Comment reconstruire Mayotte ?
Après le cyclone Chido, Mayotte cumule une pression migratoire sans précédent, une insécurité élevée et des services publics débordés. La note estime que l’île concentre tous les problèmes de la France dans une version XXL et propose une loi d’exception pour la reconstruire et résoudre la crise migratoire.
Le constat
Mayotte, 101e département, affiche 77 % de pauvreté et a été dévastée par le cyclone Chido en décembre 2024.
La cause
Une départementalisation mal préparée, une pression migratoire forte et des services publics sous-dimensionnés.
La conséquence
Une loi d’exception pour reconstruire l’île et des leviers de pression sur les Comores pour maîtriser l’immigration.
Avant-propos
Un mois après le cyclone dévastateur, Chido qui a ravagé Mayotte en décembre 2024, l’archipel a de nouveau été frappé le week-end du 11 janvier 2025 par de fortes pluies ce qui a conduit les services de Météo France à placer l’archipel en vigilance Rouge.
Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau accompagné du nouveau Ministre d’État des Outre-mer, Manuel Valls, s’était déjà rendu sur place pour rappeler formellement qu’il fallait lutter contre l’immigration illégale sur l’Ile qui est la première maternité d’Europe. En effet, l’île qui est la première maternité de France, doit faire face à une crise migratoire sans précédent, qui alerte la classe politique française qui estime que ce qui se passe sur cette île, présente les signes de ce qui arrivera sur le territoire hexagonal dans les prochaines années.
Cette crise migratoire est couplée à une situation économique catastrophique et les infrastructures publiques, notamment l’adduction d’eau sont dans un état de vétusté tel, que l’ancienne Première Ministre, Élisabeth Borne avait, durant le dernier trimestre de l’année 2023, avec Gérald Darmanin interdit à la population d’utiliser l’eau du robinet. Cette interdiction était compensée par l’arrivée de convois d’eau en bouteille en provenance de l’ile de la Réunion voisine.
Afin de comprendre la situation à Mayotte, il serait intéressant de s’intéresser à ce 101ème département français et de son intégration dans la République française depuis la décolonisation. La situation de l’ile de Mayotte résulte de plusieurs facteurs qui sont historiques, religieux, économiques et également juridiques.
L’île de Mayotte appartient géographiquement à l’archipel des Comores et que le destin de ces deux territoires est étroitement lié. De ce fait, Mayotte dispose de spécificités. D’une part, la population mahoraise est de confession musulmane ce qui tranche avec la population sur le territoire hexagonale qui est plutôt catholique, même si aujourd’hui la confession musulmane est la deuxième en termes de population en France. D’autre part, la religion musulmane ne fait pas de distinction entre le temporel et le spirituel ce qui peut amener à certaines problématiques qu’on retrouve sur le territoire mahorais notamment avec l’absence d’état civil.La départementalisation de Mayotte n’était pas nécessairement la panacée pour résoudre les crises structurelles. Trop souvent, nous apportons en France des réponses juridiques et de forme plutôt que des réponses de fond. L’État sous-investit structurellement à Mayotte mais surtout n’a pas créé de cadre incitatif au développement d’une autonomie productive de l’île. De ce fait, Mayotte concentre tous les problèmes de la France mais en version XXL.
La départementalisation pour incarner la promesse de la France
Une histoire singulière. Mayotte est cédée à la France par son dernier sultan, Andriantsoly, le 25 avril 1841, et l’esclavage y est aboli le 27 avril 1846. Lors de la consultation du 22 décembre 1974, seule Mayotte vote à plus de 60 % pour son maintien dans la République, tandis que les Comores proclament unilatéralement leur indépendance le 6 juillet 1975.
Un statut qui évolue. Collectivité territoriale à statut particulier en 1976, collectivité départementale en 2001, Mayotte devient le 101e département français le 31 mars 2011, après un référendum local en 2009. C’est un département à compétences régionales et une région ultrapériphérique de l’Union européenne, hors espace Schengen. Depuis le 24 août 2023, Mamoudzou en est officiellement le chef-lieu.
