Une politique de football à la française

Note du Millénaire Économie et Finances

15 propositions pour transformer l’usine du monde en capitale du football mondial

La France est la première nation formatrice du monde : 3,98 milliards d’euros de recettes de transferts sur dix ans, mais son championnat professionnel ne perçoit que 500 millions d’euros de droits TV annuels, contre 3,2 à 4 milliards pour la Premier League. Cette note articule la compétitivité du football professionnel et l’ordre républicain dans le football amateur, en 15 propositions.

CP
Clément PerrinDirecteur des Études du Millénaire
23 juillet 2026
46 pages · lecture 19 min
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En bref

Le constat

La France est la première nation formatrice du monde, avec 3,98 milliards d’euros de recettes de transferts sur dix ans, mais son championnat professionnel ne perçoit que 500 millions d’euros de droits TV annuels, contre 3,2 à 4 milliards pour la Premier League.

La cause

Contraints de vendre pour équilibrer leurs budgets, les clubs sont prisonniers d’un cercle vicieux : sans cessions, pas de stabilité financière ; sans stabilité, pas d’investissement sportif ; sans investissement, pas d’attractivité pour retenir les talents.

La conséquence

La note formule 15 propositions en 4 axes : souveraineté formative, attractivité économique de la Ligue 1, rayonnement national et international, restauration de l’ordre républicain dans le football amateur.

Principaux constats
013,98 Md€de recettes de transferts sur dix ans (2016-2025) : la France est la première nation formatrice du monde.
02500 M€de droits TV annuels pour la Ligue 1, contre 3,2 à 4 Md€ pour la Premier League.
0312 000actes de violence recensés sur 600 000 matchs dans le football amateur en 2023-2024, soit 230 incidents chaque week-end.
041 275joueurs français expatriés dans 135 ligues, soit une hausse de 46 % depuis 2020.
0533,3 %des comportements irrespectueux sont le fait de parents-spectateurs, avant les joueurs (31,8 %) et les entraîneurs (20,8 %).
0678 %des habitants des QPV déclarent une pratique sportive annuelle, contre 89 % hors QPV.

Avant-propos

Pays double champion du monde, finaliste de la dernière Coupe du monde et désormais porté par un PSG vainqueur de la Ligue des champions, la France s’impose comme l’une des grandes puissances du football contemporain. Ce palmarès place le football français au centre de l’attention mondiale et confirme la qualité exceptionnelle de sa formation comme de ses meilleurs clubs. Son dernier parcours à la Coupe du monde 2026 a illustré cet éclat, tout en présentant des fragilités.

Alors que Zinedine Zidane sera le prochain sélectionneur de l’Équipe de France, le nouveau sélectionneur disposera d’un socle de joueurs figurant parmi les meilleurs du monde. Pour autant, ce socle contraste avec la fragilité structurelle du modèle domestique : la France est la première nation formatrice du monde : 3,98 milliards d’euros de recettes de transferts sur dix ans1, premier rang mondial, devant le Brésil, l’Espagne et le Portugal, mais son championnat professionnel ne perçoit que 500 millions d’euros de droits TV annuels, contre 3,2 à 4 milliards pour la Premier League. 

Ainsi, la France est devenue une forme de « Chine du foot », l’usine du monde du football dotée d’un fort capital humain et exportateur. Mais, derrière cette capacité d’exportation forte, se cache une myriade de problématiques économiques (dépendance des clubs français à l’exportation, montée de gamme insuffisante des clubs français, etc.), footballistiques (formation stéréotypée, faiblesse de la formation sur certains anciens points forts du football français, à savoir le milieu de terrain) et socio-culturelles (conséquences sur les quartiers prioritaires de la politique de la ville, QPV, dont sont issus de nombreux joueurs de football). 

En effet, dans un pays qui cherche ses repères, qui voit se creuser les fractures sociales, territoriales, générationnelles, le football est l’un des rares espaces où la France se retrouve encore. Il est universel, populaire, ancré dans les territoires, et porteur d’une grammaire morale que la République devrait chérir : on respecte ses coéquipiers, son entraîneur, l’adversaire, l’arbitre. On joue ensemble. On perd ensemble. On se relève.

