Midterms 2026 : les clés du scrutin

Note du Millénaire Affaires étrangères et Défense

Pourquoi chaque course bascule : l’analyse électorale, cartographique et politique du Millénaire

Louisiane, 22,0 points d’avance pour Donald Trump en 2024 : c’est là que se joue le 51e siège du Sénat. À la Chambre, la majorité passe par le 2e district de Virginie, qu’il a gagné de 0,3 point. Le forecast du Millénaire donne aux démocrates 76,7 % de chances de reprendre la Chambre, mais 42,4 % seulement de contrôler le Sénat. William Thay, Sean Scull et Augustin Bataille expliquent pourquoi chaque course bascule, et ce qui relie les trois scrutins du 3 novembre.

LM
William Thay, Sean Scull, Augustin BataillePrésident du Millénaire ; Spécialiste des États-Unis du Millénaire ; Analyste du Millénaire
1er novembre 2026
42 pages · lecture 15 min
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Couverture de la note : Midterms 2026 : les clés du scrutin
En bref

Deux cartes

Chambre : 76,7 % de chances pour les démocrates, avec 228 sièges attendus pour une majorité à 218. Sénat : 42,4 % seulement. Le 218e siège est dans un district que Trump a gagné de 0,3 point, le 51e en Louisiane, qu’il a gagnée de 22,0 points.

Un modèle prudent

Le modèle corrige la sous-estimation des républicains observée aux élections de mi-mandat de 2006 à 2022. Avec les seuls sondages, les démocrates auraient 53 sièges au Sénat et 242 à la Chambre.

Tout est lié

Le plus probable, de peu, c’est un Congrès démocrate, avec les deux chambres aux démocrates dans 40,5 % des simulations. Avec la Chambre, les démocrates ont 52,8 % de chances au Sénat ; sans elle, 8,5 %. Une erreur de sondage comme en 2020 ou en 2024 leur ôterait la Chambre plus de huit fois sur dix.

Principaux constats
0176,7 %de chances pour les démocrates de reprendre la Chambre, avec 228 sièges attendus pour une majorité à 218
0242,4 %de chances seulement de contrôler le Sénat, indépendants alliés compris, avec 50,1 sièges attendus
0340,5 %des simulations donnent les deux chambres aux démocrates, de peu devant un Congrès coupé en deux, Chambre démocrate et Sénat républicain (36,2 %)
042,3 pointsd’écart retirés aux démocrates à trois jours du vote, pour corriger l’erreur des sondages aux élections de mi-mandat de 2006 à 2022
0553 siègesau Sénat et 242 à la Chambre pour les démocrates si chaque course allait au candidat en tête des sondages
0623 sur 48gouverneurs démocrates attendus sur les postes calculés : peu de changements, l’Iowa passant aux démocrates et le Kansas aux républicains

Avant-propos

Le 3 novembre 2026, 435 sièges de représentants, 35 sièges de sénateurs et 36 postes de gouverneurs sont en jeu. Le forecast du Millénaire donne aux démocrates 76,7 % de chances de reprendre la Chambre. Il ne leur en donne en revanche que 42,4 % de contrôler le Sénat.

La question que nous allons nous poser est la suivante : comment des électeurs qui désapprouvent Donald Trump peuvent-ils rendre la Chambre aux démocrates et laisser le Sénat aux républicains ? Et qu’est-ce qui fait pencher le Texas, le Maine, la Louisiane ou le 2e district de Virginie ? La Chambre, le Sénat et les gouverneurs ont d’ailleurs chacun leur note approfondie.

Les chiffres viennent du forecast du Millénaire, dans sa mise à jour du 31 octobre 2026 : 200 000 simulations de l’élection, à partir des sondages, des résultats passés de chaque État et de chaque district, de l’argent des campagnes et de quelques facteurs structurels. Cinq instituts, mis en cause pour des chiffres fabriqués ou des commanditaires cachés, ont été sortis de tous les calculs.

Dans un premier temps, nous revenons sur l’enjeu du 3 novembre, l’impopularité de Donald Trump et la carte de 2024. Dans un deuxième temps, sur la correction de 2,3 points que le modèle applique aux démocrates et sur six mécanismes de bascule. Dans un troisième temps, sur les liens entre les trois scrutins, avant quelques repères pour la soirée électorale.

