Note approfondie du Millénaire sur les élections de gouverneurs du 3 novembre 2026
En Géorgie, le démocrate Jon Ossoff a 95 % de chances de garder son siège de sénateur. Keisha Lance Bottoms, du même parti, n’en a pourtant que 33,4 % pour le poste de gouverneur, avec les mêmes sondages des deux côtés. Trente-six gouvernorats sont renouvelés le 3 novembre, dont dix-neuf sans sortant. William Thay, Sean Scull et Augustin Bataille les passent en revue, comté par comté, jusqu’à ce qu’ils disent de la présidentielle de 2028.
Peu de changements
Notre modèle attend 22,7 gouverneurs démocrates sur les 48 postes qu’il calcule, entre 20 et 25 dans 90 % des simulations : à peu près l’équilibre actuel. Le plus probable, c’est un échange, l’Iowa aux démocrates avec Rob Sand, le Kansas aux républicains avec Ty Masterson.
Le vote partagé
Les électeurs ne votent pas pareil selon le scrutin. En Géorgie, Jon Ossoff devance de 14,0 points la candidate de son parti au poste de gouverneur ; au New Hampshire, l’écart entre les deux courses dépasse 16 points. Trois républicains tiennent sur leur nom dans des États démocrates ou pivots.
Le vivier de 2028
Les gouverneurs élus le 3 novembre seront en fonction lors de la présidentielle de 2028. Ils pèseront sur elle par les règles électorales de leurs États, au Nebraska comme en Alaska, et par leur propre candidature, plus que par des consignes de vote.
Avant-propos
Quels gouvernorats peuvent changer de mains le 3 novembre ? Et pourquoi la Géorgie, le New Hampshire ou l’Iowa partagent-ils leur vote entre Sénat et gouverneur ?
Sur les 36 postes renouvelés, chaque parti en défend 18. Les républicains dirigent aujourd’hui 26 États, les démocrates 24. Tony Evers, Kim Reynolds et Tim Walz ont renoncé à se représenter au Wisconsin, en Iowa et au Minnesota, quinze gouverneurs sont limités par le nombre de mandats et le sortant du Rhode Island a été battu en primaire : on arrive ainsi à 19 courses sans sortant.
Sauf mention contraire, les chiffres viennent de la mise à jour du 31 octobre 2026 du forecast du Millénaire, modèle des gouverneurs, simulateur et outil « Erreurs de sondage ». La note part de l’équilibre actuel, puis des compétences des gouverneurs. Viennent ensuite les courses jouées et les courses disputées, comté par comté. Elle se termine sur la présidentielle de 2028.
L’équilibre actuel
Le modèle compte 48 postes : les 34 courses qu’il probabilise et les 14 postes non renouvelés, pris tels quels. L’Alaska, qui vote au scrutin préférentiel avec quatre candidats, et le Maine, où se présente un indépendant, restent à part. Sur ce périmètre, les démocrates détiennent 23 postes. Après le scrutin, ils en auraient 22,7, entre 22 et 24 dans la moitié des simulations, entre 20 et 25 dans 90 % d’entre elles.
Sur leurs 17 postes probabilisés, les démocrates en perdraient 2,5 en moyenne, d’abord au Kansas, au Wisconsin, en Oregon, au Colorado et au Michigan. Ils en gagneraient 2,1 sur les 17 postes républicains, surtout en Iowa, au Nevada et en Géorgie. Avec un démocrate élu en Alaska et dans le Maine, comme le suggèrent les sondages, le total attendu monterait à 24,7 gouverneurs démocrates sur 50.
Dans le cas général, la moyenne des sondages pèse le plus : seule compte la dernière vague de chaque institut parue dans les 45 derniers jours, corrigée des effets d’institut et des sondages commandés par un camp, puis diminuée de 2,4 points pour les démocrates. Le reste vient d’une structure fondée sur la présidentielle de 2024, le vote générique et une prime au sortant de 8,7 points. Au Colorado, à Hawaï et au Wyoming, aucun sondage n’a été publié.
Ce que changent les gouverneurs
Le redécoupage. Les cartes du Texas, de la Floride, du Tennessee et de la Louisiane, signées par leur gouverneur, s’appliquent, comme celles de la Californie et de l’Utah, favorables aux démocrates. Le veto pèse aussi : Joe Lombardo en compte 162 au Nevada, et Kelly Ayotte en a opposé 32 à sa propre majorité républicaine du New Hampshire en 2026.
