2016 un mouvement embryonnaire qui s’appuie sur des dynamiques électorales de fond
L’émergence du trumpisme a été mal comprise en raison de la personne de Donald Trump qui n’a pas été prise au sérieux. Il a très vite été qualifié de mouvement contestataire et anti-élite, une parenthèse dans l’histoire américaine car Donald Trump était un promoteur immobilier richissime et une star de téléréalité qui n’avait jamais été élu, ce qui en faisait un novice en politique. Pour couronner le tout, Trump le natif de la métropole de New York, voulait incarner le représentant d’une Amérique religieuse, nationaliste et populiste du Midwest. Autant dire que cela n’avait rien à voir avec le profil et le parcours du personnage !
Pourtant, Donald Trump a été porté au pouvoir par des dynamiques électorales de fond traversant les Etats-Unis. D’abord, le socle MAGA, la base évangélique blanche qui ne se reconnait plus dans une Amérique du XXIᵉ siècle jugée décadente et en déclin. En 2016, Donald Trump réunit 63% des votes dans les zones rurales et les petites villes. Ensuite, les électeurs blancs de type col bleu désillusionnés par le Parti démocrate et qui se réfugiaient dans l’abstention. Enfin, les électeurs plus au centre, des banlieues aisées que Donald Trump a fait revenir chez les Républicains après qu’ils aient été séduits par Barack Obama : 49% de ceux-ci ont voté pour Donald Trump en 2016 selon un Exit poll de CNN le 23 novembre 2016.
2016-2026 : un mouvement embryonnaire devenu hégémonique au sein des Républicains
Le trumpisme est encore un mouvement embryonnaire en 2016. D’une part, il manque de cadres et d’autre part, il doit gérer une opposition interne au Parti républicain hostile au mouvement MAGA, ce sont les néoconservateurs. Trump est critiqué par des ténors du GOP comme Dick Cheney, John McCain ou George W. Bush qui voient d’un mauvais œil son appétit pour les droits de douane qui vont à l’encontre du dogme libre-échangiste. Ils pensent que Trump ne constitue qu’une parenthèse dans l’histoire de la politique américaine.
Or, lorsque Donald Trump revient en janvier 2026, il est « empereur des États-Unis d’Amérique » et non plus chef de fil d’un mouvement embryonnaire. Le trumpisme est devenu l’idéologie du Parti républicain car son socle électoral s’est élargi depuis 2016 notamment aux classes moyennes blanches, Hispaniques jusqu’à une partie de l’électorat des géants de la Tech de la Silicon Valley, qui rejette le wokisme des démocrates. Cette coalition lui donne un véritable trifecta : la présidence, la Chambre des représentants, le Sénat en plus de la Cour suprême depuis 2020. Cette mainmise sur la politique américaine lui permet, cette fois-ci, de dérouler son programme sans résistance.
Et si le trumpisme était fragile ?
Bien que le trumpisme domine la politique américaine en 2026, il n’est pas tout-puissant. En effet, il s’agit d’un mouvement hétérogène divisé entre les « America First nationalistes » et les « America First impérialistes » qui divergent sur la forme et les priorités. Les premiers sont des nationalistes purs et durs rejetant le concept d’empire américain et prônent un isolationnisme sur le modèle de l’entre-deux guerres pour que l’Amérique se concentre sur le peuple américain. Ils ont été hostiles à l’intervention au Venezuela. Les seconds incarnent la ligne néoconservatrice du GOP, celle qui soutient activement les interventions à l’étranger. Selon eux, l’Amérique incarne un empire moralement supérieur et béni de Dieu qui peut s’arroger le droit de violer la souveraineté d’autres États (Iran, Venezuela) lorsque ses intérêts sont en jeu.
Le trumpisme a prospéré sur des tendances de fond, mais il est devenu fragile. Premièrement, les divisions idéologiques présentées ouvrent la perspective d’une fin de mandat présidentiel pouvant être paralysé par une guerre des clans et des chapelles. Deuxièmement, l’action de Donald Trump est majoritairement désapprouvée par les Américains, par 56%[1]des Américains contre 39% au lendemain de son investiture, un niveau plus bas que Joe Biden (51%) et que Obama (50%), à la même période. Or, Donald Trump doit préparer les Midterms pour conserver sa majorité au Congrès. Enfin, le trumpisme a mué d’un mouvement contestataire anti-élites à une marque politique. Cette normalisation du trumpisme est son pire ennemi car en devenant un mouvement attrape-tout, cela nuit à ses principaux carburants électoraux, ce qui peut laisser envisager le même avenir que les Tories au Royaume-Uni après le départ de Boris Johnson.
Considérer le trumpisme fragile, c’est l’analyser pour ce qu’il est : un mouvement politique structurant les Etats-Unis, mais qui présente des failles qui ne font pas de la personne de Donald Trump un leader pouvant diriger les Etats-Unis sans contraintes internes.
Sean Scull est géopolitologue, chargé d’études États-Unis du Millénaire et auteur de “le Populisme, symptôme d’une crise de la démocratie, comment le néolibéralisme a triomphé en France et en Suède” aux éditions L’Harmattan.
[1] Agrégateur de sondages de Georges Eliott Morris publié sur le site FiftyPlusOne
Pour soutenir nos analyses ou nous rejoindre pour rendre sa grandeur à la France
Crédit photo : President Donald J. Trump participates in a bilateral meeting with Iraqi President Barham Salih Tuesday, September 24, 2019, at the Lotte New York Palace in New York City. (Official White House Photo by Shealah Craighead), de Trump White House Archived, via Flickr, sous licence CC0 1.0.

Add a Comment