La France face au déclin

Note du Millénaire Économie et Finances

La France pourrait-elle être contrainte à une révolution libérale comme le Royaume-Uni de la fin des années 70 ?

À la fin des années 1970, le Royaume-Uni frappe à la porte du FMI, ce qui ouvre la voie à la révolution libérale de Margaret Thatcher. La note montre que les similitudes avec la situation française sont de plus en plus nombreuses : commerce extérieur, inflation, dépendance aux marchés. Elle estime qu’un choc exogène pourrait imposer un changement de doctrine économique.

ÉG
Édouard GérondeauAnalyste du Millénaire
12 décembre 2022
25 pages · lecture 6 min
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En bref

Le constat

La France présente des symptômes proches du Royaume-Uni des années 1970 : déficit commercial, inflation et dépendance croissante aux marchés de la dette.

La cause

Le rejet culturel du libéralisme, les biais médiatique, universitaire et statistique, et l’endettement continu masquent le déclin.

La conséquence

Un choc exogène sur le financement de l’État pourrait imposer un virage libéral incarné par une nouvelle personnalité.

Principaux constats
01139 Md€de déficit commercial sur douze mois glissants en octobre 2022, soit environ 5,3 % du PIB.
02270 Md€de bons du Trésor à émettre dans le budget 2023, le montant le plus important jamais appelé.
0319,1 %d’inflation au Royaume-Uni en 1974, avant l’appel au FMI en 1976.
041974l’année du dernier excédent public français.
059 %du PIB pour les émissions de dette d’État en France en 2021.

Avant-propos

LA FRANCE POURRAIT-ELLE ÊTRE CONTRAINTE À UNE RÉVOLUTION LIBÉRALE COMME LE ROYAUME-UNI DE LA FIN DES ANNÉE 70 ?

A la fin des années 70 le Royaume Uni se trouve contraint de frapper à la porte du FMI (Fonds Monétaire International), cet évènement constituera le marqueur de l’échec de la politique Keynésienne et sociale imposée par les syndicats et les travaillistes, et un tournant radical dans la politique du Royaume Uni qui sera incarné pendant trois mandats successifs par celle qu’on surnommera « la dame de fer », Margareth Thatcher, en raison de son aptitude à ne jamais dévier de sa ligne politique résolument libérale (« The lady is not for turning »).

Le contexte économique et politique du Royaume Uni de l’époque, et qui a engendré cette situation dramatique, puis la remise sur pieds du Royaume Uni dans la stabilité politique permise par le parti Conservateur, doit nous interroger, nous français.

En effet, les similitudes sont de plus en plus nombreuses, à des intervalles de temps différents, avec la crise britannique des années 70, que ce soit dans les symptômes économiques observés, que dans la concomitance du choc pétrolier et des impacts industriels qui ont pu être observés par la suite.

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Les similitudes avec le Royaume-Uni des années 1970

Le précédent britannique. À partir du milieu des années 1950, le Royaume-Uni cumule déficit commercial, déficit de la balance des paiements, endettement public, forte inflation et sous-productivité. Le choc pétrolier de 1973 aggrave la situation. L’inflation atteint 19,1 % en 1974 et, en 1976, le gouvernement travailliste sollicite l’aide du FMI pour 4 milliards de dollars, avec un plafond de 5 % sur les hausses de salaires. Margaret Thatcher remporte les élections de 1979 avec 44 % des voix contre 37 % pour les travaillistes, et ouvre trois mandats conservateurs.

Un choc sur le commerce extérieur. Le déficit commercial britannique atteint 5 % du PIB en 1974. Avec 139 milliards d’euros de déficit sur douze mois glissants en octobre 2022, la France atteint environ 5,3 % du PIB. La balance des paiements courants reste à l’équilibre grâce aux services et aux multinationales, mais elle pourrait devenir déficitaire.

Une inflation qui se réveille. Au Royaume-Uni, l’inflation a dépassé 10 % pendant dix ans à partir de 1973 et atteint plus de 20 % lors des deux chocs pétroliers. En France, elle repart depuis fin 2021 sous l’effet de la reprise post-Covid, de la création monétaire et du choc énergétique lié à la guerre en Ukraine, ce qui nourrit grèves et mouvements sociaux.