Ce qui se joue le 3 novembre

Trois scrutins, trois majorités. Les républicains contrôlent aujourd’hui les deux chambres du Congrès. À la Chambre, ils détiennent 218 sièges contre 214 aux démocrates, et deux sièges sont vacants ; compte tenu du siège démocrate vacant de Floride, il manque aux démocrates trois sièges nets pour atteindre 218. Au Sénat, les républicains disposent de 53 sièges, face à 45 démocrates et 2 indépendants qui votent avec eux. Sur les 35 sièges en jeu, dont deux élections partielles en Ohio et en Floride, les républicains en défendent 22 et les démocrates 13, et il faut aux démocrates quatre sièges nets, puisqu’en cas d’égalité à 50 sièges la voix du vice-président J.D. Vance donne la majorité aux républicains. Quant aux gouverneurs, ils sont élus dans 36 États, alors que les républicains dirigent aujourd’hui 26 États sur 50.

Une cohabitation banale, mais qui pèse. Aux États-Unis, l’élection tombe au milieu du mandat, et le divided government est banal. Il complique pourtant l’exercice du pouvoir : la Chambre a « le pouvoir de la bourse » et peut engager une procédure de destitution ; le Sénat confirme les nominations judiciaires et celles de l’exécutif.

L’histoire joue contre le parti du président. De 1946 à 2022, il a perdu en moyenne 25,8 sièges à la Chambre lors des élections de mi-mandat, et 37 quand le président est sous les 50 % d’approbation. Le Sénat obéit moins à cette règle, parce que la liste des sièges renouvelés y compte souvent autant que le climat national : en 2018, les démocrates ont gagné 41 sièges à la Chambre, tandis que les républicains gagnaient deux sièges au Sénat.

Un climat national défavorable au président. Donald Trump aborde la dernière semaine de campagne au plus bas de ses deux mandats, la moyenne de Decision Desk HQ le créditant de 38,3 % d’opinions favorables et de 60,3 % d’opinions défavorables. C’est sur l’économie que le décrochage est le plus net, AP-NORC ne mesurant que 26 % d’approbation, et 17 % sur le coût de la vie. L’essence atteint 4,28 dollars le gallon, en hausse de 1,20 dollar sur un an, sous l’effet de la guerre contre l’Iran et du blocage du détroit d’Ormuz. S’y ajoutent les droits de douane, l’action de la police de l’immigration, l’ICE, trois shutdowns en un an et l’expiration des subventions renforcées de l’Obamacare.

25,8 sièges

perdus en moyenne à la Chambre par le parti du président aux élections de mi-mandat, de 1946 à 2022. Il n’y a progressé que deux fois, en 1998 et en 2002.

Brookings Institution, Vital Statistics on Congress, tableau 2-4, novembre 2024

Le vote générique, et pourquoi nous le corrigeons

Le vote générique, c’est la question posée aux électeurs sur le parti qu’ils choisiront pour la Chambre, sans nom de candidat. Dans notre moyenne des électeurs probables, avant toute correction, les démocrates y avaient 6,1 points d’avance le 1er août et 7,2 points le 31 octobre. Le Silver Bulletin de Nate Silver va plus loin, avec 9 points.

Figure 1. Vote générique : moyenne des sondages auprès des électeurs probables, du 1er août au 31 octobre 2026.
Figure 1. Vote générique : moyenne des sondages auprès des électeurs probables, du 1er août au 31 octobre 2026.

Or, lors des cinq dernières élections de mi-mandat, les sondages publiés 45 jours avant le scrutin ont toujours surestimé les démocrates. L’erreur n’était que de 0,2 point en 2018, mais elle atteignait 3,2 points en 2010, 3,9 points en 2014 et 4,5 points en 2022. Le modèle retire donc au vote générique une partie de cette erreur moyenne, avant de traduire le résultat en un climat national qui s’ajoute à chaque district.

Figure 2. Chances de majorité démocrate à la Chambre et au Sénat, du 1er août au 31 octobre 2026.
Figure 2. Chances de majorité démocrate à la Chambre et au Sénat, du 1er août au 31 octobre 2026.

