Benjamin Netanyahu, vers la chute ?

Note du Millénaire Affaires étrangères et Défense

Élections du 27 octobre : Israël face à son destin

À l’approche des législatives israéliennes du 27 octobre 2026, la note dresse le bilan de près de vingt ans de pouvoir de Benyamin Netanyahu, identifie les dix variables du scrutin et livre le scénario du Millénaire : faute de majorité pour l’un ou l’autre bloc, Netanyahu resterait au pouvoir, avec 93 % de chances selon les auteurs.

AK
Antranig Kevorkian, Matthieu HocqueAnalyste international du Millénaire ; Directeur général du Millénaire
11 octobre 2026
66 pages · lecture 13 min
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En bref

Le constat

À l’approche des législatives du 27 octobre 2026, aucun des deux blocs ne paraît en mesure d’atteindre seul la majorité de 61 sièges à la Knesset.

La cause

Le bilan du 7 octobre, l’usure économique et la conscription des ultra-orthodoxes fragilisent Netanyahu, mais l’opposition reste divisée et refuse de gouverner avec les partis arabes.

La conséquence

Le scénario le plus probable est le maintien de Netanyahu à la tête d’un gouvernement de transition, avec 93 % de chances selon les auteurs.

Principaux constats
0193 %de chances que Netanyahu se maintienne au pouvoir après le scrutin, selon les auteurs
0219 anset plus passés par Netanyahu à la tête du gouvernement israélien, un record
0375 %des Israéliens soutiennent une commission d’enquête d’État sur le 7 octobre, dont 52 % des électeurs de la coalition
0424 contre 20sièges pour Yashar (Gadi Eisenkot) face au Likoud dans le dernier sondage relevé par KAN
0536 227voix par siège à la Knesset lors des législatives de 2022
0620,7 %de la population israélienne vit sous le seuil de pauvreté, soit 2 millions de personnes

Avant-propos

Le 27 octobre 2026, les électeurs israéliens se rendront aux urnes pour renouveler les 120 sièges de la Knesset lors d’un scrutin historique à plus d’un titre. Il s’agit du premier verdict électoral national depuis le séisme sécuritaire du 7 octobre 2023, mais aussi de l’aboutissement d’une 25ᵉ législature parvenue à son terme formel de quatre ans, une première depuis 1988. Ce vote se présente avant tout comme un plébiscite binaire autour d’une figure centrale : Benyamin Netanyahu.

À la tête du pays pendant plus de 19 ans, l’actuel Premier ministre a battu tous les records de longévité des démocraties parlementaires occidentales en s’appuyant sur 3 carburants politiques majeurs : sa réfutation du processus d’Oslo validée par les déceptions sécuritaires, son pivot doctrinal érigeant « la sécurité avant la paix », et la transformation libérale d’une « Start-Up Nation » florissante. Pourtant, cette hégémonie traverse aujourd’hui une crise inédite sous les coups conjugués de ses déboires judiciaires, de la faillite du 7 octobre 2023, de l’enlisement régional et d’un coût de la vie asphyxiant les ménages.

Ainsi, trois années après le 7 octobre 2023, Israël est à la croisée des chemins. L’État hébreu s’apprête à vivre ce 27 octobre 2026, les élections les plus importantes de sa jeune existence. En effet, le 7 octobre a bouleversé la donne sur le plan régional notamment avec la pause du processus des accords d’Abraham de normalisation d’Israël avec ses voisins et par l’élargissement direct du conflit à l’Iran avec l’opération de février 2026. Mais, le 7 octobre a changé aussi la donne sur le plan national israélien avec un débat qui s’est polarisé sur la stratégie de libération des otages mais surtout avec l’absence de commission indépendante sur l’anticipation du pire massacre d’Israël.

En premier lieu, il s’agit de présenter factuellement le bilan des « années Netanyahu » (1), puis d’identifier les enjeux et variables clés du scrutin (2) et enfin de présenter notre scénario sur l’avenir politique d’Israël enrichi de notre modèle prévisionnel (3).

Une longévité exceptionnelle dans un pays instable

La seule démocratie de la région, mais fragile. Selon l’indice de démocratie de The Economist Intelligence Unit, Israël est une « démocratie défaillante », mais la seule de sa région. Sa fragilité tient à son environnement et à ses institutions. Les 120 députés de la Knesset sont élus à la proportionnelle intégrale dans une circonscription nationale unique. Le seuil d’éligibilité, porté de 1 % à 3,25 % par l’amendement de 2014, reste bas au regard des 5 % allemands.

