L’Europe de l’espace

Note du Millénaire Europe

L’espace est devenu une nouvelle frontière où s’activent entreprises privées, agences et militaires. La note analyse la place de l’Europe dans l’accès à l’espace, les biens spatiaux et l’exploration, avant de proposer une stratégie pour qu’elle ne se cantonne pas au rôle de supplétif des États-Unis.

FG
Florian Gérard-Mercier, Mathieu L., Armand LéonardiDirecteur adjoint des études ; Rédacteur du rapport ; Rédacteur du rapport
21 avril 2021
49 pages · lecture 7 min
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En bref

Le constat

L’espace est devenu un marché commercial dominé par des acteurs privés, où l’Europe dispose de technologies de pointe mais dépend encore des États-Unis et de la Russie pour le vol habité.

La cause

Baisse du coût des lancements, montée en puissance de SpaceX et de la Chine, et absence de vision stratégique globale en Europe.

La conséquence

L’Europe doit se doter d’une doctrine de défense spatiale, de ports et micro-lanceurs, d’une économie du nettoyage et d’un programme de vol habité.

Principaux constats
01Plus de 1 000objets envoyés en orbite en 2020, contre 100 à 150 par an de 1990 à 2012.
02300 à 425 Md$le poids économique du secteur spatial, dont moins de 100 milliards issus des budgets publics nationaux.
0355 %des satellites se trouvent en orbite basse.
0422 Md$le budget de la NASA, le plus gros du monde, devant les 11 milliards de la CNSA chinoise.
0557actifs militaires placés en orbite entre 2015 et 2019, en majorité chinois.

Avant-propos

L’espace est aujourd’hui réellement une “nouvelle frontière”, où s’activent entreprises privées, agences nationales ou internationales, militaires et civils. Le “New space” américain, composé d’entreprises comme Space X, Blue Origin, et de toute la galaxie de petites startups de l’espace, fait rentrer l’espace dans une nouvelle ère, celle de l’industrialisation de son accès, et de son exploitation.

Rapport sous la direction de Florian Gérard-Mercier, Directeur Adjoint des études du Millénaire
Rédaction par Mathieu L., Armand Léonardi, et Florian Gérard-Mercier

Pour nous aider à faire de l’Europe, un acteur majeur dans la conquête spatiale ou nous rejoindre pour rendre sa grandeur à la France

L’organisation actuelle du secteur spatial en Europe

Deux échelons et une industrie. Le secteur spatial européen s’articule autour des États membres, avec leurs agences comme le CNES ou la DLR, et de l’Agence spatiale européenne (ESA), à laquelle s’ajoute une industrie particulièrement dynamique en France, en Allemagne et en Italie. Le CNES est à l’origine des premiers développements du moteur Prometheus et du démonstrateur réutilisable Callisto.

L’ESA. Organisation internationale, elle coordonne le développement des lanceurs, l’exploration humaine et robotique, la formation des astronautes à Cologne et, avec le programme FLPP, la maturation de démonstrateurs qui soutient des micro-lanceurs comme ceux de PLD Space ou d’Orbex.

L’industrie et les ports spatiaux. Airbus et Safran ont créé ArianeGroup en 2012 pour intégrer Ariane 5 et 6, et Avio développe Vega. Kourou reste la seule plateforme de lancement sur le sol d’un État européen, mais des projets naissent aux Canaries, à Tarente-Grottaglie, aux Açores et en mer du Nord. La note parie que peu d’entre eux verront le jour.

Les biens spatiaux et l’espace lointain. 55 % des satellites se trouvent en orbite basse et 35 % en orbite géostationnaire. Face aux menaces sur les satellites, la France a rebaptisé son armée de l’Air en y ajoutant l’espace en juillet 2020. Au-delà des orbites terrestres, l’ESA a réussi la mission Rosetta et construira presque la moitié des modules de la station Gateway, tandis que le Luxembourg a lancé SpaceResources.lu dès 2016.

Plus de 1 000

objets envoyés en orbite en 2020, malgré la pandémie, contre 100 à 150 par an de 1990 à 2012.

Note, p. 3, Figure 1

Le secteur spatial hors de l’Union européenne

Un accès à l’espace bousculé. SpaceX, Blue Origin et Firefly multiplient les lanceurs, du heavy au super-heavy, et les rideshares. Selon la note, ces projets mettent à mal Ariane et Vega, dont l’avantage de fiabilité s’érode. Le micro-lanceur, avec Rocket Lab pour référence, ouvre de nouvelles opportunités, et le Crew Dragon de SpaceX a rendu aux États-Unis une capacité autonome de vol habité.

Les agences. La NASA dispose du plus gros budget mondial avec 22 milliards de dollars, devant la CNSA chinoise avec 11 milliards. L’ESA vient en troisième avec un peu plus de 6 milliards d’euros, puis Roscosmos avec 2,8 milliards de dollars. Entre 2015 et 2019, 57 actifs militaires ont été placés en orbite, en majorité chinois.

