3 ans après le 7 octobre, vers une « normalisation de fait » entre Israël et les pays arabes ?
Trois ans après le 7 octobre 2023, la note montre comment l’attaque du Hamas a rebattu les cartes au Moyen-Orient : Hamas et Hezbollah décapités, Iran frappé, normalisation suspendue mais intérêts alignés entre Israël et les États arabes sunnites. Elle pose les conditions d’une paix durable et une stratégie contre les relais de l’Iran, son programme nucléaire et Daech.
Le constat
Trois ans après le 7 octobre 2023, les rapports de force au Moyen-Orient ont basculé au détriment de l’Iran et de ses relais.
La cause
La riposte israélienne puis américaine a décapité le Hamas et le Hezbollah, frappé le programme nucléaire iranien et aligné les intérêts d’Israël et des États arabes sunnites.
La conséquence
Une paix durable suppose d’écarter le Hamas, de relancer la normalisation, d’exclure l’Iran du club nucléaire et de contrer la résurgence de Daech.
Avant-propos
Il y a 2 ans jours pour jours, Israël a vécu le plus grand traumatisme de son histoire depuis 1948 avec les crimes contre l’humanité perpétués par le groupe terroriste du Hamas. Cette attaque a engendré non seulement une guerre dans la bande de Gaza, mais également un basculement des rapports de force au Moyen-Orient. En effet, si le Hamas a souhaité diviser le rapprochement des États sunnites arabes avec Israël, en réalité il a créé un alignement des intérêts entre ces États en désignant un ennemi : le terrorisme islamiste notamment alimenté par les proxys iraniens.
Le Moyen-Orient occupe une place de première importance dans l’histoire de l’humanité et des civilisations. Le fait qu’on le désigne fréquemment comme le « berceau de la civilisation » rappelle que c’est dans cette région qu’apparurent deux de ses composantes essentielles, à savoir l’agriculture et les premières traces significatives de sédentarisation. Les recherches établissent ainsi les premiers pas de l’agriculture au Xème siècle avant notre ère et les situent géographiquement dans le « croissant fertile », une région particulièrement propice à la culture et à la sédentarisation en raison de la fertilité de ses sols. C’est également dans cette zone, et plus précisément en Mésopotamie, que les hommes commencèrent à s’implanter durablement et à former ce qui prendra ensuite la forme de cités-États.
La Mésopotamie verra se former l’écriture cunéiforme, appelée ainsi en raison de la forme de coins de ses signes et utilisée de l’Anatolie à l’Iran et de l’Égypte aux Monts Elbrouz, et sera le théâtre de l’établissement des premières relations commerciales. L’islam, religion apparue à la suite de l’hindouisme, du judaïsme et du christianisme, naîtra au début du VIIème siècle dans la péninsule Arabique et sera déterminant dans l’émergence de l’Empire arabe et dans le rayonnement de sa civilisation.
Au gré des époques, le rôle du Moyen-Orient dans l’équation mondiale n’a jamais perdu de son importance et demeure plus que jamais d’actualité. Au même titre que ce qui se passe en Amérique du Nord, et notamment aux États-Unis, influence l’existence de la grande majorité des habitants de cette planète, les évènements ayant lieu au Moyen-Orient ont une résonance considérable d’un point de vue global. Ces événements, qu’ils soient de nature religieuse, conflictuelle, démographique ou culturelle, bénéficient d’une couverture médiatique mondiale et entraînent des conséquences qui le sont tout autant. Aussi, l’évolution technologique fulgurante des moyens de communication fait que nous vivons tous le Moyen-Orient en temps réel.
Cette étude a pour but de présenter les évènements qui figurent parmi les enjeux majeurs du Moyen-Orient aujourd’hui. Il conviendra bien sûr de traiter du conflit israélo-palestinien et de son regain d’intensité à la suite des attaques terroristes du 7 octobre tout en le situant dans le contexte plus large de la « guerre de l’ombre » que mène l’Iran, au moyen de relais régionaux, à l’État d’Israël. Ces sujets devront être à la fois liés et distingués. Le menace que constitue l’islamisme, du point de vue sécuritaire mais aussi politique, sera évoquée tenant compte de l’actualité en Syrie, du réseau transnational des Frères musulmans mais aussi du bilan de la « guerre contre le terrorisme » ou encore de la coalition internationale anti-Daech.
