Pour un festival international de la chanson francophone à Cannes

Note du Millénaire Culture

Festival international de chanson francophone couronnant une sélection à l’Eurovision

La chanson francophone n’a plus de grande carrière internationale depuis Stromae, et la France n’a plus gagné l’Eurovision depuis 1977. La note propose de créer un Festival international de la chanson francophone à Cannes, sur le modèle du cinéma, dont la Palme d’or de la meilleure chanson représenterait la France à l’Eurovision, à l’issue d’une sélection dans toutes les régions et les outremers.

FG
Florian Gérard-MercierDirecteur adjoint des études du Millénaire
16 mai 2026
21 pages · lecture 10 min
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En bref

Le constat

Depuis la victoire de Marie Myriam en 1977, aucun représentant français n’a remporté l’Eurovision, et la France se situe dans la médiane des pays participants.

La cause

Une sélection à huis clos au sein de France Télévisions, sans engagement du public, alors que la Suède et l’Italie en font un événement national.

La conséquence

Un soft power musical sous-exploité : la note propose un Festival de la chanson francophone à Cannes, sélection nationale pour l’Eurovision.

Principaux constats
011977dernière victoire française à l’Eurovision (Marie Myriam) : la France est depuis dans la médiane des pays participants.
0225 %de top 5 pour la France depuis 1977, contre plus de la moitié pour l’Italie et la Suède, et 30 % de places dans les 25 % derniers.
03100 M€de retombées estimées pour la ville hôte sur la semaine du concours, pour un coût d’organisation de l’ordre de 30 M€.
04160 Mde personnes dans l’audience du concours (161 à 166 millions sur les 4 dernières années).
0547,7 %de part d’audience européenne en 2025, et 60,4 % chez les 15-24 ans.
06400 Mde locuteurs du français à mobiliser autour d’un événement annuel, sur le modèle du Festival de Cannes.

Avant-propos

L’étoile de la chanson francophone a pâli. Pour redonner un rayonnement culturel mondial à la chanson francophone, et replacer la France comme exportatrice culturelle majeure sur le marché de la musique, nous devrions suivre le modèle gaulliste mis en place pour le cinéma avec le Festival de Cannes. En faisant de ce Festival la sélection nationale du représentant de la France au concours de l’Eurovision, c’est-à-dire que la Palme d’or de la meilleure chanson irait représenter la France au concours, nous donnerions enfin à notre pays les armes pour gagner, et retrouverions le soft power qui a pu être celui de la chanson française par le passé.

Pendant de longues décennies après-guerre, la chanson française et francophone a connu des heures de gloire, avec de grands artistes reconnus mondialement, repris dans de nombreuses autres langues, comme Edith Piaf, Charles Aznavour, Jacques Brel ou Yves Montand (au pic de leurs carrières internationales sur les années 45-70), puis Serge Gainsbourg, Mylène Farmer et Céline Dion dans les années 70-90. Depuis, à part Stromae et dans une certaine mesure Aya Nakamura, plus aucun artiste francophone n’a connu de grande carrière internationale.

Cela a un impact direct sur le soft power de la France et du français, ainsi que sur l’industrie musicale française. Alors que des acteurs français contemporains comme Marion Cotillard, Omar Sy ou Jean Dujardin ont réussi à construire une reconnaissance et une carrière mondiale, il n’en est plus de même pour les chanteurs français.

Cet état de fait est illustré le plus directement par les performances erratiques et en moyenne médiocres de la France à l’Eurovision, dont la finale 2026 aura lieu le 16 mai à Vienne. Cette note vise à analyser les ressorts de cet échec, et à proposer un effort concerté entre pouvoirs publics, artistes et industrie musicale pour créer un « Festival international de la chanson francophone » dont la finale aurait lieu chaque année à Cannes. Cette finale servant de point culminant à un processus de sélection nationale (avec des demies finales dans toutes les régions dans les mois précédents) pour choisir le représentant de la France à l’Eurovision. Ce Festival aurait pour objectif à 3 à 5 ans de devenir un événement télévisuel et un rendez-vous culturel incontournable de la chanson au niveau mondial, mettant à l’honneur la chanson francophone dans toute sa diversité. Cela aurait des répercussions positives majeures pour le soft power de la France, pour la redynamisation de la Francophonie autour d’un évènement fédérateur, et pour la santé de l’industrie de création musicale française et francophone.