Les règles électorales. Tom Tiffany a consacré plus de trois minutes, au seul débat du Wisconsin, à son vote contre la certification de 2020. Au Nebraska, Jim Pillen veut abolir le partage des grands électeurs qui permet à Omaha de donner une voix démocrate à la présidentielle. En Alaska, la mesure 2 abrogerait le vote préférentiel et la primaire ouverte.
L’avortement et l’immigration. Keisha Lance Bottoms combat l’interdiction à six semaines en Géorgie ; Tom Tiffany défend une limite à vingt semaines au Wisconsin. Au Maine, Hannah Pingree défend la loi qui limite la coopération avec ICE ; à New York, Bruce Blakeman cible Kathy Hochul sur les « sanctuaires ».
Les nouveaux thèmes. Deux sujets reviennent dans presque toutes les courses disputées : les centres de données, dont la consommation d’électricité et d’eau inquiète, et la fiscalité locale. Zach Lahn en Iowa et Andy Biggs en Arizona promettent de supprimer l’impôt sur le revenu ; au Kansas, au Texas et en Floride, on parle de plafonner la taxe foncière.
La tendance depuis août
Le climat s’est amélioré pour les démocrates au cours de l’automne : recalculé jour par jour, le nombre attendu de gouverneurs démocrates est passé de 20,7 au 1er août à 22,7 au 31 octobre. En Iowa, les chances de Rob Sand sont passées de 40,9 % à 65,8 %, et elles ont aussi augmenté en Arizona, au Michigan et au Minnesota ; elles ont baissé en Floride, au New Hampshire et en Géorgie.
Le résultat reste très sensible à l’erreur des sondages : une erreur comparable à celle de 2020 ramènerait les démocrates à moins de 20 gouverneurs sur 48, une erreur de 3 points en leur faveur les porterait à plus de 25. Les gouverneurs sont aussi liés au Congrès : dans les simulations où les démocrates gagnent la Chambre, le nombre attendu de gouverneurs démocrates monte à 23,7 ; il tombe à 19,4 dans celles où ils la perdent.

Une victoire de Cindy Holscher au Kansas porterait les chances démocrates au Sénat de 42,4 % à 80,5 %, celle d’Amy Acton en Ohio à 75,2 %, celle de Gina Hinojosa au Texas à 68,4 %. Une défaite démocrate au Michigan ou au Minnesota les ferait au contraire tomber sous 8 %. Là où le modèle donne le démocrate battu, sa victoire indiquerait une erreur des sondages au détriment de son camp dans tout le pays.
Les courses jouées
Selon notre modèle, dix-sept des 36 courses sont jouées, l’un des deux candidats y dépassant 95 % de chances : neuf penchent vers les démocrates et huit vers les républicains.
Larry Rhoden au Dakota du Sud, Sarah Huckabee Sanders en Arkansas et Brad Little en Idaho défendent leur poste dans des États que Trump a gagnés de 29 à 37 points. Cinq gouverneurs républicains limités par le nombre de mandats laissent leur siège ouvert dans des États très républicains, et deux sénateurs fédéraux briguent leur succession, Marsha Blackburn au Tennessee et Tommy Tuberville en Alabama.
Côté démocrate, Wes Moore au Maryland, Maura Healey au Massachusetts, Ned Lamont au Connecticut, JB Pritzker en Illinois et Josh Green à Hawaï sont réélus d’avance selon le modèle. En Californie, Xavier Becerra devance Steve Hilton de 24,2 points dans la moyenne de dix instituts pour succéder à Gavin Newsom. À New York et en Pennsylvanie, Kathy Hochul et Josh Shapiro sont presque certains de gagner ; c’est surtout leur marge qui servira d’indicateur national. Shapiro a 20,0 points d’avance projetée dans un État que Trump a gagné de 1,7 point.
Suivre le forecast jusqu’au 3 novembre
Les chiffres de cette note viennent du forecast du Millénaire : 200 000 simulations de l’élection, mises à jour chaque jour jusqu’au scrutin. Retrouvez-y les chances de chaque camp, la projection de chaque course et le simulateur qui permet de fixer le vainqueur d’une course pour recalculer le reste de la carte.
Wisconsin : David Crowley contre Tom Tiffany
La course de gouverneur la plus serrée du pays se joue au Wisconsin, où David Crowley a 59,1 % de chances pour une avance projetée de 1,2 point. Les sondages le placent devant, mais la structure de l’État neutralise presque entièrement cette avance. Cinq des sept dernières présidentielles s’y sont jouées à moins d’un point.