Nous tenterons d’imaginer l’avenir du Moyen-Orient. Comment trouver une solution durable et équitable au conflit israélo-palestinien ? Quelle est la meilleure manière d’exclure l’Iran du club nucléaire ? Comment faire chuter l’« axe de la résistance » ? Quels sont les meilleurs moyens d’encourager la normalisation des relations entre les États arabes et Israël ?
Contributions : Pierre Clairé, Directeur adjoint des études du Millénaire. Matthieu Hocque, Directeur général du Millénaire.
Une région divisée et complexe
Une notion géopolitique. Pour les auteurs, la définition du Moyen-Orient a longtemps suivi les intérêts des puissances occidentales plutôt que des critères géographiques. Avant la Seconde Guerre mondiale, la France parle de Proche-Orient pour désigner le Liban et la Syrie, placés sous son mandat. Le terme Middle East, théorisé en 1902 par le stratège américain Alfred Mahan, s’impose ensuite. La note rappelle que les accords Sykes-Picot de 1916 partagent des zones d’influence entre Britanniques et Français. Ils ne tracent pas de frontières.
Un conflit au cœur des tensions. Le plan de partage voté par l’ONU le 29 novembre 1947 attribue 55 % du territoire sous mandat à l’État juif. Il est adopté par 33 voix contre 13 et 10 abstentions, puis rejeté par les États arabes. Suivent quatre guerres israélo-arabes, en 1948, 1956, 1967 et 1973, puis deux intifadas. Le 7 octobre 2023, 5 000 terroristes du Hamas tuent 1 200 Israéliens et en enlèvent 240. Pour la note, ce conflit n’est pas une guerre de civilisations. C’est un conflit de territoire, et aucun des deux peuples ne doit être réduit à un camp uniforme.
Le clivage religieux. La région compte entre 350 et 400 millions de musulmans, dont 85 à 90 % de sunnites. La note fait de la division entre sunnites et chiites, avec le conflit israélo-palestinien, l’une des deux clés de lecture de la région. Les États à majorité sunnite sont les plus enclins au rapprochement avec l’Occident, comme le montrent les accords d’Abraham de 2020. L’Iran, seul pays où le chiisme est religion d’État, mène l’axe opposé. Les auteurs nuancent ce schéma : le Hamas, sunnite, est armé et financé par Téhéran, et l’Iran du Shah était aligné sur l’Occident.
Une Ligue arabe impuissante, une Amérique en retrait. Créée le 22 mars 1945 par six pays, la Ligue arabe compte aujourd’hui 22 membres. Elle n’a jamais rempli son rôle : l’Égypte en est exclue après sa paix avec Israël en 1979, et le marché commun prévu n’a jamais vu le jour. Côté américain, l’échec des interventions en Irak et en Afghanistan a, selon la note, sonné le glas du néoconservatisme. La doctrine « America First » de Donald Trump est transactionnelle. Sa tournée de mai 2025 dans le Golfe aurait rapporté environ 2 000 milliards de dollars d’investissements et de promesses.
Israël face à l’« axe de la résistance »
Une stratégie iranienne de relais. Depuis 1979, la République islamique fait de la lutte contre les États-Unis et Israël sa priorité extérieure. Pour éviter un affrontement direct, elle finance, arme et entraîne des mouvements qui partagent son agenda : le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen, les milices chiites irakiennes et le Hamas à Gaza. C’est l’« axe de la résistance ». La note lit la guerre ouverte le 7 octobre sous ce double prisme. Elle oppose Tsahal au Hamas. Elle se joue aussi contre les ambitions régionales de Téhéran.
Le Hamas affaibli. Le Hamas disposait d’environ 30 000 combattants avant la guerre. Selon des documents saisis par Tsahal, l’Iran lui aurait versé plus de 230 millions d’euros depuis 2014. Tsahal entre à Gaza le 27 octobre 2023. Les principaux chefs du mouvement sont tués : Ismaïl Haniyeh à Téhéran, Yahya Sinwar près de Rafah, Mohammed Deif, puis Mohamed Sinwar. Pour les auteurs, le Hamas a cherché une riposte meurtrière pour gagner la guerre médiatique, en exposant les civils parmi lesquels il se dissimule. Contesté par une partie des Gazaouis, frappé jusqu’à Doha le 9 septembre 2025, il n’a plus de marge de manœuvre.