Le football fait société. Il structure le temps des enfants et des adolescents, crée des liens entre des familles que rien d’autre ne réunirait, produit de l’autorité éducative là où elle manque le plus. Dans les Quartiers Prioritaires de la Politique de la Ville, où 78 % des habitants déclarent une pratique sportive annuelle contre 89 % hors QPV2, le club de football est souvent l’institution de proximité la plus accessible, parfois la seule. C’est lui qui garde vingt adolescents dans un cadre éducatif un mercredi après-midi. C’est lui qui empêche un décrochage. C’est lui qui apprend qu’une règle vaut pour tous, que l’arbitre a le dernier mot, que l’adversaire mérite le respect.

Cette dimension civique est précisément ce que la France est en train de perdre sur certains terrains. Les faits sont documentés. La FFF a recensé 12 000 actes de violence sur 600 000 matchs lors de la saison 2023-2024, soit 230 incidents chaque week-end. L’Observatoire des comportements de la FFF indique que 33,3 % des comportements irrespectueux sont le fait de parents-spectateurs, avant même les joueurs (31,8 %) et les entraîneurs (20,8 %). En mai 2026, un club d’Aix-les-Bains a retiré toutes ses équipes jeunes du championnat après des menaces de parents envers des éducateurs.

Ces incidents ne définissent pas le football amateur français dans sa globalité. Chaque week-end, des centaines de milliers de matchs se déroulent dans le respect, animés par des éducateurs bénévoles qui consacrent leur temps à la transmission. Mais ces faits ne peuvent pas être minimisés. Permettre que les terrains de football deviennent des espaces d’impunité parentale ou de conquête communautaire, c’est abandonner l’un des derniers lieux de la République populaire et incarnée. C’est une capitulation que cette note refuse.

C’est pourquoi elle articule, de manière délibérée, deux enjeux que l’on traite trop souvent séparément : la compétitivité du football professionnel français et l’ordre républicain dans le football amateur. L’un nourrit l’autre. Une Ligue 1 attractive, dont les droits TV internationaux devraient tripler d’ici 2030 selon les objectifs de la réforme portée par la loi Lafon-Savin, adoptée au Sénat le 10 juin 2025, produit des ressources qui irriguent la formation, les territoires, les clubs de quartier. Un football amateur pacifié et républicain produit les talents, les valeurs et les vocations qui alimentent le haut niveau.Cette note formule 15 propositions concrètes, organisées en 4 axes : souveraineté formative, attractivité économique de la Ligue 1, rayonnement national et international, restauration de l’ordre républicain dans le football amateur. La France a tous les atouts pour faire du football un instrument délibéré de grandeur nationale, à condition de traiter cet enjeu avec la rigueur stratégique qu’il mérite, et de ne jamais oublier que derrière chaque chiffre de transfert, il y a un enfant de quartier qui a appris, sur un terrain municipal, que les règles valent pour tout le monde.

1 CIES Football Observatory, octobre 2025

2 Observatoire national de la politique de la ville, février 2026

Le football mondial : un nouveau rapport de forces géopolitique

Le football est devenu l’une des industries culturelles et économiques les plus puissantes de la planète. En 2025, le marché mondial des clubs de football est estimé à 54,78 milliards de dollars, avec des projections le portant à 75 milliards d’ici 2032. Selon le classement Deloitte Football Money League 2026, les vingt premiers clubs du monde ont généré 12,4 milliards d’euros de revenus cumulés, un record absolu en hausse de 11 %. Le PSG se classe quatrième avec 837 millions d’euros, ce qui illustre à la fois la présence française et la concentration de la richesse sur un seul club.

La rupture majeure de la décennie 2015-2025 réside dans l’émergence de fonds souverains comme acteurs structurants du football mondial. Le PIF saoudien, dont les actifs dépassaient 650 milliards de dollars dès 2023, a pris le contrôle direct de quatre clubs majeurs de Saudi Pro League. Le Qatar a dépensé plus de 200 milliards de dollars pour organiser la Coupe du Monde 2022.

