Avant même son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a transformé les États-Unis et fait basculer le monde dans une ère nouvelle. La note soutient que le cycle néolibéral ouvert par Reagan et Thatcher a pris fin pour laisser place à une seconde révolution conservatrice, marquée par le retour de l’État stratège et protecteur.
Le constat
Donald Trump revient à la Maison Blanche avec un mouvement MAGA qui domine le Parti républicain.
La cause
La fin du cycle néolibéral, la montée de la Chine, les déceptions Obama et Biden et le déclassement de l’Amérique profonde.
La conséquence
Une seconde révolution conservatrice qui oblige la France et l’Europe à plus d’autonomie en matière de commerce, de défense, d’énergie et de numérique.
Avant-propos
« Il s’agit d’un mouvement comme personne n’en a jamais vu auparavant et, franchement, c’était, je crois, le plus grand mouvement politique de tous les temps. Il n’y a jamais rien eu de tel dans ce pays, et peut-être même dans le monde entier, et maintenant il va atteindre un nouveau niveau d’importance parce que nous allons aider notre pays à guérir. Notre pays a besoin d’aide, et il en a grandement besoin. Nous allons réparer nos frontières, nous allons réparer tout ce qui concerne notre pays et nous sommes entrés dans l’histoire pour une raison ce soir, et cette raison sera justement celle-là1 ». (Donald Trump)
Ces mots ont été prononcés par le président américain nouvellement élu Donald Trump dans la soirée de sa victoire à l’élection présidentielle de 2024. Suite a à une campagne historique, où il a notamment échappé a plusieurs tentatives d’assassinat, il a été déclaré vainqueur face à la vice-présidente et candidate démocrate Kamala Harris.
Le premier mandat du milliardaire de l’immobilier (20 janvier 2017 – 20 janvier 2021) fut marqué par la doctrine America first, des politiques commerciales protectionnistes, notamment avec le retrait des États-Unis de l’Accord de partenariat transpacifique (TPP), les restrictions liées à l’immigration, avec le muslim ban ou le retrait des accords et organisations multilatérales avec l’exemple de la sortie de l’accord de Paris sur le Climat.
Lors de sa dernière campagne Donald Trump a affirmé, à travers l’Agenda 47, les meetings mais également les entretiens médiatiques, vouloir Make America Great Again et de renverser le déclin de la nation pour faire rentrer les Etats-Unis d’Amérique dans un nouvel âge d’or. Pour mener à bien ce projet, Donald Trump ambitionne de mener une politique de réindustrialisation des industries stratégiques, d’utiliser les droits de douanes réciproques comme une arme économique mais aussi diplomatique. Allant jusqu’à affirmer lors d’une conférence de presse à Mar-a-Lago en décembre 2024, que « tariffs will make America rich and it is the most beautiful word in the dictionnary »2. Son projet politique entend également pacifier le monde en négociant une paix en Europe et en poussant à la fin des hostilités au Moyen-Orient. Puis, le mouvement MAGA souhaite réarmer moralement la société américaine en menant une lutte implacable contre l’idéologie Woke.
Ainsi, dans ce rapport nous allons tenter de répondre aux problématiques suivantes :
- Pouvons-nous affirmer que Donald Trump incarne une seconde révolution conservatrice ?
- Comment expliquer le succès de Trump ?
- Quel est son projet pour l’Amérique ?
- Quelles conséquences pour l’Europe et le monde ?
Dans une première partie nous analyserons en quoi le phénomène Trump est une révolution. Puis, dans une seconde partie nous verrons en quoi Trump incarne une seconde révolution conservatrice. Dans une troisième partie nous reviendrons sur la vision du monde de Donald Trump.
De quoi Trump est-il le nom ?
La fin du cycle néolibéral. Inauguré par Ronald Reagan et Margaret Thatcher, le cycle néolibéral a multiplié par quatre le PIB mondial entre 1980 et 2020, pour une population multipliée par deux, mais a déraciné les classes moyennes occidentales, grandes perdantes de la mondialisation selon la courbe de l’éléphant de Branko Milanovic. La crise de 2008 puis celle du Covid ont révélé ses limites.
Une nouvelle donne géopolitique. Le retour des empires (Chine, Russie, Turquie, Inde, Iran, Brésil) et la bipolarisation du monde autour de l’axe sino-américain préparent un affrontement que Graham Allison décrit comme le « piège de Thucydide ».
Les déceptions Obama et Biden. La note souligne qu’après la crise de 2008, la reprise a recréé 2,6 millions d’emplois qualifiés et 3,8 millions d’emplois précaires, quand 3,6 millions d’emplois à haut revenu avaient été détruits. Joe Biden, retiré de la course le 21 juillet 2024, laissait un bilan jugé sévèrement : un peu plus de 20 % des Américains estimaient que le pays allait dans la bonne direction.
