De la théorie des vitres brisées à la tolérance zéro, les leçons de Rudy Giuliani à New York pour enrayer les crimes et les délits

Si, comme l’écrivait La Fontaine, « l’adversaire d’une vraie liberté est un désir excessif de sécurité », cette dernière n’en demeure pas moins essentielle au sein d’une société ayant comme objectif de se conserver et de rester bien portante. C’est lorsque la sécurité disparaît que l’on s’aperçoit des bienfaits que sa présence apporte et justement, depuis quelques années maintenant, l’insécurité croissante en France, et notamment dans les villes, frappe de plein fouet nos concitoyens qui sont les premiers touchés par ce phénomène.

Face à ce fléau, les réponses de l’État sont souvent insuffisantes, étant parfois corrélées à une lassitude, à un manque d’adaptabilité ou à un début de résignation. Pour inverser la courbe, la France a besoin de repenser, voire de restructurer, sa politique de sécurité des villes ainsi que la manière dont l’État fait usage de ses prérogatives pour assurer la paix et la tranquillité de ses administrés.

Ainsi, pour prendre du recul sur notre méthode française dans le but d’en faire ressortir les points forts et les défaillances, il peut être intéressant d’étudier différentes doctrines de sécurité urbaine dans le monde. Ici, la comparaison se fera à partir d’une ville bien particulière durant une période très spécifique : la ville de New York durant les deux mandats municipaux de Rudolph Giuliani.

En effet, celui qui fut surnommé le « maire de l’Amérique » à la suite des attentats du 11 septembre a obtenu, entre 1993 et 2001, des résultats absolument spectaculaires en matière de lutte contre la criminalité et la délinquance à New York, transfigurant alors une ville qui déconseillait aux touristes de prendre le métro en un symbole de la réussite américaine, transformant « Gotham » en égérie d’un « American Dream » qu’elle était en passe de transformer en cauchemar trois ans plus tôt. 

L’étude de la manière avec laquelle Rudolph Giuliani a réussi à réduire considérablement la criminalité new-yorkaise permettra ainsi de déterminer s’il est possible d’appliquer cette méthode aujourd’hui en France ou si elle peut au moins inspirer un renouveau dans la lutte contre l’insécurité. Il s’agira alors de cerner les problématiques propres à l’insécurité des villes françaises pour explorer et identifier les différentes solutions qui permettront aux français de sortir de chez eux en toute sérénité. 

Rudy Giuliani se fait élire Maire de New York dans un climat marqué par un sentiment d’insécurité de la part des New Yorkais qui font face à une explosion de la criminalité et de la délinquance pour des facteurs propres à New York et d’autres qui touchent les États-Unis. En effet, le pays et marqué par une récession économique depuis les deux chocs pétroliers, avec un taux de chômage qui dépasse les 10% en raison de la désindustrialisation et le choc économique évoqué. De plus, les États-Unis sont frappés par une guerre des gangs qui s’affrontent pour conserver le monopole du territoire et de la vente de drogue alors que les Américains consomment près de 60% de la production mondiale avec 4,5 millions de consommateurs en 1992. La situation à New York n’est pas meilleure puisque la ville obtient son image de « Gotham » avec une explosion spectaculaire d’homicides avec un pic de 2245 meurtres en 1990.

Face à cette situation, Rudy Giuliani met en place une politique de tolérance zéro afin de répondre à la théorie des « vitres brisées », énoncées par deux professeurs qui démontrent que lorsqu’une vitre est laissée brisée alors il y a plus de chance que les autres vitres le soient parce qu’il existe le sentiment que si cette vitre est laissée à l’abandon alors les gens s’en foutent. Ainsi, il en tire la conclusion qu’il faut répondre avec la plus grande fermeté à l’ensemble des crimes et des délits avec des peines maximales pour éviter tout sentiment d’impunité et pour éviter la récidive. Il met en place des sanctions immédiates et maximales, en écartant les circonstances atténuantes et les excusés liées à l’origine et à l’environnement social/économique. Il ne fait plus de priorités dans les arrestations, sauf cas spécifique de la lutte contre le trafic de drogues qui explique la majorité de la criminalité, et réforme la police de New York en doublant le budget, en augmentant les effectifs et en mettant en place de nouveaux outils et une nouvelle organisation qui permet d’avoir une police plus proche des habitants.

Les résultats de Giuliani sont impressionnants même s’ils s’inscrivent dans une tendance de baisse globale de la criminalité aux États-Unis en raison : de la baisse de la consommation de la drogue, le retour de la croissance économique et du plein emploi. Pourtant, sur la plupart des indicateurs, l’ancien Maire a divisé la plupart des catégories de délits et de crimes par deux, et il a obtenu de biens meilleurs résultats que dans toutes les autres villes des États-Unis. 

Cette analyse démontre que la France qui souffre de maux similaires aux États-Unis des années 90, pourrait reprendre une partie des leçons de Giuliani et notamment faire sienne des théories de la vitre brisée et de la tolérance zéro afin de restaurer l’autorité de l’État et assurer l’ordre dans ses rues. Cela montre surtout qu’avec de la volonté politique et une politique publique adaptée, il n’y a jamais de fatalisme même face à un mal qui semble insurmontable.

Par Thibault Heckel-Frossel, analyste du Millénaire et Matthieu Hocque, Directeur général du Millénaire 

Contribution : William Thay, président du Millénaire 

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Crédit photo : Rudy Giuliani avec la NYPD via Wikimedia Commons, sous licence « Public Domain »

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