Tourisme, culture, transport aérien, sport, événementiel : ces secteurs d’excellence française ont été les plus durement frappés par la crise du Covid et ne retrouveront pas leur niveau avant plusieurs années. La note propose un retrait progressif des aides, la conversion des PGE en fonds propres et la mobilisation de l’épargne des Français.
Le constat
Des secteurs d’excellence française durablement sinistrés et lourdement endettés.
La cause
Des fermetures administratives prolongées, des PGE consommés et des banques qui ferment le crédit.
La conséquence
Retrait dégressif des aides, conversion des PGE en actions, fonds sectoriels d’épargne et commande publique.
Avant-propos
La crise du coronavirus a infligé un choc violent sans précédent à l’économie française qui s’est également illustré par des différences sectorielles très marquées. En effet, toutes les activités de services qui génèrent des interactions humaines ou qui requièrent des déplacements humains ou l’accueil de public ont été particulièrement sujettes aux fermetures administratives. Ceci implique une crise plus profonde et durable de certains secteurs avec une intervention de l’état différenciée pendant la crise et lors de la sortie de crise. Nous allons le voir par la suite, la France a été plus durement touchée par la récession en 2020, notamment car les secteurs les plus impactés par la covid-19 sont justement des secteurs d’excellence française : -6,8 % pour le PIB de la zone euro en 2020 contre -8 % en France.
Des secteurs dans l’impasse
Un choc sectoriel. Selon Roland Berger, la construction, l’énergie ou les transports hors aérien retrouvent leur niveau d’activité en trois semestres, mais le tourisme, la culture, les biens non essentiels et le transport aérien mettront 2 à 4 ans. L’OCDE identifie quatre secteurs concentrant les difficultés : tourisme, culture, transport aérien et autres services.
Un endettement aggravé. Trésorerie amputée, PGE consommés pour couvrir les charges courantes, reports d’échéances plus coûteux : ces entreprises sortent de la crise avec un ratio d’endettement dégradé, tandis que les banques leur ferment le crédit, pour des raisons indépendantes de leur gestion.
Le tourisme. Avec moins de 5 % de l’emploi privé, il a concentré 32 % des salariés en activité partielle en janvier 2021 et 28 % des montants du fonds de solidarité. 6 % de ses PME envisagent une liquidation, contre 3 % pour l’ensemble des PME.
La culture, l’aérien et le sport. En 2020, le spectacle vivant a perdu 90 % de son activité et la musique 76 %. Les vols internationaux ont baissé de 68 % dans le monde. Le sport, qui pèse 2,8 % du PIB et près de 800 000 emplois, a vu son chiffre d’affaires chuter de 78 à 54 milliards d’euros selon BPCE.
de prêts garantis par l’État accordés depuis le 25 mars 2020, à 659 000 entreprises.
Un plan gouvernemental sans innovation
Des forces. Le plan de sortie de crise du 1er juin 2021 évite une rupture brutale, va au-devant des chefs d’entreprise et mobilise des moyens spécifiques.
Des faiblesses. Les banques privées ne sont pas mobilisées, le soutien repose encore sur des prêts à des entreprises déjà très endettées, les enjeux sectoriels, la situation du chef d’entreprise et la reconstruction du capital humain sont ignorés. Ce sont les mêmes recettes que pendant la crise.
La France ne peut pas se permettre de rater la reprise économique de ces secteurs qui pèsent de tout leur poids dans notre économie.
Retirer les aides de façon progressive
Recentrer le fonds de solidarité. Le maintenir avec un barème dégressif pour les secteurs fermés administrativement, jusqu’à ce qu’ils retrouvent 75 % de leur chiffre d’affaires d’avant crise.
Dégresser le chômage partiel. Pour les secteurs touchés, passer de 84 % à 70 %, 60 % puis 50 % de prise en charge jusqu’au printemps 2022, avant suppression.
Lisser les charges. Les entreprises ont bénéficié de 24 milliards d’euros de reports de charges sociales en un an. La note écarte les annulations, contraires à l’égalité devant l’impôt, et propose des étalements au cas par cas.
Convertir les PGE. 8 % des entreprises craignent de ne pas pouvoir rembourser leur PGE, contre 4 % en septembre 2020. Le chef d’entreprise pourrait transformer tout ou partie du PGE en actions ou en obligations convertibles, détenues par les banques, Bpifrance ou la DGE.
Accélérer le rebond
Reconstruire le capital humain. Près de 100 000 postes étaient à pourvoir dans la restauration en juin 2021. La note propose des campagnes de valorisation des métiers, l’orientation de demandeurs d’emploi par Pôle emploi et la possibilité de donner son compte personnel de formation.
Mobiliser l’épargne. Environ 200 milliards d’euros ont été épargnés pendant la crise. Des fonds sectoriels ouverts au public (tourisme, culture, sport), portés par Bpifrance, pourraient bénéficier d’une garantie de performance minimale et d’une flat tax réduite à 15 %.
Relancer par la commande publique et la consommation. Reprendre les événements publics une fois 75 % des adultes vaccinés, et distribuer par une application des bons de consommation aux étudiants, familles nombreuses, mères isolées et foyers modestes.
Revoir les garanties et l’insolvabilité. Trouver d’autres garanties que le nantissement des biens personnels, réformer le régime d’insolvabilité, classé 26e par la Banque mondiale, préserver le superprivilège des salaires garanti par l’AGS et étendre cette garantie aux indépendants.
Les secteurs sinistrés en chiffres
Poids du tourisme dans les aides (%)
Le tourisme a eu le recours le plus intense aux aides.
Baisse d’activité en 2020 (%)
Le spectacle vivant a presque entièrement disparu en 2020.
Barème dégressif proposé (% du salaire net)
La prise en charge baisserait par paliers jusqu’au printemps 2022.
Entreprises craignant de ne pas rembourser leur PGE (%)
La part d’entreprises inquiètes a doublé en quelques mois.
Faillites estimées par Euler Hermes
Ces faillites menaceraient 250 000 emplois.
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