Depuis le 1er août, les chances démocrates sont passées de 65,5 % à 76,7 % à la Chambre et de 12,5 % à 42,4 % au Sénat. La Chambre suit le vote générique, tandis que le Sénat a progressé plus vite, les sondages d’État s’étant améliorés pour les démocrates plus rapidement que le climat national : au Michigan, les chances d’Abdul El-Sayed sont passées de 46 % à 65 %, au Texas celles de James Talarico de 32 % à 51 %, en Alaska celles de Mary Peltola de 8 % à 19 % et au Kansas celles d’Adam Hamilton de 2 % à 22 %.

La carte de 2024, point de départ de 2026

Tout part de 2024, où Donald Trump remporte la Maison-Blanche et une majorité dans les deux chambres en progressant dans presque tous les comtés du pays. C’est ce vote que notre modèle, comme la plupart des modèles américains, prend comme point de départ : un district ou un État est d’abord jugé sur sa présidentielle récente, puis corrigé de ce qui lui est propre et du climat de l’année.

Figure 3. Présidentielle 2024 : écart entre Kamala Harris et Donald Trump par comté.
Figure 3. Présidentielle 2024 : écart entre Kamala Harris et Donald Trump par comté.

Le glissement n’a pas été uniforme. Les plus forts reculs démocrates se trouvent dans les grandes villes à forte population immigrée et dans les comtés hispaniques : 22,5 points d’écart perdus dans le Bronx, 18,9 dans le comté de Miami-Dade, de 20 à 26 points dans la vallée du Rio Grande. Les banlieues aisées et diplômées ont à peine bougé. Là, un faible retour suffit aux démocrates pour renverser un district gagné de deux points par Donald Trump. À Miami ou dans la vallée du Rio Grande, tout dépend de la durée du glissement.

Deux cartes, deux élections. À la Chambre, le district qui donne la majorité, le 218e quand on classe les 435 districts du plus démocrate au plus républicain, est le 2e district de Virginie, gagné par Donald Trump de 0,3 point en 2024 ; au Sénat, la course qui donne le 51e siège aux démocrates et à leurs alliés est celle de la Louisiane, gagnée par Donald Trump de 22,0 points.

Figure 4. Chambre : les 435 districts classés selon l’écart projeté, au 31 octobre 2026.
Figure 4. Chambre : les 435 districts classés selon l’écart projeté, au 31 octobre 2026.
Figure 5. Sénat : les 35 courses classées de la plus démocrate à la plus républicaine, au 31 octobre 2026.
Figure 5. Sénat : les 35 courses classées de la plus démocrate à la plus républicaine, au 31 octobre 2026.

Un climat national d’environ 5 points d’écart favorable aux démocrates, celui que retient notre modèle après correction des sondages, suffit ainsi à faire basculer la Chambre sans suffire pour le Sénat, où il faudrait aux démocrates soit un climat bien plus favorable, soit des candidats capables de faire beaucoup mieux que leur parti dans des États républicains. C’est précisément le pari qu’ils font au Texas (James Talarico), en Ohio (Sherrod Brown), en Alaska (Mary Peltola) et, à travers l’indépendant Dan Osborn, au Nebraska.

Comment notre modèle lit l’élection

Pour chaque course, le modèle combine les sondages de l’État ou du district, moyennés en donnant plus de poids aux instituts les plus justes et aux terrains les plus récents, avec l’historique de l’État (son vote aux élections précédentes et la prime dont bénéficie un sortant) et la structure, c’est-à-dire le vote présidentiel de 2024 et le climat national. À la Chambre, où les sondages de district sont rares, la structure domine.

Le modèle retire ensuite aux démocrates une correction apprise sur l’erreur des sondages lors des élections de mi-mandat de 2006 à 2022, à la même distance du scrutin, soit 2,3 points d’écart à trois jours du vote. Elle épargne les duels entre un indépendant et un républicain. Nous la tenons pour le principal choix de méthode de notre forecast, et c’est elle qui, pour l’essentiel, nous rend plus prudents que les marchés de prédiction et que plusieurs modèles américains.