Tony Evers ne se représente pas. Chef de l’exécutif du comté de Milwaukee, Crowley a battu d’un cheveu Francesca Hong, candidate des Democratic Socialists of America, et serait le premier gouverneur noir de l’État. Tom Tiffany aurait reçu plus de 90 % de ses contributions de trois milliardaires. Il élude la question de son soutien à Trump, à 38 % d’approbation dans l’État, et s’écarte de lui sur les centres de données ; les républicains surnomment son adversaire « Data Center David ».
Notre analyse. Tiffany aligne 53 millions de dollars de publicité contre 35, dans un État gagné par Trump de 0,86 point. Le 3 novembre, il faudra regarder d’abord la participation à Milwaukee, puis Waukesha et Ozaukee. Crowley doit réduire l’écart à Kenosha, Racine et Brown pour gagner.
Ohio : Amy Acton contre Vivek Ramaswamy
Amy Acton mène dans la plupart des sondages publiés depuis le 1er septembre, et Cook comme Sabato classent la course « penche démocrate ». Notre projection donne pourtant 72,2 % de chances au républicain Vivek Ramaswamy, avec 3,1 points d’avance. Nulle part l’écart n’est plus net entre le modèle et les deux analystes.
La fin de campagne a été dominée par une publicité de Ramaswamy dans laquelle la mère biologique d’Acton accuse sa fille de mentir sur son enfance ; Mike DeWine l’a jugée « profondément troublante ». Dans la dernière semaine, l’avance d’Acton se resserre : 7 points chez Marist, 2 chez Fox News, un seul chez Verasight. Nous ne gardons qu’une vague par institut, les plus récentes pesant davantage, avant de corriger les effets d’institut et l’erreur historique des sondages. Le modèle part aussi de l’historique de l’Ohio : en 2018, les républicains y avaient été sous-estimés d’environ 6 points.
Notre analyse. Pour gagner, Acton doit faire mieux que Harris à Franklin (+28,4 en 2024) et à Cuyahoga (+31,5), et progresser dans le comté de Delaware, banlieue aisée de Columbus.
Iowa : Rob Sand contre Zach Lahn
Dans un État gagné de 13,2 points par Trump, Rob Sand, auditeur de l’État, mène dans tous les sondages publiés depuis septembre face à Zach Lahn, agriculteur soutenu par le mouvement MAHA et vainqueur surprise de la primaire républicaine. La projection lui donne 65,8 % de chances et 2,2 points d’avance.
Les corrections retirent près de quatre points à la moyenne brute, et la structure tire fort vers Lahn. Aucune course n’a coûté aussi cher dans l’histoire de l’État. Le scrutin sénatorial penche à l’inverse : dans le sondage Marist d’octobre, Sand obtenait 52 % contre 45 % et Josh Turek 48 % contre 45 % ; une partie des électeurs d’Ashley Hinson devra voter Sand.
Notre analyse. Scott, Dubuque et Black Hawk diront le soir du scrutin si Sand devance Turek. Sa marge projetée de 2,2 points reste inférieure aux erreurs nationales des sondages de 2016, 2020 et 2024.
millions de dollars au moins de sa fortune personnelle : c’est ce que le républicain Rick Jackson a mis dans la campagne pour le poste de gouverneur de Géorgie, où le modèle le place devant Keisha Lance Bottoms.
Géorgie : Keisha Lance Bottoms contre Rick Jackson
Jon Ossoff est très favori au Sénat. Pour le poste de gouverneur, notre modèle place pourtant le républicain Rick Jackson devant : les sondages le donnent le plus souvent en tête ou à égalité, de peu, et la structure de l’État renforce son avantage. Deux sondages publiés depuis le 1er septembre placent Bottoms devant, d’un et de trois points.
Milliardaire de la santé, Jackson finance lui-même l’essentiel de sa campagne. Il a battu à la primaire Burt Jones, que soutenait Donald Trump, et préfère s’afficher avec Brian Kemp, bien plus populaire que le président en Géorgie. Ancienne maire d’Atlanta, Bottoms veut étendre Medicaid et lever l’interdiction de l’avortement à six semaines. Notre lecture est plus favorable à Jackson que celle des marchés et des grilles, qui intègrent sans doute l’enthousiasme démocrate et le record du vote anticipé.
Notre analyse. Cobb (+14,9 pour Harris) et Gwinnett (+16,5) fixent le seuil que Bottoms devra atteindre le soir du scrutin.