Le Hezbollah décapité. Le Hezbollah tire sur Israël dès le lendemain du 7 octobre. Il compte alors environ 50 000 combattants et en aurait perdu entre 2 500 et 4 000. Israël frappe plus de 1 300 de ses cibles à partir du 23 septembre 2024. Hassan Nasrallah est tué le 27 septembre. L’explosion des bipeurs piégés, le 17 septembre 2024, fait 12 morts et plus de 2 800 blessés. Celle des talkies-walkies, le lendemain, fait 20 morts et 450 blessés. La chute de Bachar el-Assad le prive de sa route d’approvisionnement. Le président libanais Joseph Aoun réclame désormais son désarmement.
Les Houthis et la mer Rouge. Les Houthis contrôleraient 60 % de la population yéménite et disposeraient d’au moins 100 000 combattants, armés notamment par l’Iran. Leurs tirs contre Israël sont largement interceptés. Leur nuisance est surtout maritime, car 12 % du commerce maritime transite par la mer Rouge. L’Égypte y perdrait environ 800 millions de dollars de recettes du canal de Suez chaque mois. Après des frappes américaines massives au printemps 2025, Washington a conclu avec eux un cessez-le-feu bilatéral. Cet accord ne protège pas Israël.
L’Iran en difficulté. Les relations entre Téhéran et Israël basculent en 1979. La « guerre de l’ombre » devient directe en avril 2024 : l’Iran lance 185 drones, 110 missiles sol-sol et 36 missiles de croisière, dont 99 % sont interceptés selon Tsahal. En juin 2025, l’opération israélienne « Rising Lion » puis l’opération américaine « Midnight Hammer » visent Natanz, Fordo et Ispahan, avec 14 bombes GBU-57. La « guerre de 12 jours » fait plus d’un millier de morts en Iran et au moins 28 en Israël. Le Pentagone estime alors que le programme nucléaire n’est retardé que de deux ans au plus.
Forces et bilans au Moyen-Orient depuis le 7 octobre
Combattants estimés des principaux relais de l’Iran
Lecture : avant la guerre, le Hamas comptait environ 30 000 combattants et le Hezbollah environ 50 000. Les Houthis en alignent au moins 100 000.
Forces en présence au Yémen
Lecture : une coalition du gouvernement reconnu et de renforts saoudiens et émiriens serait supérieure en nombre aux Houthis. Ces derniers gardent l’avantage de l’équipement et du terrain.
Engins lancés par l’Iran sur Israël, nuit du 13 au 14 avril 2024
Lecture : l’Iran a lancé 185 drones lors de sa première attaque directe contre Israël. Tsahal annonce un taux d’interception de 99 %.
Bilans de violences en Syrie
Lecture : les violences sur la côte alaouite en mars 2025 ont fait 1 383 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme.
Le chemin vers un Moyen-Orient pacifié n’est pas sans difficultés, mais il existe.
La menace islamiste, de la Syrie aux Frères musulmans
La Syrie après Assad. Le 8 décembre 2024, une coalition menée par Hayat Tahrir al-Cham renverse en douze jours le régime de Bachar el-Assad. Le pays sort de treize ans de guerre civile, qui auraient fait 528 500 morts. La population dépend à 70 % de l’aide humanitaire. Le nouveau dirigeant, Ahmed al-Charaa, ancien jihadiste qui se présente comme repenti, promet l’unité du pays. La note doute qu’il contrôle les éléments les plus radicaux de sa coalition. Elle craint qu’une nouvelle phase d’instabilité offre à Daech un terreau comparable à celui de 2014.
Des minorités menacées. En mars 2025, les violences sur la côte alaouite font 1 383 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. En juillet, à Soueïda, les affrontements entre druzes et clans bédouins font 1 311 morts et 128 000 déplacés. Parmi les victimes, 194 personnes ont été exécutées sommairement par des membres des forces gouvernementales. Israël, où vivent 150 000 druzes, bombarde des cibles militaires à Damas. Pour les auteurs, la centralisation voulue par Damas paraît prématurée. Une organisation fédérale, qui laisserait leur sécurité aux minorités qui la demandent, n’est pas à exclure.