Une évolution du droit et non du réel. Selon la Cour des comptes, la départementalisation a été mal préparée et mal pilotée. En 2022, le ratio de fonctionnaires rapporté à la population était de 4,2 %, contre 8 % au niveau national, et l’effort budgétaire de l’État, passé de 680 millions d’euros en 2010 à 889 millions en 2014, n’a pas comblé le retard.
de taux de pauvreté à Mayotte en 2022, contre 14 % au niveau national.
Mayotte, l’avant-garde des problèmes français
Une pression migratoire. Selon l’Insee, un habitant sur deux est d’origine étrangère, et la note estime qu’entre 40 et 50 % de la population est en situation irrégulière. L’indice de fécondité atteint 4,7 enfants par femme, contre 1,6 en moyenne française, et l’âge moyen est de 23 ans contre 41. En 2023, le Centre hospitalier de Mayotte a enregistré environ 10 000 naissances.
Une insécurité élevée. En 2023, Mayotte a enregistré 11 371 crimes et délits, soit 44,3 pour mille habitants. La maison d’arrêt de Majicavo hébergeait jusqu’à 678 détenus en janvier 2024 pour 278 places, soit un taux d’occupation de 245 %. L’opération Wuambushu d’avril 2023 a, selon la note, déplacé le problème plus qu’elle ne l’a réglé.
Des services publics débordés. Le PIB par habitant est dix fois inférieur à celui du reste du pays et le chômage atteint 34 %. On compte 77 médecins pour 100 000 habitants contre 338 en moyenne, 40 % des élèves du primaire sont scolarisés dans des bâtiments préfabriqués, et seuls 25 % des foyers sont raccordés à l’assainissement.
Le cyclone Chido. Le plus violent depuis près d’un siècle, il a fait au moins 39 morts, plus de 4 000 blessés et jusqu’à 100 000 sans-abri, et touché environ 90 % des structures de l’île. Une loi spéciale prévoit un établissement public de reconstruction.
Mayotte n’a pas besoin de juristes, Mayotte a besoin d’un cadre de redressement global tant économique, migratoire qu’éducatif.
Reconstruire Mayotte pour préparer celle de la France
Reconstruire le bâti en transformant l’île. La note propose une loi d’exception inspirée de deux modèles. Celui de Notre-Dame de Paris : un établissement public doté de compétences élargies pour coordonner les acteurs, simplifier les marchés et mobiliser des dons privés, avec pour priorités les routes, écoles et hôpitaux, la sécurisation des zones à risques et des logements provisoires. Celui de la loi Vivien de 1970 : un inventaire des bidonvilles, des programmes de logements adaptés au climat tropical et un accompagnement social des familles relogées, sous le contrôle d’une commission de suivi indépendante.
Résoudre la crise migratoire. La note appelle à utiliser les moyens de pression sur les Comores, après la suspension en 2020 de l’accord de coopération migratoire de 2019 assorti de 150 millions d’euros d’aide : suspension des visas, de l’aide publique au développement, voire blocage des transferts de fonds. Elle propose d’envisager un blocus naval au large des Comores et de durcir le droit du sol, en portant à trois ans la durée de résidence régulière exigée des parents.
Mayotte en chiffres
Taux de pauvreté en 2022 (en %)
Le taux de pauvreté atteint 77 % à Mayotte, contre 14 % au niveau national.
Médecins pour 100 000 habitants en 2022
Mayotte compte 77 médecins pour 100 000 habitants, contre 338 en moyenne.
Enfants par femme en 2022
Les femmes ont en moyenne 4,7 enfants à Mayotte, contre 1,6 en France.
Foyers raccordés à l’assainissement en 2022 (en %)
Seuls 25 % des foyers mahorais sont raccordés à l’assainissement, contre 95 % en France.
Maison d’arrêt de Majicavo en janvier 2024
La maison d’arrêt comptait jusqu’à 678 détenus pour 278 places.
Conclusion
Pour la note, Mayotte concentre les problèmes de la France dans une version XXL. Alors que le centre de gravité du monde s’est déplacé vers l’Indopacifique, l’abandonner serait un suicide géostratégique et moral. Il faut en faire non plus le dernier des départements, mais un exemple de ce qu’il faudrait faire pour réparer la France.
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Jonathan Bevis et Matthieu Hocque
Analyste au Millénaire ; Directeur adjoint des Études du Millénaire.
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