Selon le FIFA Global Transfer Report 2024, le marché mondial des transferts a atteint 9,66 milliards de dollars en 2023, avant de refluer à 8,59 milliards en 2024 pour 78 742 transferts internationaux. La France produit 3,98 milliards d’euros de recettes de transferts sur dix ans, premier rang mondial, devant le Brésil (2,60), l’Espagne (2,24), le Portugal (1,90) et l’Argentine (1,40), mais ne perçoit que 500 M€ de droits TV annuels, soit moins du sixième de la Premier League.

Face à des puissances délibérées, la France dispose d’un capital exceptionnel : CM 1998, 2018, finale 2022, Euro 2016, JO 2024, mais sans doctrine cohérente pour le convertir en influence durable. Elle occupe la 6e place du Portland Soft Power Index 2024, une position qui repose davantage sur son héritage culturel que sur une stratégie sportive planifiée.

La France est aussi la 2e nation mondiale pour le nombre de joueurs expatriés : 1 275 ressortissants évoluant dans 135 ligues, soit une hausse de 46 % depuis 2020. La rupture avec DAZN en avril 2025 (200 à 250 millions d’euros de pertes estimées, seulement 500 000 abonnés sur 1,5 million attendus) a mis en lumière la vulnérabilité structurelle du modèle économique. Un jeune joueur formé en France partant en Angleterre voit son environnement économique multiplié par un facteur 6 à 8.

3,98 Md€

de recettes de transferts sur dix ans : la France est la première nation formatrice du monde, mais son championnat ne perçoit que 500 M€ de droits TV annuels.

CIES Football Observatory, lettre hebdomadaire n°519, octobre 2025, cité page 8 de la note

Un modèle exportateur subi : la France, « la Chine du foot » ?

À la Coupe du Monde 2026, près de 100 joueurs étaient nés en France alors que l’Équipe de France ne compte que 26 joueurs, soit l’équivalent de 4 équipes complètes incluant remplaçants et réservistes. 56 joueurs sont nés en Île-de-France, un record absolu.

Les clubs français, contraints par des modèles économiques fortement dépendants du trading de joueurs, exportent massivement vers les championnats européens les plus lucratifs, Premier League en tête. Selon le CIES Football Observatory, ils génèrent en moyenne 400 millions d’euros de recettes de transferts par an.

Contraints de vendre pour équilibrer leurs budgets, ils se retrouvent prisonniers d’un cercle vicieux : sans cessions, pas de stabilité financière ; sans stabilité, pas d’investissement sportif ; sans investissement, pas d’attractivité pour retenir les talents. Le mercato d’été 2025 a montré une hausse de près de 50 % des montants de transferts en Ligue 1, signe d’une dynamique retrouvée, mais aussi d’une dépendance accrue aux cessions.

Sur le plan sportif, la formation française produit des joueurs stéréotypés, capables de faire des différences en un contre un. Les centres de formation privilégient de facto, à partir des catégories U13, des joueurs capables de faire gagner des matchs de jeunes, condition du maintien des coachs de jeunes. Depuis plusieurs années, le football français n’arrive plus à produire d’excellents milieux de terrain, alors que c’était un point fort de la formation à la française depuis les années 1970.

Les agents approchent les familles de plus en plus tôt, bien souvent dès les catégories U13, et les clubs étrangers envoient des recruteurs dans les académies françaises parfois dès la catégorie U11. Chaque année, plusieurs centaines de jeunes sortent des centres de formation sans avoir signé de contrat professionnel : la reconversion est, selon la note, le grand impensé du système.

Dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), 78 % des habitants déclarent une pratique sportive annuelle, contre 89 % hors QPV, un écart de 11 points. La proximité des équipements n’est pas en cause, puisque 99 % des habitants des QPV disposent d’un équipement à moins de quinze minutes : les freins sont économiques, culturels et qualitatifs. En septembre 2025, les ministres des Sports et de la Ville ont mobilisé conjointement 2,5 millions d’euros pour soutenir les clubs sportifs des QPV pour la saison 2025-2026.