Les Frères musulmans, un islamisme politique transnational. Fondée en 1928 par Hassan al-Banna, l’organisation vise un État islamique régi par la charia, atteint par une islamisation progressive de la société. Elle compte plus de 500 000 membres à la fin des années 1940 et essaime en Syrie, en Irak et en Palestine, où le Hamas naît d’une scission en 1987. L’Égypte, la Russie dès 2003, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn en 2014, puis la Jordanie l’ont interdite. L’Autriche l’a classée en 2021. Pour la note, la France et les autres pays européens doivent l’interdire à leur tour et la désigner comme groupe terroriste.
Le risque d’un entrisme en Syrie. La note craint que l’organisation profite des incertitudes syriennes pour retrouver une influence. Elle pourrait soutenir les groupes armés hostiles à l’unification voulue par Damas. La Turquie et le Qatar, présentés comme ses principaux soutiens financiers, pourraient peser sur la reconstruction. Pour les auteurs, la levée des sanctions par Washington et Bruxelles offre une autre source de financement. Elle doit servir à contrer l’influence économique d’Ankara et de Doha.
Le chemin vers la paix : solution palestinienne et normalisation
Des plans jugés insuffisants. Pour les auteurs, la résolution 181, restée lettre morte, explique une partie des guerres qui ont suivi. Le plan du Caire de mars 2025, 53 milliards de dollars sur cinq ans, confiait Gaza à un comité puis à l’Autorité palestinienne. La note l’écarte. Il ne règle pas le sort du Hamas, et l’Autorité palestinienne souffre d’un profond déficit de confiance. Les pistes d’Ehoud Olmert et de Nasser al-Qidwa, qui offrent notamment un choix à environ 70 000 colons de Cisjordanie, butent sur le même écueil.
Les conditions d’une paix durable. La note fixe d’abord la restitution de tous les otages. Le Hamas et les groupes du 7 octobre doivent être écartés de toute vie politique, et leurs dirigeants exilés. L’État palestinien doit être démilitarisé. Sa sécurité reposerait sur une force de type FINUL aux frontières et sur une coalition associant les États-Unis et les pays arabes ayant normalisé leurs relations avec Israël. Cette coalition gérerait la transition jusqu’à des élections. La reconnaissance ne viendrait qu’ensuite. Reconnaître un État palestinien avec le Hamas au pouvoir serait, pour les auteurs, une « prime au terrorisme ».
Le plan Trump amendé. Selon la note, le plan proposé par Donald Trump répond à bon nombre de ces conditions. Les auteurs y ajoutent une juridiction ad hoc, sur le modèle du tribunal de Nuremberg, pour juger les membres du Hamas. L’amnistie prévue leur paraît inacceptable pour Israël. Ils demandent que tout pays participant à la reconstruction ait d’abord normalisé ses relations avec Israël. La reconnaissance d’un État palestinien par la France, le 22 septembre 2025, sans exclusion expresse du Hamas, a été perçue par Israël comme une trahison.
Relancer la normalisation. L’Égypte en 1979 et la Jordanie en 1994 ont ouvert la voie. Les accords d’Abraham ont suivi en 2020 avec les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc, et le Soudan a annoncé un accord en 2023. La guerre à Gaza a gelé le processus : l’Arabie saoudite exclut toute normalisation sans État palestinien. La note voit pourtant des ouvertures. Le Liban distingue pour l’instant la paix et la normalisation. La Syrie d’Ahmed al-Charaa envisage un rapprochement par étapes, à commencer par un accord de sécurité sur le modèle du désengagement de 1974 sur le Golan.
États reconnaissent l’État de Palestine. Pour les auteurs, il n’existera pourtant pas sans l’accord des États-Unis et d’Israël.
Neutraliser les relais de l’Iran, son programme nucléaire et Daech
Désarmer le Hezbollah, neutraliser les Houthis. Aux municipales de mai 2025, les listes Amal-Hezbollah remportent dès le premier tour 102 des 272 conseils en jeu au Liban-Sud et à Nabatiyé. Tsahal estime avoir détruit 80 à 85 % de la capacité de frappe du Hezbollah. La note juge prioritaire le monopole des armes de l’État avant les législatives de 2026, avec un soutien occidental durable à l’armée libanaise. Contre les Houthis, elle prône une coalition soutenue par l’Arabie saoudite et les Émirats, des frappes d’envergure et l’assèchement de leurs financements, y compris par une pression sur Oman.