Un régime d’assemblée sans majorité. Selon l’Israel Democracy Institute, le pays oscille entre 7 et 9 formations majeures. Depuis 1948, aucun parti n’a atteint seul la majorité absolue de 61 sièges. Sans constitution formelle ni seconde chambre, Israël a laissé la Cour suprême s’arroger, depuis l’arrêt United Mizrahi Bank de 1995, le pouvoir d’invalider les lois de la Knesset.

Un pays habitué aux crises. Israël a connu 26 gouvernements entre 1948 et 1996, soit à peine 2 ans en moyenne par cabinet. Le « Coup puant » de mars 1990, tentative manquée de Shimon Peres de renverser Yitzhak Shamir, a conduit à l’élection directe du Premier ministre en 1992. La fondation de Kadima par Ariel Sharon en 2005 a ensuite fragmenté la droite.

Le phénomène Netanyahu. Benyamin Netanyahu cumule plus de 19 années à la tête du gouvernement, en trois séquences : 1996-1999, 2009-2021, puis depuis décembre 2022. Il dépasse David Ben Gourion (un peu plus de 13 ans) et la plupart des dirigeants des démocraties parlementaires d’après-guerre. Pour les auteurs, cette longévité tient à sa maîtrise absolue du jeu des coalitions.

Les ressorts du succès de Benyamin Netanyahu

« Le processus d’Oslo ne fonctionnera pas ». Pour les auteurs, les accords d’Oslo de 1993 furent une avancée diplomatique mais un échec politique. Netanyahu a pourtant signé, le 17 janvier 1997, le protocole d’Hébron, qui confie 80 % de la ville à l’Autorité palestinienne, voté à la Knesset par 87 voix contre 17. Il y formule sa doctrine de réciprocité : « S’ils donnent, ils recevront ».

« La sécurité avant la paix ». La seconde Intifada a coûté la vie à plus de 1 000 Israéliens. Le retrait de Gaza en 2005 a précédé la prise du pouvoir par le Hamas en 2007, et la guerre du Liban de 2006 a révélé la puissance du Hezbollah. En 2009, Kadima arrive en tête avec 28 sièges contre 27 au Likoud, mais c’est la coalition nationaliste et religieuse réunie autour de Netanyahu qui l’emporte.

Un chef de guerre. Le 7 octobre constitue la plus grave défaillance sécuritaire de l’histoire d’Israël et vaut au Premier ministre de vives critiques. Mais la guerre a aussi réactivé un « effet drapeau ». Netanyahu s’appuie sur son crédit sécuritaire : Iron Dome, mis en service en 2011, intercepte environ 90 % des menaces à courte portée, et la cyberdéfense reçoit près de 1,5 milliard de dollars par an dès 2020.

La normalisation régionale. Après Camp David en 1979 et le traité de paix avec la Jordanie en 1994, les accords d’Abraham de 2020 ont établi des relations diplomatiques entre Israël, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan, suivis par le Maroc.

Un essor économique sans précédent. Les réformes libérales menées notamment aux Finances entre 2003 et 2005 ont accompagné une forte croissance : selon la Banque mondiale, le PIB a été multiplié par 6 en 25 ans pour dépasser 600 milliards de dollars, et le PIB par habitant est passé d’environ 18 000 dollars en 1996 à plus de 54 000 dollars. Israël consacre 5,5 % à plus de 6 % de son PIB à la R&D, et son secteur high-tech emploie plus de 330 000 personnes.

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Israël avant le scrutin du 27 octobre

Sièges obtenus par liste aux législatives de 2022

Likoud32Yesh Atid24Sionisme religieux14Unité nationale12Shas11Judaïsme unifié de la Torah7Yisrael Beytenu6Liste arabe unie (Ra’am)5Hadash-Ta’al5Travaillistes4
Lecture

Lecture : avec 23,41 % des voix, le Likoud a obtenu 32 des 120 sièges de la Knesset.