L’asymétrie entre production de valeur et captation économique est le défi central.
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Le football français en chiffres

Recettes de transferts des principales nations formatrices, 2016-2025 (Md€)

France3,98 Md€Brésil2,60 Md€Espagne2,24 Md€Portugal1,90 Md€Argentine1,40 Md€
Lecture

La France est première avec 3,98 Md€ de recettes de transferts sur dix ans, devant le Brésil, l’Espagne, le Portugal et l’Argentine. Elle ne perçoit pourtant que 500 M€ de droits TV annuels.

Sources : CIES Football Observatory (n°519, octobre 2025), Observatoire national de la politique de la ville (février 2026), Observatoire des comportements de la FFF, LFP, telles que citées dans la note (pages 8, 20, 26 et 39).

Les leçons des modèles étrangers

La Premier League dispose de droits audiovisuels domestiques de 6,7 milliards de livres sur quatre saisons à partir de 2025-2026, soit environ 1,7 milliard de livres par an pour le seul marché britannique. Sa suprématie tient aussi à un modèle de gouvernance professionnalisé, à une redistribution des revenus fondée sur la solidarité et à une stratégie de marque internationale construite sur plus de trente ans. La redistribution repose sur trois blocs : une part égale pour tous les clubs, une part liée aux diffusions effectives et une part indexée sur le classement sportif.

La proposition de loi Lafon-Savin, adoptée au Sénat le 10 juin 2025, prévoit d’encadrer l’écart de redistribution des revenus audiovisuels entre clubs d’un même championnat : le mieux doté ne pourrait pas toucher plus de trois fois le moins bien doté. La réforme portée par la FFF sous la présidence de Philippe Diallo, présentée le 12 mai 2025, prévoit de remplacer la LFP par une « société des clubs », dans une logique explicitement inspirée d’une « Premier League à la française ».

L’écart de compétitivité tient aussi à la fiscalité. Le Droit à l’Image Collective (DIC), créé par la loi du 15 décembre 2004, permet aux clubs professionnels d’exonérer de cotisations sociales jusqu’à 30 % de la rémunération de leurs joueurs au-delà d’un certain seuil. La loi Beckham espagnole, entrée en vigueur en 2003, permettait aux travailleurs étrangers d’être imposés à un taux forfaitaire d’environ 24 % au lieu d’environ 45 % ; sa fin effective à l’été 2025 a relancé le débat sur la compétitivité fiscale comparée des grands championnats.

Les Pays-Bas ont bâti leur réputation de pays formateur sur une filière intégrée, où les clubs professionnels co-investissent avec les clubs amateurs locaux. L’Allemagne impose à chaque club professionnel d’investir dans un centre de formation agréé et d’en garantir la qualité, sous peine de se voir refuser sa licence. Le Portugal, pays formateur d’excellence avec un championnat aux ressources limitées, a choisi d’investir dans la qualité de son système de formation pour en faire un vecteur de rayonnement national.

Pour la France, la note en tire trois orientations : mieux articuler circuit amateur et professionnel sur le modèle néerlandais, lier explicitement la licence des clubs à leurs obligations de formation comme en Allemagne, et assumer son statut de premier formateur mondial comme une vocation nationale, à la manière du Portugal.

Pour une montée de gamme de la formation footballistique française

La note formule 15 propositions concrètes, organisées en 4 axes stratégiques. Le premier vise à renforcer la souveraineté formative et à protéger les parcours des jeunes joueurs.

Proposition 1 : Créer un label national de l’excellence formative (NEF). Instituer un label indépendant, géré conjointement par la FFF, le ministère des Sports et l’Agence nationale du sport, distinguant les centres de formation répondant aux critères les plus exigeants du double projet, avec un accès prioritaire aux financements de l’ANS.

