Un bilan positif sur le plan national, mais mitigé sur le plan international
Vingt-cinq ans après le 11 septembre, la guerre contre le terrorisme menée par les États-Unis a profondément marqué le premier quart de siècle des pays occidentaux. Cette étude en tire quatre grands enseignements, pour imaginer une réponse européenne et française pour la prochaine décennie.
Le constat
Le 11 septembre 2001, 19 pirates d’Al-Qaïda ont détourné 4 avions et fait 2 977 victimes de 90 nationalités. Les États-Unis ont répondu par une « War on Terrorism » sur les plans intérieur et extérieur.
La cause
Le Patriot Act du 26 octobre 2001 et la création en 2002 du Département de la Sécurité intérieure, qui regroupe 22 agences fédérales, ont refondé l’appareil sécuritaire. À l’extérieur, la victoire militaire n’a pas été transformée en victoire politique.
La conséquence
Le territoire américain a été durablement protégé, mais l’image des États-Unis s’est dégradée dans le monde arabe. La note en tire quatre enseignements pour la réponse européenne et française.
Avant-propos
Il y a 25 ans, les Etats-Unis de Georges W. Bush après les attentats historiques et spectaculaires du 11 septembre, se sont dans une guerre totale contre le terrorisme islamiste.
Cet événement marque un tournant géopolitique sans précédent en mettant fin à l’unipolarité américaine consécutive à l’effondrement de l’Union soviétique en décembre 1991. En effet, les Etats-Unis enregistrent plus de 3 000 victimes dans les attentats terroristes les plus meurtriers de l’Histoire démontrant qu’aucune puissance n’est désormais à l’abris de menaces qui sont davantage transnationales et globales.
Si en termes de victimes et de portée géographique, le terrorisme islamiste demeure un facteur majeur des nouvelles mutations mondiales. Au point que même des grandes puissances aux intérêts divergents et concurrents comme les Etats-Unis, la Russie ou la Chine ont été amenés à collaborer pour y faire face. Cette capacité à unir contre soi est presque un seul motif pour se plonger dans le bilan des 25 ans de guerre menée par les Etats-Unis pour y faire face. De plus, celle-ci a été longtemps réduite et simplifiée au regard des conséquences notamment internationales de celle-ci, mais aussi par mépris intellectuel pour le néoconservatisme américain. Elle n’en demeure pas moins une doctrine nationale et internationale qui a profondément marquée le premier quart de siècle des pays occidentaux. En effet, celle-ci s’est déclinée tant sur le plan national qu’international.
C’est pourquoi, notre étude entend tirer les quatre grands enseignements de la guerre contre le terrorisme menée par les Etats-Unis. Ceux-ci permettent dans le cadre d’un dossier plus globale d’imaginer une réponse européenne et française pour la prochaine décennie.
Thibault Arondel, Analyste au Millénaire
2001-2026 : un quart de siècle de « War on Terrorism »
Le 11 septembre 2001, 19 pirates d’Al-Qaïda détournent 4 avions et 246 passagers et membres d’équipage sont pris dans les attaques. Le bilan s’élève à 2 977 victimes de 90 nationalités : 2 753 morts au World Trade Center, dont 441 premiers intervenants (343 pompiers, 71 membres des forces de l’ordre et 2 paramédicaux), 184 au Pentagone et 40 dans le vol 93.
Les dégâts sont considérables : 1,2 million de m² détruits, 1,8 million de tonnes de débris, plus de 4 500 appareils cloués au sol. Les dégâts matériels dépassent 50 milliards de dollars à New York et les coûts d’interruption plus de 100 milliards de dollars.
La réponse américaine est double. Sur le plan intérieur, le Patriot Act du 26 octobre 2001 puis la création en 2002 du Département de la Sécurité intérieure, qui regroupe 22 agences fédérales, refondent l’appareil de sécurité. Sur le plan extérieur, l’administration Bush vise les États désignés comme « Axe du Mal ». L’opinion suit : plus de 80 % d’opinions favorables après le 11 septembre, 75 % après la chute du régime irakien.
