En cas de retour à la Maison-Blanche, quelle serait la politique de Donald Trump ?
Rédigée avant l’élection de 2024, la note analyse les ressorts de la popularité de Donald Trump, décrypte le Project 2025 de la Heritage Foundation et son propre programme, l’Agenda47, et en tire les conséquences pour les États-Unis comme pour l’Europe.
Le constat
Le Project 2025 est un guide de près de 1 000 pages pour une future administration conservatrice.
La cause
Un homme de son époque, porté par la défiance envers les institutions et la rivalité avec la Chine.
La conséquence
Refonte de la gouvernance fédérale, réarmement économique et militaire, et désengagement probable vis-à-vis de l’Europe.
Avant-propos
Sur la chaîne CNN le 25 octobre 2016, Donald Trump affirma que « La doctrine Trump est simple : c’est la force ». Cette lecture du monde basée sur le rapport de force plutôt que sur celle de la concertation tant avec ses adversaires (Chine, Iran, Corée du Nord, etc.) qu’avec ses alliés (Europe, OTAN) a bouleversé le monde lors du mandat présidentiel de Donald Trump.
Force est de constater que huit ans plus tard, Trump est toujours aussi populaire auprès d’une partie de la population américaine, comme le souligne sa troisième victoire consécutive pour être le candidat du parti Républicain à l’élection présidentielle. Malgré la diabolisation médiatique, deux impeachments, des ennuis judiciaires, fiscaux et les tentatives des États du Colorado et du Maine de le rendre inéligible à la prochaine présidentielle, le natif du Queens domine le parti républicain et a minutieusement préparé son retour en tant que 47ème président des Etats-Unis d’Amérique.
Donald Trump et ses équipes ont détaillé les politiques qu’ils ambitionnent de mettre en place dans le cadre d’un retour à la Maison blanche, c’est Agenda47. L’Agenda47 de Trump consiste en une série de propositions que sa campagne a publiées sur son site Internet pendant la saison des élections primaires, indépendamment des propositions du “Project 2025” élaborées par une organisation tierce. En effet, le Project 2025 a été préparé par le think tank conservateur The Heritage Foundation. L’ambition de ce projet est de réparer « les dommages causés par les libéraux » et « construire une Amérique meilleure avec un programme de gouvernement clair et en préparant les cadres qui vont diriger la prochaine administration conservatrice ». Le projet 2025 est ainsi constitué comme un véritable plan pour reprendre le contrôle de Washington avec un programme politique, un cahier des charges avec des actions à entreprendre dans les 180 premiers jours de la nouvelle administration et la mise en place d’une intelligentsia conservatrice pour le mettre en œuvre. Publié en 2023, ce véritable guide politique fait près de 1 000 pages. Sur le site Internet de “Project 2025” les auteurs affirment que ce manuel est “the next conservative President’s last opportunity to save our republic.”
Ainsi, les questions que nous allons nous poser sont les suivantes : Pourquoi Donald Trump est toujours aussi populaire ? Qu’est-ce que le “Project 2025” ? Quelle est le nouveau projet de Donald Trump en cas de retour à la Maison Blanche ? Pourquoi est-ce que ce le “Project 2025” fait tant peur aux Démocrates ? Quelle est la différence entre le “Project 2025” et l”Agenda47” ?
Afin de répondre à cette question, nous allons dans un premier temps analyser en quoi Donald Trump est une personnalité politique toujours populaire. Dans un second temps, nous verrons en quoi le “Project 2025” et l’”Agenda 47” incarnent le nouveau projet politique conservateur pour l’Amérique et comment ils peuvent s’avérer utiles pour le retour de Trump au pouvoir.
Contributions : William Thay, Président du Millénaire
Pierre Clairé, Directeur adjoint des Études, spécialiste de politiques étrangères et européennes
Donald Trump, un politique populaire
Un outsider. Homme d’affaires et animateur de l’émission The Apprentice de 2004 à 2015, Donald Trump n’avait exercé aucun mandat avant sa première élection. Son style de showman lui assure une présence médiatique quasi constante : selon le Financial Times, il a reçu 50 % de couverture de plus qu’Hillary Clinton lors de la campagne présidentielle précédant sa première victoire.
Un homme de son époque. Sa figure s’inscrit dans la « démocratie du public » décrite par Bernard Manin et dans la rivalité entre la Chine et les États-Unis. En 2021, seuls 39 % des Américains faisaient confiance à leur gouvernement selon l’Edelman Trust Barometer, et deux Américains sur cinq approuvaient l’idée d’un président fort capable d’enfreindre certaines règles selon le Public Religion Research Institute.