Dans seize courses sénatoriales sur les vingt et une que nous suivons de près, notre projection penche plus en faveur du Parti républicain que la moyenne des sondages d’au moins 2 points. Au Texas, la correction des sondages suffit pour l’essentiel à ramener l’avance de Talarico de 4,0 points dans les sondages à 0,2 point dans notre projection.

Figure 6. Sénat : écart moyen dans les sondages (à gauche) et écart projeté par notre modèle (à droite), au 31 octobre 2026.
Figure 6. Sénat : écart moyen dans les sondages (à gauche) et écart projeté par notre modèle (à droite), au 31 octobre 2026.

Si l’on supprime toute correction et que l’on attribue chaque course au candidat en tête des sondages, les démocrates obtiennent 53 sièges au Sénat, 242 à la Chambre et 25 gouverneurs. L’écart entre ce scénario et notre prévision mesure, pour l’essentiel, ce qui se joue réellement : la répétition, ou non, d’une sous-estimation des républicains par les sondages.

Le forecast du Millénaire

Suivre le forecast jusqu’au 3 novembre

Les chiffres de cette note viennent du forecast du Millénaire : 200 000 simulations de l’élection, mises à jour chaque jour jusqu’au scrutin. Retrouvez-y les chances de chaque camp, la projection de chaque course et le simulateur qui permet de fixer le vainqueur d’une course pour recalculer le reste de la carte.

Pourquoi chaque course bascule

Pour chaque course décisive, un facteur pèse plus que les autres dans la projection. On en compte six.

Le climat national fait la Chambre. Le modèle ajoute à chaque district 7,2 points d’écart en faveur des démocrates, dont la correction du biais des sondages retire 2,3 points. Avec ces deux seuls éléments, les districts que Donald Trump a gagnés de moins de 5 points en 2024 passent du côté démocrate. Peu de sondages de circonscription y ont été publiés : ces districts basculent ensemble avec le vote national.

La correction des sondages fait le Sénat. Sur les quinze courses sénatoriales disputées, la moyenne des sondages place le démocrate ou l’indépendant en tête dans onze, et notre projection dans six seulement. En Ohio, Sherrod Brown mène dans 17 des 20 sondages publiés depuis septembre, mais la correction s’ajoute à la prime de sortant de Jon Husted et à l’histoire d’un État qui a voté Trump de 11,2 points : le modèle donne 78,6 % de chances à Husted. En Iowa, la moyenne est presque nulle, et notre projection donne 4,0 points d’avance à Ashley Hinson. C’est l’État où la prudence nous semble la plus justifiée, le sondage Selzer ayant donné Kamala Harris devant de 3 points en 2024 quand Donald Trump l’a emporté de 13,2 points.

Les sortants qui dépassent leur camp. Susan Collins, dans le Maine, garde 54,8 % de chances malgré 1,9 point de retard dans les sondages sur Troy Jackson, sa prime de sortante annulant presque l’ancrage démocrate de l’État. Phil Scott, gouverneur républicain du Vermont, garde 81,1 % de chances dans un État que Harris a gagné de 31,5 points. En Pennsylvanie, Brian Fitzpatrick est le seul républicain favori dans un district gagné par Kamala Harris.

Les candidats hors norme. Le modèle manque de précédent. Au Nebraska, Dan Osborn a 3,5 points de retard sur Pete Ricketts dans les sondages, 8,7 dans la projection, soit 23,6 % de chances, et ne s’engage pas à siéger avec les démocrates. En Ohio, Amy Acton mène dans la plupart des sondages pour le poste de gouverneur et Cook comme Sabato classent la course « penche démocrate », mais le modèle donne 72,2 % à Vivek Ramaswamy.

Redécoupage et vote hispanique. Au Texas, en Floride et en Ohio, le redécoupage a fabriqué des districts Trump +9 à +12, souvent hispaniques, devenus serrés. Dans le 15e district du Texas, que Trump avait gagné de 18 points, un sondage où Bobby Pulido a 7 points d’avance fait monter les chances démocrates à 60 %. D’après Telemundo, environ deux Hispaniques sur trois désapprouvent l’action de l’ICE. Le modèle, qui reconduit le vote de 2024, ne le voit pas.

