Antranig Kevorkian pour la Nouvelle Revue Politique : « Trois ans après le 7 octobre 2023 : vers une normalisation de fait d’Israël au Moyen-Orient »

Tribune publiée dansLa Nouvelle Revue politiquele 7 octobre 2026 · l’original ↗

« Trois ans après le 7 octobre 2023 : vers une normalisation de fait d’Israël au Moyen-Orient »

Les attaques du Hamas perpétrées le 7 octobre 2023 contre Israël, au cours de laquelle 1 200 Israéliens furent assassinés par 5 000 terroristes islamistes, ont bouleversé les rapports de force et d’alliances au Moyen-Orient. Alors que l’avènement de la République islamique d’Iran en 1979 marque le début d’un processus de normalisation des relations entre Israël et les principaux pays arabes, le 7 octobre 2023 a semblé stopper ce long processus avec le retrait de l’Arabie Saoudite. Pourtant, trois ans plus tard, la collaboration entre Israël et les pays arabes n’a jamais été aussi intenses. Et si, en réalité, le 7 octobre avait finalement accéléré ce processus en créant une « normalisation de fait » ?

Par Antranig Kevorkian

Signature des accords d’Abraham au balcon de la Maison-Blanche, 15 septembre 2020
Crédit photo : Cérémonie de signature des accords d’Abraham, Maison-Blanche, 15 septembre 2020, photo officielle de la Maison-Blanche par Tia Dufour, via Wikimedia Commons, domaine public.
Les chiffres de la tribune
83%des sondés estiment que la sécurité à long terme d’Israël a été affaiblie par la guerre avec l’IranSource citée : sondage mené avec l’Institut Agam, juin 2026
17%seulement des Israéliens jugent possible une coexistence entre Israël et un État palestinien indépendantSource citée : Pew Research Center, 15 septembre 2026
3,2milliards de dollars : le seuil dépassé par le commerce entre Israël et les Émirats arabes unis en 2025

Un processus de normalisation des rapports Israël-pays arabes qui semblait incontestable

Rappelons que le premier pays arabe à avoir officiellement reconnu l’existence d’Israël est l’Égypte. Cette reconnaissance s’appuie sur la signature le 26 mars 1979 à Washington d’un traité de paix entre Anouar el-Sadate et Menahem Begin, à l’époque respectivement président égyptien et premier ministre israélien. Ce traité fait suite aux accords de Camp David du 17 septembre 1978, également signés par lesdites parties, sous l’égide de Jimmy Carter. Les accords de Camp David avaient posé deux accords-cadres, dont le second a abouti par la signature du traité de 1979, et un premier relatif à l’avenir de Gaza et de la Cisjordanie, qui s’est soldé par une impasse.

Ensuite, ce processus de normalisation s’est accéléré lors des accords d’Oslo de 1993, complétés en 1995. Ces accords visaient à reconnaître mutuellement les droits et les revendications des Israéliens et des Palestiniens, notamment en ce qui concerne les frontières, le statut de Jérusalem, les réfugiés, et la sécurité. Les principaux acteurs impliqués dans les Accords d’Oslo étaient le gouvernement israélien dirigé par le Premier ministre Yitzhak Rabin, et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), représentée par Yasser Arafat. Précisément, ils prévoyaient un transfert progressif de compétences et divisent provisoirement la Cisjordanie en zones A, B et C. Rappelons que le Hamas fut formé durant la première intifada à la fin de l’année 1987. La Jordanie reconnait ainsi Israël en 1994.

Dernière étape, les accords d’Abraham en 2020 ont parachevé la normalisation d’Israël dans la zone. Ils sont signés sous l’égide de Donald Trump, entre août et décembre 2020, par plusieurs États arabes, incluant les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan. L’objectif ? l’ouverture d’ambassades, l’établissement de lignes directes aériennes, et un début de coopération économique, etc.