L’étoile de la chanson francophone a pâli

Un bilan français à l’Eurovision structurellement médiocre. Depuis la victoire de Marie Myriam en 1977, aucun représentant français n’a remporté le concours. La France se situe structurellement dans la médiane des pays participants, une performance médiocre pour un pays aussi peuplé et membre du « Big Five ». Cette performance n’est pas due à un désamour des autres pays : la France gagne très régulièrement l’Eurovision Junior, et alterne entre des performances excellentes (top 5) et catastrophiques (dernières places). Sur les 20 dernières années, elle est très souvent dans le dernier quartile, avec des exceptions portées par des artistes de premier plan : Patricia Kaas en 2009, Amir en 2016, Barbara Pravi en 2021 (2ème), Slimane et Louane en 2024 et 2025.

Un outil de soft power sous-exploité. Les retombées économiques pour la ville hôte sont estimées à environ 100 M€ sur la semaine du concours, pour un coût d’organisation de l’ordre de 30 M€. L’intérêt principal réside dans le soft power : le pays est présenté devant une audience de 160 millions de personnes (161 à 166 millions sur les 4 dernières années). Les parts d’audience européennes ont atteint des plus hauts sur 20 ans avec 46,7 % en 2024 puis 47,7 % en 2025, et 60,4 % chez les 15-24 ans en 2025. En France, France 2 a réuni 36,8 % de part d’audience en 2024 et 40 % en 2025, pour environ 5,3 millions de Français.

Une francophonie musicale à haut potentiel, mais sans vitrine ni événement fédérateur

La francophonie et ses 400 millions de locuteurs sont bien représentées au prix Nobel de littérature et ont le prix Goncourt, et le cinéma français et francophone est bien représenté au Festival de Cannes. Il manque un prix spécifique à la chanson, le troisième des arts où la langue joue un rôle majeur. Les États-Unis ont les Grammy Awards, mais restreints aux seuls USA, l’Europe a l’Eurovision, où la francophonie est très peu représentée, et les Victoires de la Musique sont limitées à la France.

Six enjeux spécifiques sont identifiés. 1) Enjeu culturel : restaurer le prestige de la chanson française comme genre musical d’exportation. 2) Enjeu de cohésion nationale : faire de la sélection un rendez-vous fédérateur associant toutes les régions et les outremers, à l’image du Melodifestivalen suédois ou du Melodi Grand Prix norvégien. 3) Enjeu diplomatique : mobiliser les 90 États membres de l’Organisation internationale de la Francophonie autour d’un événement à fort rayonnement télévisuel. 4) Enjeu industriel : créer un tremplin pour les industries musicales francophones (Québec, Afrique de l’Ouest, Maghreb, Belgique, Suisse). 5) Enjeu institutionnel : repositionner France Télévisions et TV5 Monde dans un rôle de leadership culturel actif. 6) Enjeu linguistique : exiger que la chanson représentant la France soit interprétée en français au minimum aux deux tiers, le reste pouvant être en langue régionale ou locale mais pas en anglais.

Le Festival de Cannes pour le cinéma représente l’exemple parfait de réussite qu’il faut reproduire pour la chanson.

Quel modèle de sélection nationale pour la France ?

Le Melodifestivalen suédois : la sélection comme événement national. Diffusé sur 6 semaines de janvier à mars, avec des demi-finales dans différentes villes, il mobilise plusieurs millions de téléspectateurs par soirée dans un pays de 10 millions d’habitants. Les meilleurs artistes suédois y participent quasiment chaque année, et la Suède est le pays le plus primé de l’ère moderne de l’Eurovision.

San Remo : une institution. Créé en 1951, le plus ancien concours de chanson du monde est devenu en 2013 le mécanisme de sélection italien à l’Eurovision. Il s’étale sur 5 soirées, pour plus de 20 heures d’émissions. Les audiences sont massives, avec entre 10 et 14 millions d’Italiens devant la finale, pour des parts d’audience entre 55 % et 74 % sur les 5 dernières années, et 67,1 % de moyenne en 2025.

Le contre-exemple français. Les candidats italiens et suédois ont fini dans le top 5 plus de la moitié du temps depuis 1977, et seulement 6 à 7 % du temps dans les 25 % derniers. La France, elle, n’a fini dans le top 5 que 25 % du temps, et 30 % du temps dans les 25 % derniers. En 2021 et 2022, France Télévisions avait organisé une sélection nationale sur le même modèle, mais sans budget ni volonté politique, sans attirer les meilleurs artistes : 2ème place en 2021, avant-dernière en 2022. Trois enseignements : il n’y a pas de fatalité aux performances médiocres, la France fait de bons scores quand elle envoie des artistes de premier plan, et les décisions à huis clos ne peuvent se substituer à une sélection ouverte avec vote du public.