L’Irak et le réarmement des milices. Les milices chiites irakiennes, regroupées dans l’Unité de mobilisation populaire, forment un « État dans l’État ». L’Organisation Badr compte à elle seule 20 000 hommes. D’octobre 2023 à janvier 2024, plus de 140 attaques visent des soldats américains ou de la coalition. L’Iran continue d’armer ses relais : 750 tonnes de missiles et de drones destinés aux Houthis sont saisies le 16 juillet 2025. La frontière libanaise, longue d’environ 400 km, compte plus de 130 itinéraires de contrebande. La note juge donc prématuré de croire l’« axe de la résistance » en déclin.
Exclure l’Iran du club nucléaire. Le JCPOA de 2015 limitait l’enrichissement à 3,67 % et le stock à 300 kilos, pour quinze ans seulement. Le 12 juin 2025, l’AIEA déclare ne pas pouvoir établir le caractère « exclusivement pacifique » du programme. La note prône d’abord le rétablissement des sanctions par le mécanisme de snapback, désormais acquis. Elle veut ensuite un traité sans limite de durée : fin de tout enrichissement, destruction des stocks d’uranium et de missiles balistiques, inspections sans préavis de tout site militaire. Tout manquement déclencherait l’intervention d’une coalition.
Contrer la résurgence de Daech. Daech a perdu son califat physique en 2019, après plus de 13 000 frappes de la coalition. Il frappe encore, comme au Crocus Hall de Moscou le 22 mars 2024, avec 145 victimes, et inspire des « loups solitaires ». La note veut faire de la levée des sanctions contre la Syrie un levier : surveiller l’intégration de 3 500 jihadistes étrangers dans l’armée, protéger les minorités, former les unités syriennes à l’antiterrorisme avec l’Union européenne, reformer une coalition et ouvrir des canaux directs de renseignement.
Comment le 7 octobre a reconfiguré la région
Une élection israélienne marquée par le 7 octobre. Les Israéliens votent le 27 octobre 2026, pour les premières législatives depuis l’attaque. Pour la note, le débat porte sur la responsabilité ministérielle de Benyamin Netanyahou, non sur sa responsabilité personnelle. Il peut faire valoir des résultats : les derniers otages ont été libérés en octobre 2025 et l’expulsion du Hamas de la bande de Gaza est actée. Gaza reste toutefois un problème de sécurité. Le 7 octobre complique aussi l’alliance de la gauche et du centre avec les partis arabes, qui pèsent environ 10 % de la Knesset.
Le plan Trump face à ses derniers obstacles. L’État de Palestine est reconnu par 148 États. Selon les auteurs, il n’existera pas sans l’accord des États-Unis et d’Israël. Le plan de paix de Donald Trump a été affaibli par la guerre contre l’Iran, et deux obstacles demeurent. Le premier est sécuritaire : le Hezbollah rejette l’accord-cadre en 14 points signé le 26 juin 2026 à Washington par Israël et le Liban, qui interdit toute action militaire aux acteurs non étatiques. Le second est le projet E1, 3 400 logements à l’est de Jérusalem qui couperaient la Cisjordanie en deux.
Une région bousculée par la guerre contre l’Iran. Le troisième anniversaire intervient en pleine guerre contre l’Iran. En près de 40 jours, Israël et les États-Unis ont mené environ 24 000 frappes. Les 440 kilogrammes d’uranium enrichi restent introuvables, et le régime tient malgré la mort du guide suprême Ali Khamenei. L’Iran a fermé le détroit d’Ormuz, par où transitait environ 20 % du pétrole mondial, et frappe des bases américaines dans la région. La question palestinienne recule dans l’agenda des pays du Golfe. Pour la note, l’inefficacité du « Pacte de La Mecque » du 7 août 2026 laisse espérer un prolongement des accords d’Abraham.