Proposition 2 : Conditionner la licence professionnelle à l’existence d’un centre de formation agréé. En s’inspirant du modèle allemand, la licence de club professionnel (L1 et L2) serait conditionnée à la possession, ou au co-financement, d’un centre de formation agréé par la FFF, avec un calendrier de mise en conformité progressif sur trois saisons.

Proposition 3 : Renforcer la protection des mineurs face aux agents et aux clubs étrangers. Tout mandat de représentation signé avec un joueur de moins de 16 ans serait soumis à l’approbation de la FFF, notifié aux parents avec un délai de réflexion de 30 jours et déposé au Registre national des agents sportifs. Une cellule « Protection des parcours » de l’ANS repérerait les situations de vulnérabilité dans les centres de formation.

Le deuxième axe vise à créer les conditions d’une Ligue 1 attractive, par une action simultanée sur la gouvernance, les revenus, la fiscalité et la marque internationale.

Proposition 4 : Adopter sans délai la loi Lafon-Savin et accélérer la réforme de la LFP. Le texte, adopté au Sénat le 10 juin 2025 à la quasi-unanimité, doit être examiné puis voté par l’Assemblée nationale sans nouveau retard. Il prévoit la gouvernance professionnelle de la LFP, le contrôle par la Cour des comptes, l’encadrement de la redistribution des droits TV, le plafonnement des rémunérations des dirigeants et la lutte contre le piratage en temps réel.

Proposition 5 : Créer un dispositif fiscal « Ligue 1 Attractivité » pour les joueurs étrangers de haut niveau. En s’inspirant de la loi Beckham, un régime temporaire offrirait aux sportifs professionnels étrangers rejoignant un club de Ligue 1 ou de Ligue 2 un taux d’imposition forfaitaire de 30 % sur leurs revenus sportifs perçus en France, pour une durée maximale de cinq ans.

Proposition 6 : Lancer un plan de marque internationale « Ligue 1 Made in France ». Doter la société des clubs d’un budget dédié de 30 millions d’euros sur trois ans. L’objectif est double : doubler l’audience internationale de la Ligue 1 en quatre ans et augmenter d’au moins 30 % ses revenus commerciaux hors droits TV.

Le troisième axe met le football au service du rayonnement et de l’influence de la France.

Proposition 7 : Créer un label « Académie d’Excellence France » et exporter la formation. Un label national, attribué par la DTN et la FFF, distinguerait les meilleurs centres de formation. Les académies labellisées seraient autorisées à conclure des partenariats officiels avec des clubs étrangers, ce qui générerait des revenus propres et un réseau d’influence.

Proposition 8 : Lancer un plan national « Football de quartier, cohésion territoriale ». Un plan triennal de 15 millions d’euros par an, financé conjointement par l’ANS, les ministères des Sports et de la Ville et les collectivités, financerait un éducateur qualifié par club de QPV bénéficiaire (objectif : 500 postes sur trois ans), la rénovation de 200 terrains de football en QPV avec éclairage, un « parcours détection-citoyenne » et la prise en charge intégrale des licences pour les enfants de 6 à 16 ans en QPV.

Proposition 9 : Positionner la France comme leader mondial de la pédagogie footballistique. Créer, sous l’égide de l’INSEP et de la FFF, un « Institut français de la formation footballistique » (IFFM), centre d’expertise et d’export pédagogique qui publierait chaque année un « Rapport mondial sur la formation footballistique ».

Restaurer l’ordre républicain dans le football amateur

En janvier 2023, le Service central du renseignement territorial (SCRT) a produit une note interne présentant le sport amateur comme un vecteur possible de communautarisme et de radicalité. Le 14 février 2024, le préfet de l’Hérault a retiré l’agrément du Sète Olympique Football Club pour « pratiques communautaires » : refus délibéré de développer la pratique féminine du football, utilisation d’un logo arborant le croissant et l’étoile islamiques sur les maillots. Le 16 mai 2024, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté la requête en référé du club tendant à suspendre cet arrêté.

