La crise des agriculteurs dure depuis deux ans et l’opération emblématique nommée « Blocage de Paris » du 25 janvier 2024. Or, malgré des mobilisations massives ou encore des blocages routiers, les agriculteurs n’ont rien obtenu de significatif. Seulement, sans profond changement de logiciel, les agriculteurs risquent tout simplement la disparition.
Un enchaînement de crises
En 2024, la colère agricole n’est pas un caprice corporatiste mais un cri de survie. Les agriculteurs étouffent sous des revenus indignes, des retards de subventions, des normes asphyxiantes et une concurrence déloyale. Tout un logiciel est à l’origine de leur colère : une écologie punitive hors-sol qui demande des efforts toujours aux mêmes ainsi qu’un libre-échangisme symbolisé par l’UE-Mercosur qui enrichit les classes aisées émergentes au détriment des classes populaires européennes.
Ainsi, les agriculteurs ne vivent plus de leur travail. Avec une moyenne 53 heures de travail hebdomadaire et des pics de travail pouvant atteindre les 70 heures par semaine, le revenu moyen net imposable des exploitants agricoles est de 1 390€ et la retraite moyenne avec complémentaire s’établit à 870€ selon la MSA. Pire, le revenu agricole s’est effondré de 18,6 % depuis 2024 alors qu’il s’agissait de leur principale revendication.
Seulement, la pire des crises est à venir. Pour la première fois depuis 50 ans, la France pourrait entrer en déficit commercial sur le plan agricole ! Ce secteur, jadis pilier de l’export français, décroche. La balance commerciale affiche 6,5 milliards en 2023, puis 4,9 milliards en 2024, et désormais un déficit de 353 millions sur les 9 premiers mois de 2025. Une agriculture française plus importatrice et moins compétitive à l’export signe la disparition des agriculteurs car elle accélérera la crise de production que notre pays subit. Nos décideurs publics ont réussi à brader les atouts du Général de Gaulle, au premier rang desquels figurait la souveraineté agricole.
Sans changement de logiciel, la poursuite de l’impuissance
Depuis 2024, l’État empile les annonces marquant son impuissance. 400 millions d’euros de subventions (90 millions auront surtout été versés aux agriculteurs bio), paiements PAC promis dès mars, « choc de simplification », droit à l’erreur, prix planchers, alignement de l’ANSES : tout devait changer. La loi Duplomb de 2025 a concédé des ajustements techniques — néonicotinoïdes temporaires, seuils relevés pour les élevages, méga-bassines reconnues d’intérêt général — sans s’attaquer au cœur du problème. Résultat emblématique de cette impuissance : malgré 700 000 doses vaccinales contre la dermatose nodulaire bovine en 2025, des troupeaux entiers ont été abattus.
La crise continuera car le Gouvernement n’a rien à offrir aux agriculteurs. Sur l’accord UE-Mercosur, Emmanuel Macron n’a obtenu qu’un report, mais l’accord entrera en vigueur le 12 janvier prochain conformément à la volonté de la majorité qualifiée des pays de l’UE (1). La renégociation de la PAC 2028-2032 qui commence à Bruxelles est difficile. Face à l’envolée de l’endettement européen post-crise sanitaire, les pays du Nord cherchent à en réduire le budget. Alors qu’il est déjà difficile d’assouplir les contraintes vertes (Green Deal) actuelles, comment la France pourrait-elle négocier deux fronts alors qu’elle est affaiblie sur les plans politiques et économiques ? (2) Enfin, la France ne peut pas compenser un retrait européen puisque la dette représente déjà 117,4% de la richesse nationale et le déficit public s’élève à 130,5 milliards d’euros pour 2025 !
Pour preuve, le budget 2026 frappe déjà l’agriculture avec une réduction de 18% des crédits pour la mission AAFAR ou encore l’AREA réduite de 80%. Mais ce ne sont pas d’ajustements dont ont besoin les agriculteurs, mais d’un profond changement de logiciel pour leur permettre de produire plus pour gagner plus.
William Thay, Président du think-tank gaulliste et indépendant Le Millénaire, chroniqueur économie.
Matthieu Hocque, Directeur général Millénaire, spécialiste des politiques publiques.
Pour soutenir nos analyses ou nous rejoindre pour rendre sa grandeur à la France
Crédit photo : Colère des agriculteurs français, novembre 2024, Bernat Pudens, via Wikimédia Commons, sous licence CC0 1.0.

Add a Comment