L’usure vient ensuite. En octobre 2004, la confiance dans les politiques antiterroristes tombe à 49 % et la cote générale du président à 43 à 46 %, avec 8 points d’écart sur son rival John Kerry, crédité de 41 %. Les doctrines évoluent après Bush, sans remettre en cause l’architecture mise en place.
victimes de 90 nationalités le 11 septembre 2001, dont 2 753 morts au World Trade Center.
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Sur le plan intérieur, le bilan est bon. De 2001 à 2009, 19 complots sont déjoués et 65 personnes interpellées. Le 11 septembre représente 96,5 % des victimes américaines du terrorisme : depuis 2001, on compte environ 120 victimes aux États-Unis, contre près de 800 dans l’Union européenne. Entre 2020 et 2025, on recense 18 incidents djihadistes, dont 8 attaques et 10 projets déjoués, contre 73 entre 2013 et 2019. 18 % d’entre eux avaient un contact direct avec une organisation étrangère.
Sur le plan extérieur, la victoire militaire n’a pas été transformée en victoire politique. En Afghanistan, 143 milliards de dollars ont été consacrés à la reconstruction en 20 ans. La note en conclut que le « state-building » unilatéral a montré ses limites et que la menace a parfois muté vers de nouveaux foyers.
Les chiffres de la lutte antiterroriste
Victimes du terrorisme depuis 2001
Depuis 2001, les États-Unis comptent environ 120 victimes du terrorisme, contre près de 800 pour l’Union européenne.
Incidents djihadistes aux États-Unis
Entre 2020 et 2025, on compte 18 incidents, dont 8 attaques et 10 projets déjoués, contre 73 entre 2013 et 2019.
Approbation de la politique étrangère de Donald Trump
Dans les États pivots de la région, l’approbation de la politique étrangère de Donald Trump chute à 12 % en Jordanie, 21 % au Liban et 24 % en Irak.
Quels enseignements pour éradiquer la menace puisque la guerre ne suffit pas ?
Enseignement n°1 : lutter contre le terrorisme islamiste suppose une stratégie nationale et internationale. Trop de décideurs privilégient l’une au détriment de l’autre. L’exemple de George W. Bush l’atteste : la réponse américaine sur le plan intérieur s’est avérée bonne à court terme, mais la doctrine et l’arsenal n’ont pas pu être régulièrement adaptés aux menaces internationales.
Enseignement n°2 : la lutte internationale suppose le consentement des opinions publiques du monde musulman. La doctrine originelle de Bush n’est pas mauvaise en soi, mais elle aurait dû s’accompagner d’un appui à la reconstitution des États après l’intervention. L’Arab Barometer montre l’érosion de l’hégémonie américaine : sur la défense des libertés régionales, la Chine devance Washington en Jordanie (40 % contre 19 %) et au Liban (28 % contre 17 %).
Enseignement n°3 : une démocratie peut remporter la guerre sans renier ses fondamentaux. Selon l’indice de démocratie de The Economist, les États-Unis étaient 17e avec 8,22 en 2006 et sont aujourd’hui 29e.
Enseignement n°4 : ajuster la doctrine tous les cinq ans. La note distingue des cycles de cinq ans : 2001-2006, 2006-2011, 2011-2016, 2016-2021 et 2021-2026.
Face à une menace désormais diffuse, opportuniste et atomisée, l’Occident ne peut plus se contenter de victoires tactiques : il doit réajuster périodiquement ses doctrines pour concilier fermeté intérieure et diplomatie multilatérale ciblée.
Conclusion
Le bilan de la « War on Terror » démontre l’efficacité d’un appareil sécuritaire intérieur refondé, capable de sanctuariser le territoire américain sans sacrifier durablement ses fondements démocratiques.
À l’inverse, l’incapacité récurrente à transformer les victoires militaires extérieures en ordres politiques stables a révélé les limites stratégiques du « state-building » unilatéral. La lutte contre le terrorisme islamiste ne peut s’affranchir du consentement des opinions publiques locales ni d’alliances régionales solides.
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Matthieu Hocque et Thibault Arondel
Directeur Général du Millénaire ; Analyste au Millénaire.
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