Le cri de l’Amérique profonde. Entre 1970 et 2010, les États-Unis ont perdu huit millions d’emplois manufacturiers, surtout dans la Rust Belt. Détroit est passée de 1,8 million d’habitants à 700 000. Donald Trump a converti cette Amérique déclassée, rejeté le politiquement correct et imposé un style de communication direct.
d’emplois manufacturiers perdus par les États-Unis entre 1970 et 2010, surtout dans la Rust Belt.
Trump mène une seconde révolution conservatrice
Pour la note, le premier mandat de Donald Trump a acté la fin du cycle néolibéral ouvert dans les années 1980 et le retour de l’État stratège et protecteur. Cette ligne se caractérise par le protectionnisme, l’arrêt de l’immigration, la baisse des impôts pour les classes moyennes et populaires et la fin de l’interventionnisme systématique.
Elle se traduit par deux axes : la stimulation de l’économie par l’offre, avec le Tax Cuts and Jobs Act de 2017 qui a ramené l’impôt sur les sociétés de 35 % à 21 %, et un protectionnisme assumé. À l’horizon 2028, Donald Trump aura été un acteur politique central pendant 12 ans, comme Franklin Roosevelt.
Le succès et l’évolution de Trump
Huit facteurs de la victoire de 2016. La déception Obama, le cri de l’Amérique profonde, le refus du politiquement correct, le statut d’outsider, un style de communication novateur, l’opposition aux médias traditionnels, la dénonciation de la menace chinoise et la question migratoire. En 2024, 36 % des Américains déclarent n’avoir aucune confiance dans les médias de masse, contre moins de 10 % en 1972.
Un bilan et un échec. Le chômage est descendu à 3,5 % avant le Covid, mais la gestion de la pandémie a coûté sa réélection à Donald Trump en 2020.
Le Trump de 2024. Le mouvement MAGA domine désormais le Parti républicain, la campagne a été mieux encadrée, et Donald Trump a progressé chez les minorités : de 32 % à 46 % chez les électeurs hispaniques selon CNN, de 34 % à 39 % chez les électeurs d’origine asiatique, et de 12 % à 13 % chez les électeurs afro-américains.
Ne nous y trompons pas, Trump a déjà gagné son combat.
Le monde selon Trump
Sur le plan intérieur. Déréglementation de l’énergie, soutien aux énergies fossiles, prolongation des baisses d’impôts de 2017, taux réduit de 15 % pour les entreprises qui produisent aux États-Unis, droits de douane de 10 à 20 % sur toutes les importations et de 60 % sur les produits chinois, politique migratoire ferme et remise en cause du droit du sol.
Sur le plan extérieur. Une politique « America First » qui n’est pas isolationniste mais réaliste, fondée sur « la paix par la force ». Les déclarations sur le Canada, le Groenland et le canal de Panama s’inscrivent selon la note dans une doctrine Monroe élargie et dans le réalisme offensif de John Mearsheimer, avec la Chine pour adversaire principal.
Quelles conséquences pour la France et l’Europe ?
La note identifie quatre conséquences : des droits de douane qui toucheraient notamment les vins et spiritueux, dont les États-Unis absorbent 27,1 % des exportations françaises ; des relations diplomatiques bousculées, en particulier sur l’Ukraine et la régulation du numérique ; une pression sur l’OTAN, avec une contribution portée jusqu’à 5 % du PIB ; et des effets sur l’énergie, entre gaz naturel liquéfié américain moins cher et ralentissement possible de la transition.
Pour la note, la France et l’Europe devront adopter des stratégies plus autonomes dans le commerce, la défense, l’énergie et le numérique.
Le retour de Trump en chiffres
Vote pour Donald Trump par groupe (en %)
Le vote hispanique pour Donald Trump passe de 32 % à 46 % entre 2020 et 2024.
Américains sans aucune confiance dans les médias de masse (en %)
Environ 36 % des Américains n’ont aucune confiance dans les médias en 2024, contre moins de 10 % en 1972.
Emplois détruits et recréés autour de la crise de 2008 (en millions)
La reprise a recréé 3,8 millions d’emplois précaires pour 2,6 millions d’emplois qualifiés.
Population de Détroit (en millions d’habitants)
Détroit est passée de 1,8 million d’habitants à 700 000.
Taux de l’impôt sur les sociétés aux États-Unis (en %)
La réforme de 2017 a ramené l’impôt sur les sociétés de 35 % à 21 %.
Conclusion
Le trumpisme n’est pas une parenthèse : il est le symptôme du déclin américain et du passage à un ordre multipolaire. Son avenir dépendra de sa capacité à préparer l’après-Trump. Comme Ronald Reagan en son temps, Donald Trump veut rendre sa grandeur à une Amérique jugée déclassée.
Feuilleter la note
Sean Scull et William Thay
Analyste au Millénaire ; Président du Millénaire.
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