Oregon et Nevada : les surprises possibles
Oregon. Dans un État gagné de 14,3 points par Harris, qui n’a pas élu de gouverneur républicain depuis 1982, les sondages placent la sortante Tina Kotek à égalité avec Christine Drazan. Kotek est impopulaire, critiquée sur le sans-abrisme, le logement et l’école. Elle garde 63,0 % de chances et 1,8 point d’avance, grâce à la structure de l’État. Il lui faut reprendre Marion, tenir Clackamas et Deschutes, et garder l’écologiste Brett Smith sous 5 %.
Nevada. Joe Lombardo est le seul gouverneur républicain sortant d’un État pivot, avec 162 vetos à son actif. De rares sondages le placent désormais à égalité avec Aaron Ford, et la structure de l’État lui donne l’avantage : Ford n’a que 38,1 % de chances. C’est la course où le sens de l’erreur est le plus incertain. Ford doit dépasser nettement à Clark les 2,6 points d’avance de Harris et progresser à Washoe.
Michigan, Arizona, Kansas et Texas
Michigan. Jocelyn Benson mène dans les seize sondages face à John James, dans un État que Trump a gagné en 2024 : 84,4 % de chances. Une défaite de Benson ruinerait presque les espoirs démocrates au Sénat. Il faudra d’abord comparer l’écart dans Wayne aux 29,0 points de Harris.
Arizona. La sortante Katie Hobbs est en tête partout, de 5 à 17 points, face à Andy Biggs, qui divise son propre camp : d’après HighGround, 25 à 30 % des électeurs républicains ne le soutiennent pas. Elle doit repasser devant à Maricopa, que Trump avait gagné de 3,5 points.
Kansas. Laura Kelly ne peut pas se représenter. Ty Masterson, président du Sénat de l’État, est favori face à Cindy Holscher (81,1 %), et presque tous les instituts indépendants le voient devant depuis septembre. C’est le seul siège de gouverneur démocrate où les républicains sont nettement favoris.
Texas. Greg Abbott n’a que 3,5 points d’avance dans notre moyenne des sondages, mais 85,8 % de chances, parce qu’il est sortant dans un État que Trump a gagné de 13,7 points. Presque tous les sondages publiés depuis le 15 octobre le donnent devant, le plus souvent de 2 à 5 points. Talarico l’emporte au Sénat dans 94,3 % des simulations où Hinojosa gagne de peu, et garde encore 73,2 % de chances dans celles où Abbott gagne de peu.
La prime au sortant reste la meilleure protection contre une vague nationale. Les démocrates de 2026 n’ont, eux, que le climat et leurs candidats.
Ce que les gouverneurs disent de 2028
Les sept États pivots de la présidentielle comptent aujourd’hui cinq gouverneurs démocrates et deux républicains. Les démocrates en détiendraient au moins cinq dans 69,9 % des cas et les sept dans 5,4 %, le Wisconsin séparant le statu quo d’une perte. Au Wisconsin et au Michigan, Tom Tiffany et John James ont dû s’expliquer sur 2020 ; en Géorgie et au Nevada, les deux favoris républicains se sont tenus à distance de Donald Trump.
Les règles électorales seront aussi en jeu. Réélu, Jim Pillen relancerait pour 2028 la suppression du partage des grands électeurs au Nebraska ; en Alaska, la mesure 2 tranchera le sort du vote préférentiel ; au Texas, en Floride, au Tennessee et en Louisiane, les redécoupages lancés par des gouverneurs républicains resteront en vigueur, sauf décision contraire.
Hidalgo, Webb et Starr, à la frontière texane, puis Miami-Dade seront les premiers comtés à regarder. Si Gina Hinojosa, David Jolly, Deb Haaland et Katie Hobbs y reprennent du terrain, les démocrates pourront tenir 2024 pour un vote d’humeur ; sinon, le réalignement s’installe. Phil Scott, Kelly Ayotte et Joe Lombardo, sortants républicains qui gouvernent à distance de leur parti dans des États démocrates ou pivots, ont de 62 à 98 % de chances.
Le Brésil l’a rappelé ce mois-ci : le soutien des gouverneurs ne suffit pas à gagner une présidentielle. Flávio Bolsonaro avait celui de 12 gouverneurs élus, et Lula l’a battu au second tour. Aux États-Unis, les élus du 3 novembre pèseront sur 2028 par les règles électorales de leurs États et par leur propre candidature, plus que par des consignes de vote.
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William Thay, Sean Scull et Augustin Bataille
Président du Millénaire ; Spécialiste des États-Unis du Millénaire ; Analyste du Millénaire.
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