Pourquoi les Français paient la double peine ?
Depuis 2015, la consommation mondiale d’énergie a augmenté de 15 %. 60 % de cette hausse a été couverte par les énergies fossiles. La transition promise à Paris n’a pas eu lieu, et les Français en paient le prix.
Le constat
Depuis 2015, la consommation mondiale d’énergie finale a augmenté de 15 %. Cet accroissement a été porté à 60 % par les énergies fossiles.
La cause
Le développement des pays émergents, qui ont accru leur consommation de 25 %, dont 70 % reposent sur les fossiles.
La conséquence
Les émissions mondiales ont augmenté de 9 % en dix ans. Et les Français paient la double peine : une transition coûteuse chez eux, la pollution des autres.
La sortie, fin juin, du Statistical Review of World Energy qui remplace depuis 4 ans l’ancien BP Statistical Review est un événement annuel très attendu par les spécialistes de l’énergie. Il permet, grâce à des données historiques remontant à 1965 et présentées pays par pays, d’analyser l’évolution des consommations d’énergie ainsi que leurs parts évolutives dans le mix mondial. 10 ans après la COP 21, nous proposons un bilan de la décennie 2015-2025 pour 7 entités géographiques : Monde, OCDE, pays émergents (i.e. non OCDE), Chine, États-Unis, Union européenne et France.
L’échec en chiffres
L’évolution des chiffres mondiaux sur la période 2015 à 2025 atteste sans aucune ambiguïté de l’échec dramatique d’une transition énergétique mondiale qui n’a pas vraiment commencé. En effet, depuis 2015, la consommation mondiale d’énergie finale a augmenté de 15 %. Elle alimente la croissance économique mondiale qui a progressé sur la même période de près de 34 % selon les données de la Banque mondiale. Or, cet accroissement a été porté à 60 % par les énergies fossiles, et seulement à 40 % par les énergies décarbonées (35 % par les EnR et 5 % par le nucléaire et l’hydro). Par conséquent, contrairement aux espoirs de la COP 21, les énergies fossiles demeurent le socle écrasant du mix énergétique mondial. Sur cette décennie, leur part relative est passée de 90 % en 2015 à 86 % en 2025.
de la hausse de la consommation mondiale d’énergie depuis la COP 21 a été couverte par les fossiles.
Les pays émergents, moteur de la hausse
La cause principale de cet échec est le développement des pays émergents. Au cours de la dernière décennie, ces derniers (dont la Chine et l’Inde sont les fers de lance) ont accru leur consommation d’énergie finale de 25 % (+32 % pour la Chine). 70 % de cet accroissement repose sur les fossiles et seulement 30 % sur les énergies décarbonées. Malgré une progression spectaculaire des EnR dans le monde (+138 %), dans les pays de l’OCDE (+78 %) et les émergents (+275 % dont +640 % en Chine), l’ancien monde des fossiles continue de progresser.
L’ancien monde des fossiles continue de progresser.
L’électricité ne perce pas
Ces conclusions sont renforcées par la faible percée de l’électricité, qui malgré sa progression (+32 % au cours de la dernière décennie) ne comptait en 2025 que pour 25 % de l’énergie finale. Dans les faits, la progression n’est pas due à l’électrification des usages mais à l’électrification de régions (en Afrique notamment) non auparavant électrifiées. En Europe, la consommation électrique stagne tandis qu’en France elle s’est contractée de 10 %, revenant à la consommation de 2005.
Les émissions continuent de monter
Il n’est donc pas surprenant que les émissions de GES aient continué de progresser. En 10 ans elles ont augmenté de 9 %. La baisse dans les pays de l’OCDE (-10,5 %, -18,5 % en Europe) a été compensée par la croissance des pays émergents (+21 %) dont la Chine (+23 %) reste le champion incontesté.
2025, pas un tournant
Contrairement aux attentes, l’année 2025 que certains annonçaient comme un grand tournant historique reste dans la droite ligne des précédentes. On assiste donc, de surcroît, à un tassement de la croissance des renouvelables par rapport à la tendance décennale.
La double peine des Français
En matière de transition énergétique, les Français n’ont pas à s’autoflageller : sur les dix dernières années, la France apparaît de loin comme le meilleur élève.
La baisse des émissions françaises est cependant un trompe-l’œil. Elle provient à 85 % de l’industrie, tandis que la décarbonation des transports et du bâti reste faible. Dans les faits, la décarbonation de la France est principalement liée à sa désindustrialisation. Parallèlement à la baisse des émissions territoriales, on observe une stagnation de l’empreinte carbone : les émissions ne baissent pas ; elles sont délocalisées puis réimportées sous forme de matières premières et de produits manufacturés.
Même si les ambitions de la COP 21 furent louables, cet accord multilatéral porte les germes d’une double peine pour les Français. Parce qu’il a laissé une pleine souveraineté aux pays pollueurs sans mécanisme de contrainte, les pays émergents ont maintenu une très forte dépendance aux énergies fossiles.
La France est un bon élève, mais au prix d’une transition énergétique dure payée par les Français. Un prix qui se paie d’abord sur le plan financier avec l’augmentation du prix des carburants et surtout de l’électricité, de surcroît lors des pics de crises du gaz en raison de l’indexation sur le prix du gaz. De même, les Français financent chaque année près de 100 milliards d’euros directs et indirects en faveur de la transition énergétique. Or, ils doivent supporter la pollution des pays émergents qui ne sont régulés par aucun mécanisme international.
Dix ans de transition, en quatre graphiques
L’Europe baisse, la Chine monte : les émissions mondiales progressent de 9 %
La baisse dans les pays de l’OCDE (-10,5 %, -18,5 % en Europe) a été compensée par la croissance des pays émergents (+21 %), dont la Chine (+23 %) reste le champion incontesté.
Les renouvelables explosent, sans faire reculer les fossiles
Malgré une progression spectaculaire des EnR dans le monde (+138 %), dans les pays de l’OCDE (+78 %) et les émergents (+275 % dont +640 % en Chine), l’ancien monde des fossiles continue de progresser.
60 % de la hausse de la consommation couverte par les fossiles
Cet accroissement a été porté à 60 % par les énergies fossiles, et seulement à 40 % par les énergies décarbonées : 35 % par les EnR et 5 % par le nucléaire et l’hydro.
2025 dans la droite ligne de la décennie
L’année 2025, que certains annonçaient comme un grand tournant historique, reste dans la droite ligne des précédentes, avec un tassement de la croissance des renouvelables.
Pourquoi les Français paient la double peine
15 pages. 7 entités : Monde, OCDE, pays émergents, Chine, États-Unis, Union européenne, France. Données du Statistical Review of World Energy, séries depuis 1965. Tableau récapitulatif 2015-2025 en annexe.
Charlez P., « 10 ans après la COP 21, la transition énergétique mondiale n’a pas commencé. Pourquoi les Français paient la double peine », Note du Millénaire, 22 septembre 2026, lemillenaire.org.
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Philippe Charlez
Expert associé des questions énergétiques du Millénaire.
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