« Énergie : la bombe à retardement que les manifestations lycéennes ont fait oublier »
Éclipsée par les manifestations lycéennes, la crise énergétique s’aggrave. Pétrole, gaz, électricité : les prix s’envolent, et l’hiver pourrait provoquer un nouveau choc économique et social que la France n’a plus les moyens d’amortir.
Par Philippe Charlez

Les prix à la pompe qui, jusqu’à fin septembre, occupaient le devant de la scène ont aujourd’hui disparu des radars médiatiques, éclipsés par les manifestations lycéennes et la crise sociale qui les accompagne. Pire, le discours apaisant de l’exécutif promettant une baisse hypothétique du prix du diesel de 15 à 18 centimes début novembre aurait presque suffi à ramener un soupçon de sérénité chez les Français.
Mais ce silence est plus que trompeur. Car derrière l’agitation des lycéens et des étudiants se profile une menace autrement inquiétante : celle d’un hiver marqué, à mesure que le froid s’installe, par une flambée sans précédent des prix de l’énergie.
Pétrole, gaz, électricité : tous les voyants sont au rouge
Premier signal d’alarme : le pétrole. Le baril a dépassé fin octobre 115 dollars, un niveau proche des plus hauts enregistrés depuis le mois de mars. Et, ce, alors même que le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz est redevenu quasiment normal. L’explication tient en un mot : le risque. L’insécurité persistante dans les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb a fait exploser les primes d’assurance des navires. Tandis que les flux physiques se rétablissent, la menace qui pèse sur leur acheminement continue de se payer au prix fort. La normalisation apparente du trafic ne signifie donc pas le retour à la normale des marchés.
Deuxième signal d’alarme : le gaz. Avant le déclenchement de la crise au Moyen-Orient, le MWh s’échangeait à Rotterdam autour de 30 euros. Il avoisine désormais les 100 euros. En quelques mois, le prix a ainsi plus que triplé. Par ailleurs, à la fin octobre, les stocks de gaz n’étaient remplis qu’à 85 %, soit un retard de l’ordre de 10 % par rapport aux années précédentes. La saison de chauffe n’ayant pas encore commencé et les besoins en gaz demeurant limités, cette flambée est restée discrète dans la vie quotidienne. Mais, dès que les premières vagues de froid surviendront, la demande repartira brutalement à la hausse. Les conséquences seront extrêmement douloureuses, notamment pour les Français n’ayant pas choisi des contrats à prix régulés.
Troisième signal d’alarme : l’électricité. La flambée des prix du gaz est d’autant plus préoccupante qu’elle influence directement ceux de l’électricité. Les prix spot du MWh, qui dépassent déjà les 300 euros aux heures de pointe, pourraient rapidement s’envoler au-delà des 500 euros. Un niveau qui rappellerait les épisodes les plus tendus de la crise énergétique de 2022.
Un choc que l’État n’a plus les moyens d’amortir
La crise énergétique qui, depuis début mars, était surtout focalisée sur les prix des carburants est devenue multifactorielle. Ses conséquences pourraient être dévastatrices pour le pouvoir d’achat des ménages – déjà considérablement fragilisé –, pour la compétitivité des entreprises – dont beaucoup sont au bord de l’asphyxie –, et plus largement pour la stabilité sociale d’un pays profondément fracturé.
Ce choc énergétique pourrait agir comme détonateur social d’une ampleur inédite, et faire basculer le pays dans un chaos dont plus personne ne maîtrisera l’issue.
Le plus inquiétant est que cette crise échappe totalement aux leviers d’action nationaux. Simultanément, à la différence de 2022, l’État ne dispose d’aucune marge de manœuvre financière et ne pourra en conséquence reproduire le « quoi qu’il en coûte » qui avait alors permis d’amortir le choc.
Dans l’atmosphère délétère d’une campagne électorale où les fractures s’exacerbent et où chaque camp est tenté d’attiser les ressentiments, ce choc énergétique pourrait agir comme détonateur social d’une ampleur inédite, et faire basculer le pays dans un chaos dont plus personne ne maîtrisera l’issue.
Tribune publiée dans Le Point le 30 octobre 2026. Lire sur lepoint.fr
Pour soutenir nos analyses ou nous rejoindre pour rendre sa grandeur à la France : nous soutenir · nous rejoindre.

Add a Comment