1977

dernière victoire française à l’Eurovision, avec Marie Myriam : depuis, la France se situe structurellement dans la médiane des pays participants.

Note, p. 5
Explorer les données

Eurovision, San Remo et Cannes en chiffres

Parts d’audience (en %)

San Remo, moyenne des 5 soirées 202567,1 %Eurovision 15-24 ans (Europe), 202560,4 %Eurovision (Europe), 202547,7 %Eurovision sur France 2, 202540 %
Lecture

Les parts d’audience de l’Eurovision atteignent des plus hauts sur 20 ans, à 47,7 % en Europe en 2025.

Note, p. 6, 10 et 18

Pour un festival international de la chanson francophone à Cannes, couronnant une sélection nationale pour l’Eurovision en régions et outremers

Un Festival de Cannes de la chanson francophone. Le Festival de Cannes est né en 1939. Depuis 1955, la Palme d’or et l’ouverture du jury à des personnalités étrangères lui donnent de l’envergure, et André Malraux, à partir de 1959, officialise le Marché du film, aujourd’hui première plateforme mondiale de commerce international du film (plus de 15 000 professionnels de 140 pays, entre 600 millions et 1 milliard de dollars de transactions par an). Côté musique, le MIDEM se tient depuis 1967 à Cannes, dans le même Palais des Festivals, fin janvier-début février, mais sans festival de prestige adossé.

L’articulation proposée : un Festival de Cannes de la chanson francophone décernant une Palme d’or de la meilleure chanson. L’artiste lauréat serait invité à représenter la France à l’Eurovision. La sélection se ferait sur la base d’un jury internationalement reconnu et du vote du public, avec des nominés issus de sélections régionales à travers la France et les outremers, ainsi que dans les pays de la Francophonie. Le Festival aurait lieu en même temps que le MIDEM.

Proposition de calendrier. Octobre et novembre : les présélections territoriales. 15 soirées, dont 12 en France métropolitaine (une par région) et 3 dans les outremers, chacune accueillie par une collectivité partenaire ; chaque soirée produit 2 à 3 finalistes. Fin janvier : les demi-finales francophones à Cannes. Deux soirées au Palais des Festivals réunissant les artistes des pays membres de l’OIF, qui déterminent les 10 à 20 représentants francophones internationaux qualifiés pour la Grande Finale, diffusées par TV5 Monde. Début février : le Festival à Cannes. Deux demi-finales mélangées, suivies d’une grande finale le samedi à l’issue de laquelle est remise la Palme d’or. Le jury serait mixte : professionnels de l’industrie francophone (50 %) et télévote combiné France et pays de l’OIF (50 %). Le vainqueur, quel que soit son pays d’origine, représente la France à l’Eurovision. Mai : l’Eurovision. Optionnellement, l’été : l’Académie de la chanson francophone à La Rochelle, à partir du Chantier des Francofolies.

Gouvernance et financement. La forme juridique calquerait celle du Festival du cinéma, avec un statut associatif indépendant, l’État (ministère, CNC), les collectivités locales et des indépendants au conseil d’administration, avec en plus l’OIF et l’industrie. Des subventions publiques seraient nécessaires initialement, l’objectif étant que le Festival dégage des bénéfices dans les trois à cinq ans : San Remo dégagerait chaque année plusieurs dizaines de millions d’euros de bénéfices pour la Rai. Un budget d’une vingtaine à une trentaine de millions d’euros serait alloué initialement, des études d’impact devant préciser les chiffrages.

Conclusion

La France dépense chaque année des dizaines, voire des centaines de millions d’euros pour son influence culturelle à l’international, et laisse son principal vecteur de soft power musical européen, l’Eurovision, à une délégation opaque, sans sélection ni engagement du public. La Suède et l’Italie ont fait de leur sélection un événement national hivernal. La note propose non de les copier, mais d’adapter ce modèle à l’histoire française : une sélection nationale populaire vectrice de cohésion dans les régions et les outremers, et un Festival d’envergure mondiale incluant la Francophonie, pour que la chanson francophone rayonne à nouveau dans le monde entier.

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Le rapport complet

Pour un festival international de la chanson francophone à Cannes

21 pages.

Citer cette note

Gérard-Mercier F., « Pour un festival international de la chanson francophone à Cannes », Note du Millénaire, 16 mai 2026, lemillenaire.org.

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L’auteur

Florian Gérard-Mercier

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Crédit photo : Ned trappene til den verdensberømte røde løperen i Cannes, de Av  Christophe Bouillon og FDC, via Store Norske Leksikon, sous licence PDM 1.0. 

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