Certains étés passent et avertissent. L’été 2026 restera comme celui où, sur les franges de la forêt de Gascogne, la France a regardé ses propres limites en face et découvert, sous la fumée du Bassin d’Arcachon, que la protection de la Nation ne se décrète pas, mais se construit.
Le feu est un révélateur. Il ne détruit pas seulement des hectares, des maisons, des saisons. Il met à nu l’état d’un pays, la solidité de sa chaîne de commandement, la vitalité de son industrie, la lucidité de sa politique forestière, et la cohérence de son rapport à la terre. Le méga-feu de Saumos, parti le 22 juillet 2026 d’un chantier de débroussaillage sous une ligne électrique, a parcouru en quelques jours 42 000 hectares et contraint plus de 220 000 personnes à l’évacuation. À lui seul, ce sinistre a brûlé davantage que bien des saisons entières. Additionné aux foyers de Fontainebleau, de la Drôme, des Pyrénées-Orientales, du Var ou de la Corse, il porte le bilan national de l’année au-delà du record de 2022. Le feu, longtemps cantonné au pourtour méditerranéen et aux Landes, remonte désormais vers le nord et l’ouest, faisant basculer toute la géographie du risque.[1]
L’honnêteté est la première des rigueurs. L’État régalien a plutôt bien fonctionné. Les sapeurs-pompiers, les militaires de la sécurité civile, les forces de l’ordre, les maires et leurs réserves communales tiennent. Nul mort civil n’est à déplorer à Saumos, et la doctrine de l’évacuation préventive a sauvé des vies. Mais derrière la maîtrise de la crise se cache une dépendance. Nos Canadair ont 30 ans, nos avions neufs n’arriveront pas avant 2028, voire 2032 ; notre flotte dépend d’un unique constructeur canadien, et lorsque la sécheresse embrase simultanément l’Espagne, le Portugal, la Grèce, l’Italie et la France, la précieuse solidarité européenne, devient une mutualisation de la pénurie. La France tente d’éteindre le feu avec des moyens qui ne sont plus tout à fait les siens.
Pour cesser de subir le déclin dans la parole, il nous faut cesser de le subir dans les moyens. La question n’est plus de savoir si la France sait gérer une catastrophe, mais si elle veut redevenir souveraine face au dérèglement climatique, produire ses propres capacités de sécurité civile, prévenir plutôt que subir, et sortir son écologie de l’idéologie de la pénitence pour en faire une écologie d’un nouvel enracinement des Français dans leurs territoires et leur patrimoine naturel. Car les incendies, sécheresses, inondations et autres catastrophes naturelles montrent bien que ce n’est pas en sanctuarisant la nature qu’on la protège, mais bien en prenant la pleine responsabilité de la modifier et l’entretenir pour garantir sa santé et sa résilience.
Comment la France peut-elle passer d’un État régalien qui excelle dans la gestion de crise, mais demeure structurellement dépendant de moyens vieillissants, étrangers et mutualisés, à une véritable souveraineté environnementale capable de produire ses propres capacités de sécurité civile, de prévenir plutôt que de subir, et d’ancrer son écologie dans la défense enracinée de ses territoires ?
Nous dresserons d’abord le bilan des incendies de 2026, sans complaisance ni catastrophisme (I). Nous exposons ensuite les limites de la doctrine actuelle, européenne comme nationale (II), et proposons enfin une voie de souveraineté environnementale, pour accroître les moyens, desserrer l’étau bureaucratique, recréer une industrie française de la sécurité civile, et refonder la prévention dans une écologie de l’enracinement (III) et non de la sanctuarisation, avant de rassembler nos propositions opérationnelles (IV).
[1] Touteleurope.eu, « Feux de forêt : plus de 42 000 hectares déjà brûlés en France en 2026, un record à la mi-juillet » (juillet 2026).
Par Lilian Guignard, Analyste du Millénaire
Contribution : Florian Gérard-Mercier, Directeur adjoint des études du Millénaire
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Crédit photo : Incendie via pxHere, image libérée de droits d’auteur sous Créative Commons CC0

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