Des ambitions en Asie et au Moyen-Orient. La Chine prévoit une station permanente d’ici 2022 et vise l’exploitation de l’espace Terre-Lune. L’Inde, première puissance asiatique en orbite martienne, et les Émirats arabes unis complètent le tableau. Côté américain, le rover Perseverance embarque MOXIE, qui produit de l’oxygène à partir du dioxyde de carbone martien.

Il est essentiel d’entreprendre une politique qui permettra de maintenir l’Europe à flots pour les décennies à venir.

Une Europe de l’espace à la hauteur des enjeux

L’accès à l’espace. L’Europe reste dépendante de ses partenaires américains ou russes pour le vol habité et souffre de l’absence de micro-lanceurs flexibles, ce qui fragilise ses programmes de défense. La note demande une souveraineté d’accès, tant pour le vol habité que pour le commercial.

Les biens spatiaux. Elle plaide pour une constellation européenne de télécommunications civiles, un « Euronet », pour ne pas dépendre de SpaceX. Sur le plan militaire, l’exercice AsterX, mené du 8 au 12 mars 2021, a simulé l’attaque d’un satellite français.

Le syndrome de Kessler. Une collision pourrait déclencher une réaction en chaîne de débris et fermer l’accès à l’espace pour plusieurs générations. L’Europe, puissance relativement neutre, est à la pointe du Space Traffic Management et peut créer une économie du nettoyage des débris.

Au-delà des orbites. Le plan de l’ESA est jugé cohérent, mais la note l’invite à rehausser son ambition en visant explicitement la colonisation de Mars, avec des moyens budgétaires et politiques à la hauteur.

Explorer les données

L’espace en chiffres

Objets envoyés en orbite par an

1990 à 2012100 à 150Ces dernières annéesenviron 5002020plus de 1 000
Lecture

De 100 à 150 objets par an entre 1990 et 2012, à environ 500 ces dernières années, puis plus de 1 000 en 2020.

Note, p. 3, 10 et 22 : Agence spatiale européenne et sources citées dans la note

Les propositions

A. Une doctrine militaire européenne pour l’armée de l’espace. Engager dès maintenant un travail doctrinal, y compris sur les capacités offensives, conduit par les commissions du Parlement européen, les armées nationales et la Commission avec les agences européennes. Il déboucherait sur une directive fixant les objectifs des États membres, adoptée à l’unanimité par le Conseil européen, avec une planification de plus de vingt ans.

B. Unifier le commandement de la défense spatiale européenne. Ajouter une compétence exclusive de défense spatiale à l’Agence européenne de défense, chargée de la sécurité des constellations privées et étatiques et de l’intégrité informatique et physique des actifs européens en orbite. Le renseignement resterait une prérogative nationale.

C. Consolider les efforts d’accès à l’espace. Construire des ports spatiaux européens, notamment dans le nord de l’Europe, sous la tutelle opérationnelle de l’EUSPA avec une cotutelle de l’Agence européenne de défense et de l’ESA. Encadrer les micro-lanceurs sur le modèle du FLPP, sous la tutelle de la Commission, avec des subventions par commandes de lancements.

D. Consolider les atouts commerciaux et ouvrir deux nouveaux volets. Favoriser un super fournisseur d’accès européen issu d’un consortium comme SES, créer une économie du nettoyage spatial sur le modèle du contrat de l’ESA avec ClearSpace, et développer l’exploitation in situ des ressources spatiales, par exemple par des concessions minières donnant lieu à redevances.

E. Rationaliser le cadre institutionnel. Confier à l’EUSPA tous les programmes commerciaux, faire rejoindre l’ESA par l’Union européenne, et limiter la politique spatiale à trois agences : deux agences de l’UE, l’une civile commerciale, l’autre militaire, et l’ESA pour la recherche et l’exploration.

F. Mettre en place un programme spatial européen de vol habité. Réduire la dépendance envers les États-Unis et la Russie en développant des capacités propres, l’Europe disposant déjà de l’essentiel du savoir-faire, de l’adaptation d’Ariane à la contribution au module de service d’Orion et au centre d’entraînement de Cologne.

Conclusion

La note conclut que l’Europe réalisera son plein potentiel dans l’espace en se dotant d’une défense spatiale de pointe, en devenant pionnière d’une économie du nettoyage spatial et de l’exploitation in situ des ressources, et en développant un programme de vol habité ambitieux.

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Le rapport complet

L’Europe de l’espace

49 pages.

Citer cette note

Gérard-Mercier F., L. M., Léonardi A., « L’Europe de l’espace », Note du Millénaire, 21 avril 2021, lemillenaire.org.

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L’auteur

Florian Gérard-Mercier et Mathieu L. et Armand Léonardi

Directeur adjoint des études ; Rédacteur du rapport ; Rédacteur du rapport.

Florian Gérard-Mercier   Armand Léonardi
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