En mars 2025, une mission flash de l’Assemblée nationale sur les dérives communautaristes et islamistes dans le sport, conduite par les députées Caroline Yadan et Frédérique Meunier, a conclu que « les clubs deviennent des lieux de conquête ». En mai 2026, le préfet des Hauts-de-Seine a ordonné la fermeture de l’association sportive « Les Héros » à Villeneuve-la-Garenne, soupçonnée de séparatisme islamiste.

Parallèlement, la violence dans le football amateur a atteint en 2024-2025 un seuil inédit, avec près de 12 000 actes recensés sur l’ensemble des matchs de la saison, soit environ 230 incidents chaque week-end. Les auteurs se répartissent ainsi : 33,3 % de supporters (souvent des parents), 31,8 % de joueurs, 20,8 % d’entraîneurs et 14,1 % de dirigeants. En mai 2026, le club d’Aix-les-Bains a refusé d’aligner ses équipes de jeunes le week-end des 24 et 25 mai après que deux parents ont menacé des éducateurs en raison d’une non-convocation.

Proposition 10 : Rendre obligatoire une section féminine dans tout club agréé de football. Tout club bénéficiant d’un agrément de l’État ou d’un financement public devrait disposer d’une section féminine active, avec au minimum une équipe engagée en compétition officielle, dans un délai maximum de trois ans.

Proposition 11 : Créer une « charte républicaine du club » avec vérification annuelle préfectorale. Elle comprendrait notamment le principe de laïcité et de neutralité religieuse, l’obligation de mixité dans toutes les catégories d’âge et l’interdiction des prières organisées sur les installations sportives. Son respect serait vérifié chaque année par les services préfectoraux (SDJES) ; le non-respect entraînerait la suspension automatique des subventions, puis, en cas de récidive, le retrait de l’agrément.

Proposition 12 : Former éducateurs et dirigeants à la détection du prosélytisme et au signalement. Un module « Laïcité et neutralité dans le sport » d’au moins quatre heures serait intégré aux formations obligatoires d’éducateur de football (BF1, BF2, BMF), avec un module e-learning équivalent pour les dirigeants.

Proposition 13 : Instaurer un « permis parent » obligatoire à l’inscription dans tous les clubs de jeunes. Tout parent dont l’enfant est inscrit dans une équipe de jeunes (U8 à U18) signerait en début de saison un « contrat parental », avec une clause de bannissement immédiat de toute installation sportive en cas de violation constatée par l’éducateur ou l’arbitre.

Proposition 14 : Généraliser les caméras pour les arbitres amateurs et durcir les sanctions contre les parents. Les arbitres amateurs porteraient des caméras nomades dans toutes les compétitions de jeunes (U10 à U18) d’ici la saison 2027-2028, et un registre national de bannissement interdirait pendant trois à cinq ans l’accès aux installations de la FFF aux parents condamnés pour violences sur terrain sportif.

Proposition 15 : Créer des « zones parents » encadrées et codifier le huis clos éducatif comme droit du club. Les règlements fédéraux imposeraient une zone parents distincte, à une distance minimale de dix mètres du terrain, et l’éducateur responsable d’équipe disposerait d’un droit explicite de décréter le huis clos pour un entraînement ou une rencontre.

Conclusion

Le football français ne souffre pas d’un manque de talents ; il souffre d’un défaut d’organisation, de projection et de volonté. Première nation formatrice du monde, la France continue de produire des joueurs d’exception, mais elle ne transforme ni assez cette richesse en puissance économique, ni suffisamment ce capital humain en instrument de rayonnement national.

Il ne s’agit plus seulement de mieux gérer le football français, mais de lui assigner une ambition claire : faire de la France non plus un simple vivier pour les autres, mais une véritable puissance footballistique à part entière.

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Une politique de football à la française

46 pages.

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Perrin C., « Une politique de football à la française », Note du Millénaire, 23 juillet 2026, lemillenaire.org.

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Crédit photo : Zinedine Zidane by Tasnim 01, de Hadi Abyar, via Wikimedia Commons, sous licence CC BY 4.0

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