Matthieu Hocque et Thibault Arondel pour Marianne : « Terrorisme : « Les pays européens, devenus vulnérables, payent les erreurs américaines » »

Coauteurs du rapport « 25 ans après le 11 septembre 2001, éradiquer une menace qui a évolué », pour le think tank Le Millénaire, Matthieu Hocque et Thibault Arondel dressent le bilan de la guerre contre le terrorisme menée par les États-Unis.

Il y a 25 ans, les Etats-Unis de Georges W. Bush déclarent la « War on Terror » en réponse aux attentats du 11 septembre : une guerre totale sur le plan intérieur et extérieur. En France, cette réponse a souvent été simplifiée par mépris intellectuel à l’égard du néo-conservatisme américain en considérant que le USA Patriot Act avait considérablement réduit les libertés publiques et que les guerres au Moyen-Orient avaient été des fiascos. Et si, pour reprendre une expression du football « à la fin, c’étaient toujours les Etats-Unis qui gagnaient ? ». 

25 ans de « War on Terror » sur le sol américain

Sur le plan intérieur, la réponse au terrorisme islamiste des Etats-Unis fut implacable. L’USA Patriot Act constitue une refonte d’exception du cadre juridique de la sécurité intérieure des Etats-Unis autour de 4 paramètres : un assouplissement des conditions d’inquisition judiciaire pour les agences de renseignement, la surveillance des communications de tout suspect, un contrôle renforcé des flux d’argent clandestins et des pouvoirs d’expulsion et de détention indéfinis pour tous les étrangers soupçonnés de menacer la sécurité nationale. 

A la différence des lois anti-terroristes des pays européens, les principes sont suivis de moyens aux Etats-Unis. La rétention judiciaire est rendue possible par la construction du centre de Guantanamo après jugement par les tribunaux militaires et non civils. De même, 1 300 milliards de dollars sur la période 2003-2026 ont été dépensés tant par des administrations républicaines que démocrates. Enfin, la création du Department of Homeland Security en 2002 centralise 22 agences fédérales pour un commandement unique de la lutte anti-terroriste. 

25 ans de guerre, mais quel bilan ? 

Structurellement, les Etats-Unis subissent de moins en moins d’attentats terroristes islamistes. Selon le CSIS, entre 2020 et le 1er janvier 2025, les États-Unis ont connu 18 incidents djihadistes, dont 8 attaques réalisées et 10 projets déjoués, contre 73 incidents entre 2013 et 2019. Mieux, le CSIS estime ainsi que seuls 18 % des incidents djihadistes des 20 dernières années impliquent un contact direct avec une organisation terroriste étrangère.

Mais le meilleur bilan de cette politique est que désormais, l’« Américain moyen » ne pense plus au régime de surveillance. En effet, Barack Obama et Joe Biden ne sont jamais revenus sur cette doctrine. Les réformes de janvier 2009 ont porté sur les techniques d’interrogatoire renforcées et celles de juin 2015 sur des ajustements techniques concernant la collecte et le stockage des métadonnées téléphoniques après l’affaire Snowden de 2013. De même, Joe Biden n’est jamais revenu sur les réformes de Donald Trump sur la réduction des visas pour les ressortissants issus des foyers du terrorisme. 

Et, si à la fin, c’étaient toujours les Etats-Unis qui gagnaient ?

La guerre contre le terrorisme a bénéficié aux Etats-Unis pour deux raisons. La première est que la lutte acharnée américaine couplée aux difficultés des pays européens à redéfinir une doctrine de sécurité intérieure anti-terroriste ont transféré la menace sur le sol européen. Si l’on retire le 11 septembre qui concentre près environ 96,5% des victimes du terrorisme aux Etats-Unis, le terrorisme islamiste a fait environ 120 victimes aux Etats-Unis depuis 2001 contre près de 800 victimes dans les pays de l’Union européenne, soit 66,5 fois plus de victimes dans les pays européens. En 2025, il y a eu 3 attentats aux Etats-Unis contre 10 en France, premier pays européen touché par le terrorisme islamiste.

Deuxièmement, sur le plan extérieur, les interventions américaines de 2001 en Afghanistan et de 2003 en Irak ont détérioré non seulement l’image américaine, mais aussi du reste du monde occidental. Ce ressort anti-occidental constitue l’un des carburants pour les groupes terroristes qui inversent la logique accusatoire : l’Occident agresse le monde musulman que les terroristes islamistes prétendent défendre. Seulement, 25 ans après, même si la menace des groupes terroristes de Al Qaeda et de Daesh est moins importante, de nombreux groupes et filiales sont toujours actifs avec AQMI (Al Qaeda au Maghreb Islamique) ou bien AQPA (Al Qaeda à la Péninsule Arabique).

La menace terroriste islamiste est existentielle pour le monde occidental. Seulement, par son changement de doctrine, les Etats-Unis sont devenus une cible moins atteignable des groupes terroristes. A l’inverse, les pays européens, devenus vulnérables, payent les erreurs américaines.

Matthieu Hocque, Directeur Général du Think-Tank Le Millénaire, spécialiste en politiques publiques, co-auteur du rapport « 25 ans après le 11 septembre 2001, éradiquer une menace qui a évolué » 

Thibault Arondel, Analyste international au Millénaire, co-auteur du rapport « 25 ans après le 11 septembre 2001, éradiquer une menace qui a évolué »

Pour soutenir nos analyses ou nous rejoindre pour rendre sa grandeur à la France

Crédit photo : 911: President George W. Bush and Address to the Nation, 09/11/2001, de The U.S. National Archives, via NARA and Divids Public Domain Archives, sous licence Public Domain.

Add a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.