Pendant que les polémiques s’attardent sur le salaire de Zinédine Zidane, le football français étouffe sous un modèle économique fragilisé qui dépend de l’exportation de ses jeunes talents, pointent Clément Perrin, Matthieu Hocque et William Thay du think tank Le Millénaire.
Double champion du monde, demi-finaliste en 2026, deux ballons d’or sur les cinq dernières années, le PSG double champion d’Europe en titre, le football français semble sur le toit du monde. Pourtant, son championnat s’appauvrit et ses sélections déçoivent. Une situation qui appelle à une montée de gamme.
La France est la première nation formatrice tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Selon le CIES Football Observatory, elle a généré 3,98 milliards d’euros de recettes de transferts sur dix ans. 1.275 joueurs sont expatriés dans 135 ligues. A tel point que lors de la Coupe du Monde 2026, 99 joueurs sont nés en France, soit l’équivalent de plus de 4 effectifs complets. Mais cette réussite de la formation française s’illustre aussi sur le plan qualitatif. Mbappé, Dembélé, Tchouaméni, Upamecano, Saliba, Maignan ; tous formés en France sont des références mondiales. En 1998, 27 % de l’effectif de l’Equipe de France (6 joueurs) jouent dans un club figurant dans le Top 10 des clubs de l’indice UEFA contre 53 % (14 joueurs) en 2026.
La France est l’atelier du football mondial, dotée d’un capital humain abondant, mais peu diversifié et peu valorisé. D’une part, la mise en compétition des centres de formation les pousse à privilégier certains profils de joueurs pour gagner les tournois de jeunes. Or, ce sont très souvent des joueurs capables de fortes différences individuelles sur les plans offensif et défensif. Résultat : notre formation produit d’excellents attaquants, ailiers et défenseurs centraux, mais de moins en moins de milieux de terrain, pourtant ancien point fort.
Une économie au ralenti
D’autre part, la formation française est encore trop peu valorisée. Alors que l’économie du football ralentit, sur les 36 plus grands clubs français, tous sauf le Paris Saint-Germain, l’OM et les récemment achetés (OGC Nice, Strasbourg, Paris FC et Saint-Etienne) affichent, sur la période 2021-2026, un solde des transferts excédentaire car dépendant des exportations de jeunes. Elles sont devenues vitales pour nos clubs qui ne se partagent que 80,5 millions d’euros nets de droits TV, après déduction des charges, de la part CVC et des frais de fonctionnement, contre 1,7 milliard de livres par an pour les clubs anglais.
La France est devenue en quelque sorte la « Chine du foot », mais la Chine d’avant 2001. Son modèle exportateur n’est pas choisi, il est subi. Il crée un cercle vicieux : moins d’attractivité du championnat, moins d’investissement, moins de niveaux, moins de droits TV. Or, au lieu de se concentrer sur l’essentiel, le débat public regarde ailleurs. Alors que Zinédine Zidane est notre nouveau sélectionneur depuis le 28 juillet, le débat public s’égare sur sa rémunération. Voici un tropisme bien français : chercher un responsable individuel, de préférence le riche, là où le problème est systémique. Tant que ce regard persiste, le football français n’avancera pas.
La formation française doit monter en gamme en assumant les bienfaits de l’économie de marché appliquée au football. Comme la Chine a opéré sa montée de gamme économique, la France doit créer un écosystème favorable aux centres de formation reposant sur une DTN construisant le socle commun d’un « style de jeu » à la française avec des directives obligatoires et vérifiables dans le cadre d’un label des centres de formation agréés. Il faut donner plus de poids politiques aux académies dans la gouvernance française du football.
Enfin, la fiscalité doit soutenir les clubs plutôt qu’être un frein à leurs ambitions : un régime d’exception fiscale pour les meilleurs sportifs sur le modèle de la Loi Beckham doit être instauré.
C’est par cette révolution que la France pourra devenir une superpuissance du football.
Par Clément Perrin, Directeur des Etudes du Millénaire
Matthieu Hocque, Directeur général du Millénaire
William Thay, Président du Millénaire
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Crédit photo : Équipe de france – Coupe du Monde via Wikimedia Commons sous licence CC BY-SA 4.0

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