Là où le modèle manque d’information. Le Colorado n’a eu aucun sondage public depuis septembre : les 64 % de Phil Weiser, c’est la structure de l’État, rien de plus. Dans le 21e district de New York, Blake Gendebien n’était favori que grâce à un seul sondage Siena ; sorti de la fenêtre de 21 jours, il n’a plus que 26 % de chances.

Notre analyse. La Chambre suit le climat national. Le Sénat demande plus : des sondages d’État qui, cette fois, ne sous-estiment pas les républicains au Texas, en Ohio ou dans le Maine, et une victoire de Dan Osborn ou de Mary Peltola. Une Chambre démocrate avec un Sénat républicain, ce serait, dans notre lecture, la carte qui parle.

Trois élections liées

Le simulateur du Millénaire fixe le vainqueur d’une course et recalcule le reste de la carte. On voit alors que les erreurs de sondage vont souvent dans le même sens pour la Chambre, le Sénat et les gouverneurs.

Figure 7. Chances démocrates (indépendants alliés compris) de contrôler le Sénat selon le vainqueur de chaque course sénatoriale, toutes marges confondues.
Figure 7. Chances démocrates (indépendants alliés compris) de contrôler le Sénat selon le vainqueur de chaque course sénatoriale, toutes marges confondues.

Au Kansas, en Ohio, en Alaska ou en Caroline du Sud, une victoire démocrate ferait passer les chances démocrates au Sénat au-dessus de 70 %, parce qu’elle n’arrive que dans les simulations où le climat national est très favorable aux démocrates. En revanche, une défaite en Caroline du Nord, en Géorgie, au Minnesota ou au New Hampshire leur laisse moins de 12 % de chances. Même une victoire de peu de Jon Ossoff en Géorgie, où le modèle l’attend largement en tête, les ramènerait à 26,2 %.

Le lien avec la Chambre est tout aussi net : les chances démocrates au Sénat passent de 42,4 % à 52,8 % si les démocrates gagnent la Chambre et tombent à 8,5 % s’ils la perdent. Dans l’autre sens, une victoire républicaine en Caroline du Nord ou en Géorgie ramènerait les chances démocrates à la Chambre entre 45 et 48 %. Au total, les deux chambres démocrates sortent dans 40,5 % des simulations, la Chambre démocrate et le Sénat républicain dans 36,2 % et les deux chambres républicaines dans 21,3 %.

Et si les sondages se trompaient ?

Notre outil consacré aux erreurs de sondage applique aux sondages de 2026 l’erreur constatée lors d’une élection passée, en plus de notre projection, déjà corrigée du biais habituel des sondages.

Figure 8. Chances démocrates à la Chambre et au Sénat si les sondages de 2026 se trompaient comme lors d’une élection passée.
Figure 8. Chances démocrates à la Chambre et au Sénat si les sondages de 2026 se trompaient comme lors d’une élection passée.

Sans erreur supplémentaire, les démocrates gagnent la Chambre dans 91,3 % des simulations et le Sénat dans 40,5 %, alors qu’une erreur comparable à 2020 ou 2024 leur ôterait la Chambre plus de huit fois sur dix ; celle de 2016, de même ampleur, la leur laisserait dans 74 % des cas, en raison, selon notre lecture, de sa répartition, plus forte dans le Midwest et le Sud que sur la côte. Au Sénat, seul le scénario de 2012 dépasse une chance sur deux (59,9 %).

Le Sénat est aussi beaucoup plus sensible au vote des électeurs blancs sans diplôme universitaire qu’à celui des Hispaniques : une erreur de trois points sur les premiers divise presque par deux les chances démocrates, quand une erreur de même ampleur sur les seconds ne les réduit que d’un sixième. L’Iowa, le Maine, le New Hampshire et l’Ohio comptent en effet parmi les États où cet électorat pèse le plus. La Chambre ne devient incertaine que si les deux erreurs se cumulent, les chances démocrates tombant alors à 43,0 %.

Le vote anticipé : premiers signaux

Plus de 28 millions d’Américains avaient déjà voté le 26 octobre, selon l’Election Lab de l’université de Floride, et nos relevés montrent une participation nettement supérieure à celle de 2022 dans la plupart des États qui permettent la comparaison. Là où les électeurs s’inscrivent sur une liste partisane, l’étiquette des votants renseigne sur la mobilisation de chaque camp, même si une inscription n’est pas un vote.