Une dépendance aux marchés. Lors de la récession de 1974, les émissions de dette britanniques atteignent 6 % du PIB. En France, les émissions d’État approchent 9 % du PIB en 2021, avec un doublement des émissions d’OAT depuis 2008. Le budget 2023 prévoit un appel de 270 milliards d’euros de bons du Trésor, le montant le plus important jamais appelé. La note voit aussi une chute de la productivité par heure travaillée plus profonde et durable qu’au Royaume-Uni dans les années 1970.

139 Md€

de déficit commercial sur douze mois glissants en octobre 2022 pour la France, soit environ 5,3 % du PIB, contre 5 % du PIB pour le Royaume-Uni en 1974.

Note, p. 6 et 7

Le rejet culturel du libéralisme en France

La note constate que l’opinion publique reste majoritairement attachée à l’interventionnisme d’État et perçoit le libéralisme de façon péjorative. Elle avance trois biais.

Un biais médiatique. Elle cite une étude de juin 2012 du magazine Médias selon laquelle près de 75 % des étudiants en école de journalisme soutenaient François Hollande face à Nicolas Sarkozy, avec pour conséquence un traitement de l’information économique plus favorable aux thèses keynésiennes.

Un biais universitaire. L’enquête « Que pensent les penseurs ? » de Raul Magni-Berton et Abel François, fondée sur un questionnaire de 71 questions auprès de près de 1 500 enseignants-chercheurs, montre que les trois quarts des universitaires se réclament de la gauche, dont 94 % en sociologie et 80 % en science économique.

Un biais statistique. L’inflation accorde seulement 6 % au logement, et le chômage communiqué se limite à la catégorie A, alors que le « halo » du chômage croît depuis dix ans. Enfin, l’État a masqué le déséquilibre par la dette : le dernier excédent public date de 1974.

La révolution libérale pour redresser la situation économique du Pays ne pourra pas être incarnée par le président Macron, mais nécessitera l’avènement d’une nouvelle incarnation.

Vers un virage libéral ?

Des éléments déclencheurs possibles. La note en cite trois : une fronde des pays du Nord de l’Europe emmenée par le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, des échecs dans les émissions de bons du Trésor si la BCE réduit son bilan pour faire baisser l’inflation, et des démissions fracassantes de poids lourds de la majorité en vue de 2027. Un scénario impliquant une grande organisation internationale lui paraît peu probable.

Des personnalités pour incarner le courant. La note écarte Emmanuel Macron, qui a associé son image au « quoi qu’il en coûte » et à l’« argent magique ». Elle identifie David Lisnard, maire de Cannes et fondateur du parti Nouvelle Énergie, puis Virginie Calmels, Denis Payre et Charles Consigny, qui portent chacun un discours libéral.

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Le déclin français en chiffres

Déficit commercial (en % du PIB)

Royaume-Uni 19745 %France 2022environ 5,3 %
Lecture

Le déficit commercial atteint 5 % du PIB au Royaume-Uni en 1974 et environ 5,3 % en France en octobre 2022.

Note, p. 5, 6, 7, 10, 15 : france-inflation.com, Magni-Berton et François

Conclusion

Le virage libéral du Royaume-Uni après les deux chocs pétroliers est apparu aussi surprenant qu’une révolution équivalente en France paraît aujourd’hui inattendue. La note estime que des éléments déclencheurs exogènes, crise monétaire, financière ou des dettes souveraines, pourraient provoquer une profonde remise en cause. Plusieurs personnalités se sont déjà positionnées pour incarner cette révolution culturelle, qui pourrait s’avérer incontournable ou contrainte.

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Le rapport complet

La France face au déclin

25 pages.

Citer cette note

Gérondeau É., « La France face au déclin », Note du Millénaire, 12 décembre 2022, lemillenaire.org.

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L’auteur

Édouard Gérondeau

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Crédit Photo : Margaret Thatcher, par Levan Ramishvili sous licence Public Domain via Flickr

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