Rapport, p. 11, 34, 37, 44, 46, 47 et 51, d’après la Knesset, l’Université hébraïque de Jérusalem, Maariv, Anadolu, Haaretz, la Sécurité sociale israélienne et le Centre Avda
Comme nous le voyons, Netanyahu ne part pas favori, mais ses chances de demeurer chef du Gouvernement par défaut sont fortes.

Des fragilités persistantes depuis le 7 octobre

Un isolement diplomatique. Depuis le 7 octobre, l’Arabie saoudite a suspendu la normalisation et l’Espagne, l’Irlande, la Norvège et la France ont reconnu l’État de Palestine. Washington et Jérusalem divergent sur les objectifs de guerre face à l’Iran. Selon l’Agence juive, les actes antisémites ont augmenté de 340 % en 2024 par rapport à 2022.

La fin de « M. Sécurité ». Le 7 octobre est perçu comme la plus lourde faillite politique, militaire et du renseignement depuis la création de l’État. Il intervient alors que le Premier ministre fait face à des poursuites judiciaires, avec un procès ouvert en mai 2020, et dépend d’une coalition avec Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich. En 2025, Israël a enregistré 255 meurtres, un record hors conflits.

Le coût de la guerre. Selon le gouverneur de la Banque d’Israël, la guerre aurait coûté près de 120 milliards d’euros en juin 2026. Le déficit public a dépassé 6,6 % à 8 % du PIB en 2025, contre 4,2 % fin 2023, et la dette publique a franchi 68 % à 70 % du PIB. Les fonds de coalition alloués aux yechivot ont pourtant été maintenus.

Pouvoir d’achat et inégalités. L’inflation reste sous 3 % depuis début 2026, mais le niveau des prix dépasse de 23 % à 30 % la moyenne de l’OCDE. Les annulations d’achats immobiliers ont augmenté de 41 % depuis janvier 2026. La classe moyenne représente 54,4 % de la population, contre 62 % dans l’OCDE, et 2 millions d’Israéliens vivent sous le seuil de pauvreté.

Le 27 octobre, un référendum pour ou contre Netanyahu

Un mode de scrutin qui fragmente. Les sièges sont répartis selon la méthode Bader-Ofer entre les listes qui franchissent 3,25 % des voix. En 2022, la Knesset comptait 4 764 742 suffrages valides, soit 36 227 voix par siège. Avec 23,41 % des voix, le Likoud avait obtenu 32 sièges, et non 28 comme le donnerait une simple proportion.

Une élection ouverte. La liste des 38 partis en lice a été publiée le 8 septembre 2026. Le dernier sondage relevé par KAN donne 24 sièges à Yashar, le parti de Gadi Eisenkot, devant le Likoud autour de 20. Le Likoud fait campagne sur la sécurité, Yashar met en cause la responsabilité du gouvernement dans le 7 octobre, et Beyahad, le parti de Naftali Bennett, défend l’unité du bloc anti-Netanyahu.

Les arguments du vote sanction. Aucune commission d’enquête d’État indépendante n’a été créée sur le 7 octobre, alors que 75 % des Israéliens la soutiennent, dont 52 % des électeurs de la coalition. Les auteurs rappellent le précédent de Golda Meir : après la guerre du Kippour, son camp recule de 56 à 51 sièges et elle démissionne en avril 1974. Entre 800 000 et 1 million d’Israéliens vivent à l’étranger, et 30 000 à 35 000 se sont inscrits à l’initiative « Fly & Vote ».

Les arguments de l’effet drapeau. Au déclenchement des hostilités avec l’Iran en mars 2026, le Likoud a grimpé jusqu’à 31 sièges dans les projections, avant de chuter après le cessez-le-feu du 8 avril. En juin, 92 % des Israéliens jugeaient que l’Iran avait remporté la guerre et 83 % que la sécurité du pays était affaiblie. Pour les auteurs, une bonne partie de la base électorale du Likoud reste pourtant conservée.

93 %

de chances que Benyamin Netanyahu se maintienne au pouvoir après le scrutin, selon le scénario des auteurs.

Rapport, p. 65

Les dix variables clés du vote

La participation. Elle a atteint 78 % à 87 % entre 1949 et 1973, est tombée à 63,5 % en 2006, puis a oscillé entre 67 % et 72 % entre 2009 et 2022, avec 70,6 % lors du dernier scrutin. Les lendemains de crises militaires se traduisent par une démobilisation, tandis que les élections de conquête de Netanyahu font monter la participation.

