10 ans après la COP 21, la transition énergétique mondiale n’a pas commencé

La sortie, fin juin, du Statistical Review of World Energy qui remplace depuis 4 ans l’ancien BP Statistical Review est un évènement annuel très attendu par les spécialistes de l’énergie. Il permet, grâce à des données historiques remontant à 1965 et présentées pays par pays, d’analyser l’évolution des consommations d’énergie ainsi que leurs parts évolutives dans le mix mondial. 10 ans après la COP 21, nous proposons un bilan de la décennie 2015 – 2025 pour 7 entités géographiques : Monde, OCDE, pays émergents (i.e. non OCDE), Chine, Etats-Unis, Union Européenne et France. 

L’évolution des chiffres mondiaux sur la période 2015 à 2025 atteste sans aucune ambiguïté de l’échec dramatique d’une transition énergétique mondiale qui n’a pas vraiment commencé. En effet, depuis 2015, la consommation mondiale d’énergie finale a augmenté de 15%. Elle alimente la croissance économique mondiale qui a progressé sur la même période de près de 34% selon les données de la Banque Mondiale. Or, cet accroissement a été porté à 60% par les énergies fossiles, et seulement à 40% par les énergies décarbonées (35% par les EnR et 5% par le nucléaire et l’hydro). Par conséquent, contrairement aux espoirs de la COP21, les énergies fossiles demeurent le socle écrasant du mix énergétique mondial. Sur cette décennie, leur part relative est passée de 90 % en 2015 à 86% en 2025.

La cause principale de cet échec est le développement des pays émergents. Au cours de la dernière décennie, ces derniers (dont la Chine et l’Inde sont les fers de lance) ont accru leur consommation d’énergie finale de 25% (+32% pour la Chine). 70% de cet accroissement repose sur les fossiles et seulement 30% sur les énergies décarbonées. Malgré une progression spectaculaire des EnR dans le Monde (+138%), dans les pays de l’OCDE (+78%) et les émergents (+275% dont +640% en Chine) l’ancien monde des fossiles continue de progresser.   

Ces conclusions sont renforcées par la faible percée de l’électricité, qui malgré sa progression (+32% au cours de la dernière décennie) ne comptait en 2025 que pour 25% de l’énergie finale. Dans les faits la progression n’est pas due à l’électrification des usages mais à l’électrification de régions (en Afrique notamment) non auparavant électrifiées. En Europe, la consommation électrique stagne tandis qu’en France elle s’est contractée de 10% revenant à la consommation de 2005.

Il n’est donc pas surprenant que les émissions de GES aient continué de progresser. En 10 ans elles ont augmenté de 9%. La baisse dans les pays de l’OCDE (-10,5%, -18,5% en Europe) ont été compensées par la croissance des pays émergents (+21%) dont la Chine (+23%) reste le champion incontesté.

Contrairement aux attentes, l’année 2025 que certains annonçaient comme un grand tournant historique reste dans la droite ligne des précédentes : 

  • Energie primaire +1,3% (contre 1,4% par an sur la période 2015 à 2025)
  • Pétrole +1% (0,9%), gaz +1,3% (2 %), charbon +0,4% (0,5%)
  • Renouvelables +10% (13,8%)
  • Émissions +0,9% (0,9%)

On assiste donc, de surcroît, à un tassement de la croissance des renouvelables par rapport à la tendance décennale que nous étudierons dans cette étude. 

Par, Philippe Charlez, Expert des questions énergétiques associé au Millénaire,

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Crédit photo : Pompe à huile Jack, de Jean Beaufort, sous licence Public Domain Pictures

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