Un impératif face aux bouleversements démographiques dans le monde
Alors que l’Afrique va doubler sa population et que l’Europe s’apprête à vivre un hiver démographique, Brice André et Thibault Arondel analysent les bouleversements démographiques mondiaux, leurs effets sur la croissance et le modèle social français, et formulent dix propositions pour relancer la natalité.
Le constat
Une population mondiale vers 10,3 milliards d’habitants, portée par l’Afrique, quand l’Europe vieillit.
La cause
Une natalité française en baisse, qui menace la croissance, le financement des retraites et la prise en charge de la dépendance.
La conséquence
Dix propositions en trois volets : démographique, psychologique et économique, pour permettre à ceux qui le souhaitent d’avoir des enfants.
Avant-propos
La crise migratoire de Lampedusa a replacé dans le débat public la question de l’avenir démographique de l’Europe. Avec plus de 100 millions de réfugiés selon le HCR en 2022, soit le plus haut niveau de l’histoire de l’humanité, et avec un tiers se dirigeant vers l’Occident, nous ne pouvons plus fermer les yeux. Les pays européens doivent reprendre en mains leur démographie afin de surmonter le renversement des équilibres démographiques du siècle.
Ainsi, la célèbre maxime d’Auguste Comte « la démographie c’est le destin » ne s’est jamais autant imposée à nous-mêmes qu’en ce début de XXIème siècle. Alors que la population mondiale devrait atteindre les 10 milliards d’humains sur Terre à l’horizon 2100, la France comme tous les autres pays occidentaux sont en passe de vivre un hiver démographique qui pourrait ne jamais déboucher sur un printemps. Le vieillissement de la population européenne n’a pas fini de poser des questions économiques, politiques, écologiques et civilisationnelles aux décideurs publics.
La problématique de la démographie n’est pas un sujet propre à la civilisation occidentale. Si nous avons déjà réalisé notre transition démographique, il convient de comprendre les enjeux de la transition démographique des pays du Sud pour pouvoir nous adapter. Il s’agit d’une question de survie pour les nations européennes à l’heure où la démographie est employée comme un facteur de puissance par de nombreux pays.
Ainsi, cette étude vise à présenter les ressorts bouleversements démographiques mondiaux, leurs conséquences sur le monde et principalement sur l’Afrique. Ensuite, nous reviendrons sur les conséquences du vieillissement de la population en France. Enfin, nous formulons 10 propositions visant à relancer notre politique de natalité, notamment en nous inspirant d’autres modèles européens.
Sous la direction de Matthieu HOCQUE, Directeur adjoint des Etudes du Millénaire
Un bouleversement démographique mondial
Une humanité qui continue de croître. Selon les projections des Nations unies de 2022, la population mondiale devrait atteindre 10,3 milliards d’habitants vers 2100 avant de décliner.
Des trajectoires opposées. L’Europe, autour de 500 millions d’habitants, pourrait redescendre vers 450 millions ; la population française passerait de 67,7 à 61 millions en 2100 selon l’ONU. La Chine et le Japon pourraient perdre plus de 30 % de leur population d’ici la fin du siècle.
L’Afrique, cœur de la croissance. La population africaine devrait doubler d’ici 2050. Le Nigéria passerait de 213 à 546 millions d’habitants en 2100, la République démocratique du Congo de 96 à 432 millions.
Les défis africains
L’emploi. L’Afrique devra fournir un emploi à 450 millions de nouveaux actifs en quinze ans, alors qu’elle n’en créerait que 100 millions selon les statistiques citées.
L’alimentation, l’énergie et l’eau. 258 millions de personnes ont eu besoin d’une aide alimentaire d’urgence dans le monde en 2022 ; les rendements agricoles pourraient reculer de 10 à 20 % d’ici 2050 en Afrique subsaharienne ; 42 % des Africains n’ont pas accès à l’électricité.
La malédiction des ressources. Malgré des réserves considérables, clientélisme, flux financiers illicites et dépendance à l’égard de nouveaux créanciers privent les populations des retombées de la rente.