Abstention et diaspora. L’électorat arabe, près de 20 % du corps électoral, vote souvent à moins de 50 %. Selon les auteurs, une forte participation globale et une abstention arabe servent Netanyahu. La dynamique « fly to vote » pourrait mobiliser environ 100 000 électeurs expatriés, soit deux à trois sièges, a priori défavorables au Premier ministre.

Un référendum pour ou contre Netanyahu. Le socle du Likoud réunit les juifs séfarades et mizrahim des classes populaires, les ultra-orthodoxes et les sionistes religieux, implantés en Galilée et dans le Néguev. Un effritement de 3 ou 4 points suffirait à faire tomber la majorité. L’opposition souffre, elle, d’un déficit d’incarnation et du souvenir du gouvernement Bennett-Lapid de 2021.

Les variables extérieures. La part des Israéliens estimant que la sécurité d’Israël est centrale pour Donald Trump est passée de 44 % en mai à 28 % en juin, selon l’IDI. Un attentat marquant, la réforme de la justice, l’égalité devant la conscription des ultra-orthodoxes et le coût de la vie complètent les dix variables identifiées par les auteurs.

Netanyahu peut-il se maintenir ?

Aucune majorité pour les deux coalitions. Selon le forecast du Millénaire, la structuration d’un bloc des partis arabes autour de 11 à 15 sièges oblige chaque coalition à réunir 55 % à 60 % des suffrages cumulés, ce qu’aucune n’atteint dans les sondages.

Trois issues possibles. La première est un gouvernement d’union nationale entre Netanyahu et Eisenkot. La deuxième, une alliance entre Eisenkot et les partis arabes, que la campagne ne favorise pas. À défaut, Netanyahu expédierait les affaires courantes jusqu’à de nouvelles élections : c’est, pour les auteurs, le scénario le plus probable.

Conclusion. En regroupant l’ensemble des scénarios, les auteurs estiment à 93 % les chances de maintien de Netanyahu après le scrutin, y compris lorsqu’il ne remporte pas à proprement parler les élections. Tant que le camp du changement n’aura pas résolu le dilemme des 61 sièges, l’ingouvernabilité du régime restera, selon eux, un facteur de maintien du chef du Likoud.

Les cinq conditions du maintien de Netanyahu

Condition 1. L’entrée à la Knesset de tous les partis satellites de droite et d’extrême droite. Le Shas, le Judaïsme unifié de la Torah, Otzma Yehudit et le Sionisme religieux doivent tous franchir le seuil de 3,25 %. Si l’un échoue, la majorité de droite s’effondre.

Condition 2. Un cordon sanitaire implicite avec les partis arabes. Un débat centré sur la sécurité contraint le centre et la gauche à écarter toute alliance avec des partis jugés hostiles à la sécurité d’Israël.

Condition 3. Une asymétrie de participation. Une participation arabe sous 45 % à 50 % abaisse le coût en voix de chaque siège. Les listes arabes ont failli être invalidées par la commission centrale électorale avant d’être repêchées par la Cour suprême.

Condition 4. Le maintien du statu quo sur la conscription. Netanyahu doit rassurer le Shas et le Judaïsme unifié de la Torah sur l’exemption des étudiants en yechivot sans provoquer la rébellion de son aile laïque et des réservistes.

Condition 5. L’incapacité de l’opposition à désigner un chef unique. Divisé entre Bennett, Lieberman, Eisenkot, Lapid et Golan, le camp « Tout sauf Bibi » peine à s’accorder. La loi interdisant toute vacance du pouvoir, Netanyahu resterait à la tête d’un gouvernement de transition.

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Benjamin Netanyahu, vers la chute ?

66 pages.

Citer cette note

Kevorkian A., Hocque M., « Benjamin Netanyahu, vers la chute ? », Note du Millénaire, 11 octobre 2026, lemillenaire.org.

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Les auteurs

Antranig Kevorkian et Matthieu Hocque

Analyste international du Millénaire ; Directeur général du Millénaire.

Antranig Kevorkian   Matthieu Hocque
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Crédit photo : Official portrait of Israel’s 9th Prime Minister, Benjamin Netanyahu, de Avi Ohayon / Government Press Office of Israel, via Wikimedia Commons, sous licence CC BY-SA 3.0.

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