Faut-il divorcer avec les Etats-Unis ?

« L’ancien secrétaire d’État américain vient de révéler un échange entre Joe Biden et Emmanuel Macron lors du G7 de 2021 :

  • Biden : « L’Amérique est de retour. »
  • Macron : « Pour combien de temps ?[1] » ». 

Cet échange révélé par Antony Blinken, ancien ministre des Affaires étrangères américain, entre le président de la République française Emmanuel Macron et l’ancien président des États-Unis d’Amérique, Joe Biden illustre une confiance brisée entre les deux pays depuis la première élection de Donald Trump en 2016. En effet, depuis 1945 et surtout depuis la chute de l’Union soviétique en 1991, les liens entre la France et les États-Unis d’Amérique semblaient imbriqués autour d’une relation transatlantique en béton. Certes la relation franco-américaine n’a pas toujours été un long fleuve tranquille, avec notamment la décision du général de Gaulle de sortir du commandement intégré de l’OTAN en 1966 et de fermer les bases militaires américaines en France. Mais, force est de constater que les deux pays partageaient une vision commune, en tout cas dans les grandes lignes, de promotion de la démocratie libérale et d’un ordre mondial construit autour du multilatéralisme, du libre-échange économique et du droit international.

En réalité, les intérêts divergents datent bien avant l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, ils sont structurels et étaient déjà perceptibles dès 2003 avec le refus de Jacques Chirac de soutenir l’invasion américaine de l’Irak.Cette divergence fut confirmée en 2011 avec le pivot asiatique initié par Barack Obama, qui annonça le désengagement progressif des États-Unis d’Amérique du continent européen vers l’Asie afin de contrecarrer la menace chinoise. Le premier et le second mandat de Donald Trump auront servi d’accélérateur et auront marqué un divorce sans concessions entre le Nouveau Monde et le Vieux Continent. Un divorce, d’abord sur le plan sociétal, avec un Donald Trump faisant la promotion d’une 2ᵉ révolution conservatrice : promotion des valeurs chrétiennes, de la tradition et lutte contre le progressisme, le wokisme ainsi que le politiquement correct. Puis, Trump entama un divorce sur le plan économique en brisant le dogme du libre-échangisme avec le retour d’une politique des tarifs douaniers même si nous verrons que les Etats-Unis ont souvent utilisé cette arme contre l’économie française et les économies européennes en général. En effet, en juin 2018, la première administration Trump a instauré des droits de douane sur les exportations européennes d’acier et d’aluminium[2], mettant ainsi fin à une relation transatlantique qui s’était construite autour du libre-échange économique. De plus, les deux mandats de Trump ont également mis en lumière une divergence géostratégique avec non seulement un désengagement américain assumé d’Europe continentale pour se recentrer sur son étranger proche et l’Asie, mais aussi par une attitude menaçante à l’égard des Européens, comme l’auront révélé les menaces de Trump de vouloir annexer le Groenland (territoire sous souveraineté danoise). 

C’est la fameuse doctrine Monroe remise au goût du jour sous le nom de la « doctrine Donroe » : rétablir la prééminence des États-Unis dans son hémisphère et lutter contre toute forme d’ingérence dans les Amériques, qu’elle soit européenne, asiatique ou autre[3]. Cette rupture a été théorisé par Matthieu Bock-Côté comme révélant l’existence de deux Occidents qui se seraient scindés en deux blocs aux valeurs et aux orientations idéologiques antagonistes. D’un côté, une Amérique trumpiste conservatrice, hostile au wokisme et affirmant avec fierté l’identité américaine. De l’autre, une Europe progressiste, mondialiste, favorable à l’économie de marché tant qu’elle est tempérée par une redistribution économique et des régulations étatiques[4]

L’exemple de la crise diplomatique actuelle entre Giorgia Meloni et Donald Trump illustre qu’une révolution conservatrice en France ne suffira pas à surmonter nos points d’achoppement. D’autant plus que la révolution trumpienne ne sera pas une seule parenthèse. En effet, au-delà de la personnalité rocambolesque de Donald Trump, le paradigme qu’il a imposé avec America First a vu être réapproprié par une large partie du spectre politique au-delà même de son propre mouvement. D’autant plus qu’un certain nombre de dispositions juridiques méconnues empêcheront tout retour en arrière possible. C’est pourquoi, nous développons un argumentaire en 5 points justifiant le fait que les Etats-Unis ne changeront pas de position dans les prochaines décennies. 

La France et l’Europe devront s’acclimater de cela. Bien que parler de divorce franco-américain puisse paraître excessif, l’enjeu serait plutôt pour la France, pas tant de rompre totalement, car ce ne serait pas dans notre intérêt, mais plutôt de rompre dans certains domaines de coopération et de diversifier les partenariats avec d’autres pays pour réduire la dépendance aux Etats-Unis d’Amérique

L’enjeu pour la France est de se saisir de ce moment trumpien afin de reprendre son indépendance, de maîtriser sa souveraineté et de retrouver une place, une voix ainsi qu’une vision singulière aux côtés des États-Unis d’Amérique dans le monde. En d’autres termes, l’enjeu est de retrouver une position gaullienne non alignée pour ménager les intérêts nationaux que la France avait perdus en se diluant dans la mondialisation néolibérale et dans l’illusion des dividendes de la paix ainsi que d’une fin de l’histoire comme l’avait naïvement annoncé Francis Fukuyama en 1992.

Dans un premier temps, nous allons explorer en quoi la France et les États-Unis sont deux pays liés par une culture, une histoire et une vision du monde. Dans un deuxième temps, nous verrons en quoi les États-Unis d’Amérique ne sont pas un allié toujours aligné sur les intérêts de la France. Dans une troisième partie, nous analyserons les pistes pour un réarmement français et la mise en œuvre d’une doctrine politique indépendante.


[1] Neumann, A. (2026). X-Twitter.

[2] European commission. (2025). EU countermeasures on US steel and aluminium tariffs explained. 

[3] Falconer, R. Bragg, J. (2026). What the « Donroe Doctrine » is and where Trump could use it next. Axios.

[4] Creson, M. (2025). Mathieu Bock-Côté : Les deux Occidents. Contrepoints.

Sean Scull, Géopolitologue et Expert des Etats-Unis du Millénaire

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Crédit photo : Paris Hosted a Trilateral Meeting Between Volodymyr Zelenskyy, Emmanuel Macron and Donald Trump, de President of Ukraine, via Wikimedia Commons, sous licence CC0 1.0.

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