En France, un déclin qui pèse sur la croissance et le modèle social
Moins de naissances. La France comptait environ 916 000 naissances en 1971, contre 723 000 aujourd’hui. L’indicateur conjoncturel de fécondité est passé de 2 en 2015 à 1,83 en 2021, loin du seuil de 2,1.
Une croissance sous contrainte. Selon la Dares, d’ici 2030, sur 730 000 postes à pourvoir chaque année, seuls 640 000 pourraient être occupés par des jeunes entrants.
Un modèle social sous pression. On comptait 2 cotisants pour 1 retraité en 2004, 1,7 en 2022, et moins de 1,5 en 2040 selon le COR. La prise en charge de la dépendance pourrait coûter plus de 31 milliards d’euros en 2040.
naissances par an en France aujourd’hui, contre environ 916 000 lors du pic de 1971.
Quels modèles pour relancer la natalité ?
La Hongrie. Congé parental à 70 % du salaire jusqu’aux deux ans de l’enfant, exonération à vie d’impôt sur le revenu pour les mères de quatre enfants, 21 000 places de crèche supplémentaires, prêt à taux zéro de 30 000 euros pour les couples mariés ayant trois enfants : la fécondité est passée de 1,2 à 1,56 enfant par femme entre 2010 et 2020.
Israël. Avec 2,9 enfants par femme, le pays fait figure d’exception parmi les pays développés ; l’État finance notamment les traitements contre l’infertilité pour 150 millions de dollars par an.
La Serbie et la Russie. La Serbie a triplé sa prime à la naissance pour le premier enfant ; la Russie a réhabilité le prix de la « Mère héroïne ».
Il ne s’agit pas de faire une politique du ventre pour faire du volume
La démographie en chiffres
Population estimée en 2100 (millions)
Le centre de gravité démographique du monde se déplace vers l’Asie du Sud et l’Afrique.
Indicateur de fécondité (enfants par femme)
Aucun pays de l’Union n’atteint le seuil de renouvellement des générations.
Cotisants par retraité
Le vieillissement fragilise un système de retraite par répartition.
Plafond du quotient familial (€)
Les rapporteurs proposent de revenir au moins au niveau de 2012.
Pourquoi la natalité baisse
Des facteurs démographiques. Les femmes de 20 à 40 ans étaient 8,4 millions en 2018, contre 9,1 millions en 1998, et l’âge moyen à la maternité atteint 30,6 ans.
Des facteurs psychologiques. 83 % des Français jugent l’avenir inquiétant selon l’Ifop, et l’éco-anxiété pèse sur le désir d’enfant.
Des facteurs économiques. Les coupes dans la politique familiale à partir de 2014 auraient retiré entre 3,5 et 4 milliards d’euros par an aux familles selon l’Unaf.
10 propositions pour relancer la natalité française
Volet 1 : facteurs démographiques. Proposition 1 : retenir nos jeunes pour éviter l’émigration. Proposition 2 : faire revenir nos jeunes expatriés. Proposition 3 : inciter les entreprises à aménager les horaires pour les jeunes mères.
Volet 2 : facteurs psychologiques. Proposition 4 : recréer un cadre de vie exceptionnel pour avoir confiance dans l’avenir de la France. Proposition 5 : rouvrir des services de maternité dans les territoires ruraux, avec un plan de 100 maternités. Proposition 6 : bâtir un service public de la petite enfance.
Volet économique. Proposition 7 : une allocation universelle fusionnant les aides familiales, de logement et de rentrée scolaire, indexée sur le nombre d’enfants. Proposition 8 : rehausser le quotient familial. Proposition 9 : généraliser les cantines à 1 euro pour tous. Proposition 10 : octroyer un prêt à taux zéro à usage libre de 50 000 euros aux couples mariés ayant trois enfants.
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Brice André et Thibault Arondel
Analyste du Millénaire ; Analyste du Millénaire.
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