Un premier mandat jugé positif par ses électeurs. America First, confrontation commerciale avec la Chine, baisse de l’impôt sur les sociétés, First Step Act de 2018 sur la justice pénale et mobilisation contre la crise des opioïdes : pour l’auteur, son bilan est plutôt positif jusqu’à la crise de la Covid-19.
pour le Project 2025, guide de la Heritage Foundation destiné à la prochaine administration conservatrice.
Project 2025 : un projet conservateur venu de la Heritage Foundation
Un guide de près de 1 000 pages. Publié en 2023 par la Heritage Foundation, le Project 2025 prévoit un programme, un plan d’action pour les 180 premiers jours et la formation de cadres pour une future administration conservatrice. Donald Trump affirme ne pas en être à l’origine et en a pris ses distances.
Refondre la gouvernance. Le projet entend renforcer l’autorité présidentielle sur la bureaucratie fédérale en multipliant les nominations politiques, faciliter le licenciement des fonctionnaires, décentraliser et privatiser autant que possible, démanteler le département de la Sécurité intérieure et supprimer à terme le ministère fédéral de l’Éducation.
Réarmer militairement et économiquement. Le Pentagone, qui emploie environ 3 millions de personnes pour 850 milliards de dollars par an, ferait de la Chine sa priorité, tandis que les alliés assumeraient davantage leur défense conventionnelle. Sur le plan fiscal, le projet propose deux taux d’impôt sur le revenu de 15 % et 30 %, un impôt sur les sociétés à 18 % et l’abrogation des subventions de l’Inflation Reduction Act. Deux écoles s’y opposent sur le commerce, l’une protectionniste, l’autre libre-échangiste.
Réarmer moralement. Le projet veut supprimer le financement public de l’audiovisuel, réformer l’USAID et mettre fin aux programmes de diversité, d’équité et d’inclusion dans l’administration.
L’Agenda47 : le programme de Donald Trump
Des similitudes. Rédigé par la campagne et dédié aux « hommes et femmes oubliés de l’Amérique », l’Agenda47 part du même constat d’une Amérique en déclin et s’appuierait largement sur des décrets.
Ses principales mesures. Droit de douane minimal universel de 10 % et droits réciproques, relocalisation sur quatre ans des produits médicaux essentiels, relance du pétrole, du gaz et du nucléaire, contrôle renforcé de la frontière et immigration fondée sur le mérite, classement des cartels comme organisations terroristes, réforme de la fonction publique fédérale et retour de l’impoundment.
Les conséquences pour l’Europe. L’auteur anticipe un désengagement américain en matière de défense et une suspension probable du soutien militaire à l’Ukraine, qui obligeraient les Européens à assumer leur propre sécurité.
Le programme en chiffres
Taux d’imposition proposés par le Project 2025 (en %)
Le Project 2025 propose un impôt sur le revenu à deux taux, 15 % et 30 %.
Meilleure approche de l’économie selon les électeurs, juin 2024 (en %)
Les électeurs jugeaient l’approche économique de Donald Trump meilleure de 6 points.
Indicateurs de défiance politique aux États-Unis (en %)
Seuls 39 % des Américains faisaient confiance à leur gouvernement en 2021.
Un projet gagnant ?
Des atouts. La préparation et l’organisation du Project 2025 contrastent avec l’improvisation du premier mandat, et l’économie reste son point fort : en juin 2024, 43 % des sondés jugeaient son approche économique meilleure, contre 37 % pour Joe Biden selon Reuters/Ipsos.
Des risques. La concentration du pouvoir exécutif, l’opposition des fonctionnaires et une image jugée extrême par les électeurs modérés peuvent le desservir. Fin août 2024, Kamala Harris devançait en moyenne Donald Trump de 2 points dans les sept États clés selon Bloomberg News et Morning Consult.
Au-delà du simple vote pour un candidat à la présidence, nous pouvons affirmer qu’en novembre les Américains voterons pour une philosophie de la vie.
Conclusion
Pour l’auteur, Donald Trump est désormais solidement ancré dans le paysage politique américain. Le Project 2025 et l’Agenda47 dessinent une nouvelle révolution conservatrice : l’élection de 2024 oppose deux visions de l’Amérique, et ses conséquences seront majeures pour l’Europe.
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