démocrates à 24,0 %, une victoire de Hinson de même ampleur à 19,9 %.
Si les démocrates gagnaient le Texas et le Maine en conservant tous leurs sièges, il leur manquerait encore un siège, qui se jouerait en Alaska ou dans une négociation avec un indépendant du Nebraska ou du Montana. La majorité pourrait alors ne pas être connue le soir du 3 novembre.
Au Brésil, le 25 octobre, les sondages et notre propre modèle ont sous-estimé Lula d’environ 2,7 points au second tour, et il l’a emporté. Rien n’indique que l’erreur américaine ira dans le même sens. La projection retire déjà 2,33 points aux démocrates. Au Sénat américain, ils partent de 42,4 %. La réponse viendra le 3 novembre, ou dans les jours qui suivent.
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