Figure 9. Vote anticipé : écart entre inscrits démocrates et républicains parmi les votants, en 2026 et au même stade de 2022.
Figure 9. Vote anticipé : écart entre inscrits démocrates et républicains parmi les votants, en 2026 et au même stade de 2022.

En Caroline du Nord, les inscrits démocrates devancent les républicains de 17,5 points parmi les votants anticipés, contre 7,8 points en 2022 au même stade, et au Colorado l’écart passe de 3,2 à 8,2 points. En Pennsylvanie, en revanche, il recule de 53,1 à 42,9 points, et en Iowa de 23,8 à 18,9 points, ce qui signale une meilleure mobilisation républicaine qu’en 2022 dans le vote par correspondance. Ces chiffres n’entrent pas dans le modèle et serviront le soir de l’élection à repérer les premiers écarts avec la prévision.

Le soir du 3 novembre

Géorgie et Caroline du Nord. Nous y projetons au Sénat des avances démocrates de 11,7 et 7,8 points. Les comtés de Gwinnett et Cobb, en banlieue d’Atlanta, et ceux de Wake et Mecklenburg, autour de Raleigh et de Charlotte, seront à regarder d’abord. Si Jon Ossoff ou Roy Cooper ne gagnent que de 5 points ou moins, le simulateur ramène les chances démocrates au Sénat entre 26 et 30 %, et celles de la Chambre nettement sous notre prévision. Des écarts conformes à la projection rendraient au contraire le Texas, le Maine et l’Ohio gagnables.

Le Midwest et la Pennsylvanie. En Ohio et en Iowa, on verra si des ouvriers blancs électeurs de Trump en 2024 sont revenus aux démocrates. En Pennsylvanie, les districts sondés par le New York Times et Siena testeront le vote générique.

La frontière. Le test sera le vote hispanique. Du Rio Grande à Miami-Dade, on saura si le virage de 2024 vers Trump a tenu, et sept districts en dépendent (Texas 15, 28, 34 et 35, Floride 14, 22 et 25).

Il se peut aussi que la majorité au Sénat ne soit pas connue le soir même. À 50-50, tout pourrait passer par Dan Osborn, l’indépendant du Nebraska, qui ne s’est engagé auprès d’aucun camp. En Alaska, le résultat définitif peut demander jusqu’à quinze jours.

La Chambre se joue dans des banlieues gagnées de justesse par Trump en 2024, le Sénat dans des États qu’il avait emportés de plus de dix points.

Conclusion

Chambre et Sénat démocrates : c’est, de peu, le scénario le plus probable à trois jours du vote, devant une Chambre démocrate et un Sénat républicain. La Chambre se joue dans des banlieues gagnées de justesse par Trump en 2024, le Sénat dans des États qu’il avait emportés de plus de dix points.

Les sondages et les marchés sont plus optimistes pour les démocrates. Des sondages les mettent en tête au Texas, en Ohio, dans le Maine et au Kansas, et les marchés de prédiction en font les favoris pour le Sénat. Notre modèle, lui, tient compte de ce que les sondages ont sous-estimé les républicains aux cinq dernières élections de mi-mandat. Si cette erreur se répète, même atténuée, le Sénat sera très probablement républicain ; si elle ne se répète pas, les démocrates peuvent gagner les deux chambres.

Après le 3 novembre, il faudra regarder le Texas, la Floride et les banlieues de Pennsylvanie et du Michigan. On y verra si les réalignements de 2024 durent, celui des Hispaniques et des grandes villes vers Trump, celui des banlieues diplômées vers les démocrates. Et, à deux ans de 2028, si la coalition de Trump appartient au Parti républicain ou à lui seul.

Midterms 2026

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Midterms 2026 : les clés du scrutin

42 pages.

Citer cette note

Thay W., Scull S., Bataille A., « Midterms 2026 : les clés du scrutin », Note du Millénaire, 1er novembre 2026, lemillenaire.org.

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Les auteurs

William Thay, Sean Scull et Augustin Bataille

Président du Millénaire ; Spécialiste des États-Unis du Millénaire ; Analyste du Millénaire.

William Thay
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