Tribune à retrouver dans le numéro papier du 14 janvier 2026 de Valeurs Actuelles.
En trois ans, l’Italie, pourtant membre des « pays du Club Med » a réduit drastiquement son déficit budgétaire : de 7,2% du PIB en 2023 à 3,4% en 2024, puis autour de 3% en 2025, et 2,8% en 2026. Cette consolidation sans précédent a restauré la confiance des marchés financiers. Sur les emprunts à 10 ans, Rome emprunte désormais à 3,45% contre 3,53% pour Paris.
Tout un symbole : pour la première fois depuis 2002, la France emprunte plus cher que l’Italie. Les créanciers internationaux font plus confiance au gouvernement italien qu’au gouvernement français. Comment Rome a-t-elle réalisé ce redressement ?
La stabilité politique, condition préalable à la gouvernance budgétaire
L’union des droites de Meloni gouverne ininterrompument depuis septembre 2022, soit plus de trois ans. Ce simple fait constitue une rupture majeure en Italie, nation qui a connu 68 gouvernements depuis 1946. Cette continuité institutionnelle s’avère cruciale. Elle permet aux mesures budgétaires d’être décidées et appliquées sans interruption de crises politiques. La stabilité rassure les investisseurs internationaux sur la capacité réelle d’exécution des réformes.
Meloni a imposé une discipline budgétaire remarquable malgré l’accès à 200 milliards d’euros via NextGenerationEU (122 milliards déjà versés). Plutôt que de dilapider cette manne en dépenses électoralistes, l’Italie a dégagé un excédent primaire : déduction faite des intérêts, le budget génère un surplus. Cette gestion rigoureuse contraste avec les délires budgétaires français.
Les réductions ciblées et les réformes de structure
Rome a appliqué une approche sélective. La réduction progressive du « Superbonus » a dégagé des marges budgétaires sans paralyser l’investissement immobilier. Le secteur financier a contribué : hausse des impôts sur banques, assurances et transactions. Le budget 2026 combine 22 milliards d’euros de mesures d’ajustement (moitié du secteur financier) avec des réductions d’impôts pour salariés à revenus intermédiaires et des réductions de charge pour entreprises investissant en technologies.
Sur le plan industriel, l’Italie a restauré sa compétitivité. Son excédent commercial de 50 milliards d’euros en 2025 reflète une base manufacturière dynamique : précision (mécanique, automobile), luxe (mode, mobilier) et chimie fine. Cette performance contraste avec le déficit commercial français de 80 milliards d’euros. L’inflation maîtrisée à 1,7% et le chômage à 6% témoignent de la résilience du marché du travail italien.
Quelles leçons en tirer pour la France ?
Ce redressement comporte des nuances essentielles. La croissance italienne reste anémique : 0,7% prévue en 2026, en dessous de la croissance européenne. Le PIB italien n’avait retrouvé ses niveaux d’avant 2008 que fin 2024. Surtout, ce redressement repose largement sur NextGenerationEU : sans ces 200 milliards, l’Italie n’aurait pas réduit son déficit et demeure dépendante du programme jusqu’à 2027. Mais l’Italie a compris une vérité fondamentale : sans une base industrielle solide et productive, aucune consolidation budgétaire n’est durable.
La France accumule les handicaps inverses : déficit à 5,4% du PIB (quasi le double de celui de l’Italie), paralysie gouvernementale, charge de la dette approchant 100 milliards d’euros annuels. La leçon est sans appel : la stabilité politique et la discipline budgétaire créent la confiance ; l’instabilité l’érodent irrévocablement. Rome l’a démontré. Paris ignore cette réalité élémentaire, au détriment de sa crédibilité souveraine.
William Thay, Président du think-tank gaulliste et indépendant Le Millénaire, chroniqueur économique.
Clément Perrin, Directeur des Études du Millénaire, spécialiste des questions économiques.
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Crédit photo : Die italienische Premierministerin Giorgia Meloni hat eine Journalistin verklagt, die sich über ihre Körpergröße lustig gemacht hat., de laPresse / EXPA / picturedesk.com, via Heute, sous licence CC0 4.0.

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