Sean Scull pour Valeurs Actuelles : « Mais que va faire Donald Trump jusqu’à la fin de son mandat ? »

TRIBUNE. Le président américain ne cherche pas la stabilité ou le statu quo, il poursuit une logique de rapport de force pour transformer et marquer l’histoire, analyse Sean Scull, géopolitologue et chargé d’études États-Unis au think tank Le Millénaire.

Chercher à comprendre le trumpisme ne revient pas à prendre le parti de l’étranger, mais plutôt à comprendre le monde dans lequel la France évoluera. Le président américain a émergé politiquement il y a 10 ans désormais, et il a gouverné la première puissance mondiale pendant la moitié de ce temps. 

Il est l’heure d’en tirer un premier bilan au moment où son administration enchaîne les coups d’éclats à une vitesse inouïe : destitution du président Maduro, lutte contre l’immigration illégale et mise en place de droits de douanes massifs, pressions sur le régime iranien. À première vue, on a du mal à saisir la logique derrière cette politique, mais il y en a bien une. Trump est un président transformateur qui, jusqu’à la fin de son mandat, cherche à durablement réformer l’Amérique. 

Un président transformateur 

Le trumpisme incarne une révolution conservatrice pour rendre à l’Amérique sa grandeur. En ce sens, Donald Trump est un président de rupture tant sur le fond que sur la forme. Sur le fond sa présidence incarne le symptôme d’une Amérique qui ne veut pas mourir sur le plan moral et identitaire. D’où son obsession pour le réarmement moral avec une lutte implacable contre le wokisme, le trafic de drogue et la promotion de la chrétienté ainsi que des valeurs traditionnelles. Le trumpisme c’est aussi une opposition au multiculturalisme menace, selon lui, l’identité américaine. C’est pour cela que Trump mène une politique dure contre l’immigration illégale avec des actions coup de poing du United States Immigration and Customs Enforcement (ICE). Ainsi, comme Franklin D. Roosevelt qui a incarné la démocratie américaine face aux totalitarismes ou Ronald Reagan le capitalisme face à l’URSS, Donald Trump veut incarner l’Amérique « du bon sens » face à un progressisme décadent qui menace l’unité du pays. 

Sur la forme, Trump cherche à institutionnaliser son mouvement par une mainmise institutionnelle. Avec le DOGE il a purgé les départements fédéraux et mis fin aux politiques de recrutement sur des critères de diversité, d’équité et d’inclusion pour y installer des fonctionnaires sur le critère du mérite et de la loyauté. Le locataire de la Maison Blanche revient aussi sur des acquis américains comme le Civil Rights Act de 1964, qu’il accuse d’avoir favorisé une hostilité à l’égard des blancs dans la société américaine. Sa manière de gouverner est également transformatrice puisque Trump ignore les checks and balances avec son style hyper-présidentiel. En décembre 2025, il avait signé 221 décrets présidentiels depuis son retour au pouvoir le 20 janvier 2025. C’est plus que durant la totalité de son premier mandat. 

L’économie au service du projet de puissance trumpiste

Dans la logique trumpiste, l’économie est un outil au service des intérêts américains.

D’abord, Trump est obsédé par la compétition économique avec la Chine. C’est pourquoi, il prône un souverainisme et un patriotisme économique « America First ». Les droits de douanes ont pour objectif de protéger l’industrie américaine en rééquilibrant la balance commerciale, notamment avec la Chine qui en décembre 2025 avait un excédent commercial de 23,25 milliards de dollars avec les Etats-Unis. 

De plus, cette hausse des droits de douanes va de pair avec son projet de réindustrialisation visant à rendre les importations plus chères et les produits américains plus compétitifs sur le marché intérieur. Avec à la clé des emplois pour l’électorat blanc et rural des Etats du Midwest qui l’a amené au pouvoir par deux fois et qu’il a besoin de mobiliser pour les midterms de novembre prochain. L’autre priorité économique de Trump est monétaire, il mène une guerre contre Jérôme Powell, le président de la Réserve fédérale, à qui il veut obliger de baisser les taux d’intérêt afin de dynamiser l’économie du pays et de tenir sa promesse de Make America Great Again

Trump prépare l’Amérique au monde multipolaire du XXIème siècle 

En affirmant qu’il ne croit pas au droit international, Trump confirme sa vision selon laquelle l’ordre international basé sur le multilatéralisme est mort. Il est aujourd’hui multipolaire en se structurant autour de trois puissances : les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Dans ce nouvel ordre international, la logique de la realpolitik primeétant la vision selon laquelle les Etats n’ont pas d’amis mais que des intérêts. C’est la raison de sa fermeté en politique étrangère : contrer l’influence russe et chinoise qu’elle soit au Venezuela, au Panama ou en Iran. 

Ce changement de vision explique aussi pourquoi Trump est prêt à se fâcher avec le Danmark quitte à risquer l’implosion de l’OTAN pour le Groenland. Il souhaite personnellement contrôler le Groenland pour sécuriser le flanc nord de l’hémisphère américain des influences étrangères. Il fait ainsi rentrer son pays dans l’ère des Etats-puissances et le prépare à une hypothétique confrontation avec la Chine. Pour cela il casse des alliances pour en former des nouvelles là où les intérêts américains priment comme avec la Syrie d’Ahmed al-Sharaa. 

Ainsi, Donald Trump n’est pas un président qui cherche la stabilité ou le statu quo, il poursuite une logique de rapport de force pour transformer et marquer l’histoire. Pour cela, il utilisera la diplomatie et l’armée pour affaiblir indirectement l’économie chinoise en vue de lui mener une 3e guerre commerciale, et rendre plus difficile l’effort de guerre pour Poutine afin de l’enjoindre à accepter un deal en Ukraine. Par conséquent, il ne s’agit pas de comprendre ce qu’il veut mais où jusqu’il est prêt à aller pour tenir sa promesse du retour au Golden Age of America

Sean Scull est géopolitologue, chargé d’études États-Unis du Millénaire, auteur du rapport « Le trumpisme survivra-t-il à Donald Trump ? Le bilan de 10 ans de trumpisme » et auteur de « le Populisme, symptôme d’une crise de la démocratie, comment le néolibéralisme a triomphé en France et en Suède » aux éditions L’Harmattan.

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Crédit photo : 2026 Donald Trump at the White House on 9 January, de The White House, via Wikimedia Commons, sous license Public Domain.

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