La rupture du 7 octobre 2023

Le 7 octobre 2023 a reconfiguré le Moyen-Orient. En effet, l’attaque terroriste subie par Israël et la riposte inflexible qu’il a déclenchée ont plongé le Moyen-Orient dans l’instabilité sur fond de guerre entre l’Iran des mollahs et l’État hébreu. Téhéran a mobilisé les membres de l’« axe de la résistance » dans le but de s’engouffrer dans la brèche ouverte par le Hamas et de mettre à terre Israël, ennemi du régime iranien. Du Hezbollah aux Houthis, en passant par les milices chiites irakiennes, chacun des relais régionaux iraniens a apporté sa contribution au projet des Gardiens de la révolution. Durant un certain temps, cette guerre s’est avérée largement en défaveur de l’Iran : le Hamas fut un moment en grande difficulté à Gaza, le Hezbollah perdit une grande partie de ses dirigeants en octobre 2024 et la Syrie d’Assad tomba le 8 décembre 2024. Seulement, la guerre actuelle, commencée le 28 février 2026, entre l’Iran et l’axe américano-israélien, fait toujours rage mais concerne surtout les proxies iraniens, à l’instar des Houthis du Yémen, menant depuis le 10 septembre 2026 des attaques ciblées sur des infrastructures énergétiques de pays concurrents de l’Iran, en l’espèce l’Arabie Saoudite.

Malgré la guerre à Gaza, la guerre contre l’Iran a fait converger les vues entre Israël et certains pays arabes.

Mais le 7 octobre n’a pas seulement été une rupture régionale, mais aussi une rupture politique au sein d’Israël. La population israélienne souffre aussi d’incertitudes sur la sécurité du pays, notamment les habitants du nord du pays. Pis encore, un sondage en Israël mené en collaboration avec l’Institut Agam en juin 2026 illustre le fait que 83% des sondés estiment que la sécurité à long terme d’Israël a été affaiblie, du fait de la guerre avec l’Iran. Enfin, le Pew Research Center américain, dans une enquête du 15 septembre 2026, évaluait à 17% seulement le nombre d’israéliens qui pensent possible une coexistence entre Israël et un État palestinien indépendant.

Trois ans après le 7 octobre, une coopération paradoxalement qui n’a jamais été aussi importante

Malgré la guerre à Gaza, la guerre contre l’Iran a fait converger les vues entre Israël et certains pays arabes. Sur le plan économique, citons le partenariat économique avec les Émirats arabes unis, entré en vigueur le 1er avril 2023. Ce dernier est toujours durable, avec plus de 3,2 milliards de dollars de commerce en 2025.

Sur le plan diplomatique, les Etats-Unis assurent souvent l’entremise dans les discussions visant à stabiliser les rapports entre Israël et ses ennemis structurels. A titre illustratif, le 7 août 2026, une délégation américaine menée par Jared Kushner (plan de Paix pour Gaza) se présentait en Israël pour envisager les conditions de désarmement du Hamas. Bien que cette tentative fut infructueuse, on ne peut que saluer cette tentative. Qu’on le veuille ou non, Donald Trump assure la pérennité des discussions sérieuses avec Israël. A contrario, les positions du président français Macron sont plus ambivalentes, ce dernier ayant par exemple demandé lors de l’Assemblée Générale de l’ONU en septembre 2025 à créer une ambassade en Palestine…

Enfin, sur le plan sécuritaire et militaire, certains pays du Golfe importants, comme l’Arabie Saoudite, bien que non signataire des accords d’Abraham, organisent une base de coopération militaire avec Israël. A titre illustratif, l’Arabie Saoudite essuie sur ses infrastructures énergétiques (notamment le pipeline Est-Ouest) depuis le 10 septembre 2026 de très nombreuses attaques en provenance des Houthis. Bien qu’Islamabad et Ankara aient annoncé l’envoi prochain de soldats et de matériel militaire en Arabie Saoudite, dans le cadre du Pacte de la Mecque signé le 7 août 2026, solliciter le soutien d’Israël semble nécessaire, d’autant plus que ce dernier avait déjà été sollicité par l’Arabie Saoudite mi-septembre 2026 pour du renseignement relatif aux Houthis.

Tribune publiée dans La Nouvelle Revue politique le 7 octobre 2026. Lire sur nouvellerevuepolitique.fr

Pour soutenir nos analyses ou nous rejoindre pour rendre sa grandeur à la France : nous soutenir · nous rejoindre.

Pour aller plus loin

Add a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.