La France a toutes ses chances
Les Fintech rénovent les services financiers en rapprochant banques et assureurs des attentes des clients. La note dresse le panorama du secteur et de ses effets sur les acteurs traditionnels. Elle estime que la France a les atouts pour devenir une place mondiale et propose des mesures fiscales, un fonds dédié et des moyens accrus pour le régulateur.
Le constat
Les Fintech bousculent les modèles établis du secteur financier, dominé en investissements par les Etats-Unis.
La cause
La crise de 2007 a brisé la confiance dans le système financier et ouvert la voie à des services plus simples, plus rapides et personnalisés.
La conséquence
Les start-up financières pourraient réduire de 20 à 60 % les bénéfices bancaires d’ici 2025 selon les métiers.
Un secteur en phase de concentration
Rénover les services, pas les algorithmes. Les Fintech désignent les sociétés qui utilisent les nouvelles technologies pour rénover les services financiers. Longtemps épargné par la digitalisation, le secteur a vu la crise de 2007 briser la confiance des Français. Les Fintech ne conçoivent pas de nouveaux algorithmes financiers. Elles rapprochent les établissements des attentes des consommateurs, autour de trois principes : désintermédiation, nouvelle relation client, économie collaborative.
Des investissements dominés par les Etats-Unis. Les investissements annuels ont crû de 2008 à 2014 pour culminer en 2015 à 62 milliards de dollars, selon KPMG. Après une légère décrue, ils sont repartis à la hausse au second semestre 2017. Les Etats-Unis concentrent plus de 80 % des investissements. En Europe, ils se situent surtout en Angleterre et en Irlande.
La France monte en puissance. La France, un peu distancée, joue un rôle croissant. Younited Credit avait levé 31 millions d’euros en 2015, puis 103 millions en 2017. Pour l’auteur, le marché est en phase de concentration : moins de transactions, mais des volumes plus importants. Le nombre d’opérations recule tandis que leur montant progresse.
Les Fintech en chiffres
Levées de fonds de Younited Credit, en millions d’euros
Lecture : Younited Credit a levé 103 millions d’euros en 2017, plus de trois fois sa levée record de 2015.
Baisse possible des bénéfices bancaires d’ici 2025, en %
Lecture : selon les métiers, la baisse des bénéfices bancaires pourrait aller de 20 % à 60 %.
Bien que les start-up financières se concentrent naturellement autour des places financières mondiales notamment à Londres, la France a tous les atouts pour jouer un rôle mondial.
Des domaines d’application multiples
45 points d’innovation. Le secteur financier compte cinq grands métiers : financement, gestion d’actifs, assurance, marchés de capitaux et moyens de paiement. Chacun connaît trois types de services, aux consommateurs, entre professionnels ou des professionnels vers les consommateurs. Chaque service peut se placer en front, middle ou back office. Cela représente 45 points d’innovation, loin d’être tous couverts.
Des exemples français. Le financement participatif relie épargnants et entreprises, avec Winefunding pour la viticulture, Lendosphere pour la transition énergétique ou Lymo pour l’immobilier. Younited Credit permet aux épargnants de prêter directement aux particuliers. Dans l’assurance, Fluo repère les contrats en doublon et Inspeer mutualise les franchises entre proches. Porté par la directive DSP2, l’agrégateur de comptes Banking vient de dépasser 2 millions d’utilisateurs.
Paiement, regtech et blockchain. Les moyens de paiement se transforment et les GAFA ont tous leur système de paiement en ligne. Des sociétés regtech aident les banques à faire face à des réglementations toujours plus nombreuses. La révolution la plus importante est pour l’auteur la blockchain, protocole décentralisé qui réduit les coûts et accélère les transactions. Avec la start-up Blockchain Partner, la Banque de France développe une blockchain privée pour gérer le registre des identifiants créanciers SEPA.
Les acteurs traditionnels contraints de s’adapter
Une concurrence par l’expérience client. La digitalisation de la finance ressemble à celle des transports, des télécommunications ou de l’hôtellerie. Elle abolit des coûts de transaction et bouscule les modèles établis. Les Fintech se distinguent par la simplicité, la rapidité, la convivialité et la personnalisation des services.
Des freins et des ripostes. Les acteurs traditionnels s’adaptent mal, en raison d’une réglementation exigeante, d’un réseau d’agences surdimensionné et d’une organisation peu malléable. Ils réagissent par plusieurs leviers : filiales 100 % en ligne comme Hello Bank ou Direct Assurance, prises de participation comme les 86 % de Leetchi acquis par le Crédit Mutuel, partenariats et incubateurs internes. D’après McKinsey, les start-up financières pourraient provoquer d’ici 2025 une baisse de 20 à 60 % des bénéfices bancaires selon les métiers.
C’est la baisse des bénéfices bancaires que les start-up financières pourraient provoquer d’ici 2025, selon les métiers.
Faire de la France une place mondiale des Fintech
Des atouts réels. Les start-up financières se concentrent autour des grandes places, notamment Londres. La France a pourtant, selon l’auteur, les atouts pour jouer un rôle mondial. Elle dispose d’ingénieurs reconnus dans le numérique et les mathématiques financières. Son marché bancaire concentré en 6 réseaux et son fort taux de bancarisation favorisent l’arrivée de nouveaux venus.
Des mesures déjà prises. Plusieurs textes facilitent le crédit hors du réseau bancaire classique. Les établissements relevant des codes des assurances, de la mutualité ou de la sécurité sociale peuvent prêter aux entreprises sous conditions. L’ordonnance de 2014 favorise le financement participatif et la loi Macron ouvre le crédit interentreprises. S’y ajoutent la directive DSP2 et la Station F. La note juge ces mesures positives, à condition que ces établissements soient contrôlés par le régulateur bancaire.
Une fiscalité à revoir. Pour ne pas être distancée, la France doit aller plus loin. La note relève un déséquilibre fiscal : les gains en capital sont traités de façon attractive, alors que les intérêts de prêts supportent de nombreux prélèvements, comme les prélèvements sociaux et l’impôt sur le revenu.
Nos propositions
Proposition 1. Une fiscalité avantageuse pour les particuliers investisseurs. Créer une politique fiscale favorable aux particuliers qui investissent dans les start-up financières et revoir la fiscalité des intérêts de prêts.
Proposition 2. Un fonds dédié aux Fintech françaises. Créer, par exemple via la BPI, un fonds de placement mêlant dettes et fonds propres et centré sur les start-up financières françaises.
Proposition 3. Renforcer l’ACPR FinTech Innovation. Augmenter les moyens de ce point d’entrée des Fintech auprès du régulateur, pour attirer les Fintech basées à Londres fragilisées par le Brexit.
Proposition 4. Des groupes de travail sur la blockchain. Créer des groupes entre la Banque de France et la Banque centrale européenne pour comprendre et maîtriser cette technologie.
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