Conclusion. Pour les auteurs, la priorité immédiate est de mettre fin au conflit entre Israël et le Hamas et d’aboutir à une paix durable, grâce au plan Trump amendé comme ils le proposent. La normalisation doit déboucher sur une grande alliance contre le terrorisme islamiste, dont la France bénéficierait. L’« axe de la résistance » doit être mis hors d’état de nuire. L’Iran doit être écarté du club nucléaire par un accord très restrictif, adossé si nécessaire à une coalition militaire. La note conclut que le chemin vers un Moyen-Orient pacifié existe.
Nos propositions
Proposition 1. Interdire les Frères musulmans en France et en Europe. Sur le modèle de plusieurs pays du Moyen-Orient, prononcer l’interdiction de l’organisation et la désigner comme groupe terroriste. Prévenir son entrisme en Syrie.
Proposition 2. Écarter le Hamas de tout pouvoir. Exclure définitivement le Hamas et les groupes terroristes du 7 octobre de la gouvernance et de la vie politique palestiniennes, exiler leurs dirigeants et militants, et obtenir le désarmement complet sous contrôle d’une coalition internationale.
Proposition 3. Un État palestinien démilitarisé mais protégé. Confier la surveillance des frontières à une opération de maintien de la paix sur le modèle de la FINUL, et la sécurité intérieure à une coalition associant les États-Unis et des pays arabes ayant normalisé leurs relations avec Israël.
Proposition 4. Mener une campagne de « déhamassisation ». Remédier à l’endoctrinement infligé par le Hamas à la population palestinienne depuis son accession au pouvoir en 2006.
Proposition 5. Une transition gérée par une coalition internationale. Écarter l’Autorité palestinienne, confier la gestion politique et la reconstruction à une coalition, sans Israël, la Syrie, le Liban, l’Iran, la Turquie ni le Qatar, jusqu’à la création de partis non militarisés et des élections supervisées. Les Gazaouis seraient déplacés temporairement pendant la reconstruction, avec la possibilité de revenir.
Proposition 6. Financer l’État palestinien par l’économie de Gaza. Assurer les budgets du futur État et le remboursement des pays engagés dans la reconstruction par les revenus des activités développées dans une bande de Gaza démilitarisée et reconstruite.
Proposition 7. Créer un tribunal sur le modèle de Nuremberg. Juger les membres du Hamas et de toute organisation impliquée dans les crimes du 7 octobre. Cette juridiction ad hoc doit compléter le plan Trump, dont l’amnistie paraît inacceptable pour Israël.
Proposition 8. Démanteler l’UNRWA. Confier la gestion de l’aide humanitaire à une nouvelle organisation.
Proposition 9. Lier la reconstruction à la normalisation. Réserver la participation à la reconstruction de Gaza et du futur État palestinien aux pays ayant au préalable normalisé leurs relations avec Israël.
Proposition 10. Assurer la démilitarisation du Hezbollah. Garantir au plus vite le monopole des armes de l’État libanais avant les législatives de 2026, pérenniser le soutien occidental à l’armée libanaise et favoriser le pluralisme politique au Liban.
Proposition 11. Neutraliser la menace houthie. Reformer une coalition soutenue par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, appuyée par des frappes d’envergure, assécher les soutiens financiers des Houthis, y compris par des mesures envers Oman, et faire escorter des navires israéliens par la marine américaine.
Proposition 12. Régler l’avenir de l’Irak. Placer sous contrôle les milices chiites irakiennes, relais de Téhéran qui échappent largement à l’autorité du gouvernement irakien.
Proposition 13. Empêcher Téhéran de réarmer ses milices. Mener une stratégie d’endiguement pour que l’Iran cesse d’armer et de financer ses relais, alors que les saisies de cargaisons d’armes se multiplient.
Proposition 14. Exclure l’Iran du club nucléaire. Après le rétablissement des sanctions par le snapback, imposer un traité sans limite de durée : fin de tout enrichissement, destruction des stocks d’uranium et de missiles balistiques, inspections sans préavis. Tout manquement entraînerait l’intervention d’une coalition.
Proposition 15. Contrer la résurgence de Daech. Conditionner la levée des sanctions contre la Syrie à sa coopération, protéger les minorités, former les unités syriennes à l’antiterrorisme, reformer une coalition et ouvrir des canaux directs de renseignement.
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Edouard Chaplault-Maestracci et Antranig Kevorkian
Analyste international du Millénaire ; Analyste international du Millénaire.
Edouard Chaplault-Maestracci Antranig KevorkianDemander une interview
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