Le prêt garanti par l’État a permis à près de 670 000 entreprises de traverser la crise sanitaire, au prix d’un endettement record. La note dresse le bilan des mesures de 2020 et propose une transition financière : prêts participatifs, déduction fiscale pour les stocks, effacement partiel du PGE contre des investissements en France et différenciation sectorielle.
Le constat
669 883 entreprises ont contracté un PGE pour 135,9 milliards d’euros.
La cause
Une dette des entreprises parmi les plus élevées du monde et une multiplication des entreprises zombies.
La conséquence
Transformer une partie des PGE en quasi-fonds propres, effacer une partie contre des investissements et différencier par secteur.
Avant-propos
Le lancement de la campagne de la vaccination va faire entrer les acteurs économiques français vers une nouvelle ère passant d’une économie administrée ou sous-tutelle à une phase de transition vers l’après covid-19. Cependant, avant de se lancer sur les mesures qui permettront de se projeter sur l’après covid-19, espérée pour le courant de l’année 2021, il convient de rappeler l’arsenal de mesures de soutien à l’économie française qui a été mis en place depuis mars 2020.
Retour sur 2020 et ses mesures exceptionnelles
Un arsenal inédit. Reports de charges, fonds de solidarité jusqu’à 10 000 euros ou 20 % du chiffre d’affaires 2019, chômage partiel indemnisé à 70 % du salaire brut, médiation du crédit : l’État a déployé des mesures sans précédent.
Le PGE, mesure phare. Garanti à 90 % pour les entreprises de moins de 5 000 salariés et de moins de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires, 80 % jusqu’à 5 milliards et 70 % au-delà, il a été contracté par 669 883 entreprises pour 135,9 milliards d’euros au 19 mars 2021.
Des résultats contrastés. L’Allemagne a mobilisé près de 25 % de son PIB, la France moins de 13 %. Selon l’Insee, 70 % des entreprises ont eu recours au chômage partiel, 53 % au report des cotisations et 41 % au PGE. Le taux de refus officiel du PGE était de 2,7 %, mais atteignait 52 % selon une enquête du Syndicat des indépendants auprès de 1 087 TPE.
des grandes sociétés cotées des quatre principales économies de la zone euro seraient des entreprises « zombies », contre 19 % en 2019.
Un endettement record
Des entreprises parmi les plus endettées du monde. Selon le FMI, la dette des entreprises non financières françaises atteint 140 % du PIB, contre 74,45 % aux États-Unis. La Banque de France prévoit qu’elle franchisse 2 000 milliards d’euros, presque le double de 2008. L’effet dette sur leur ratio d’endettement atteint 5,2 points de PIB en France, contre 0,9 en Allemagne.
Une politique monétaire favorable. Le coût moyen des crédits bancaires ne dépasse pas 1,27 %, et la BCE a porté son programme d’achats d’urgence à 1 850 milliards d’euros.
Des faillites différées. Près de 100 000 sociétés disposent de moins de 30 jours de trésorerie. L’OFCE redoutait une hausse de 80 % des défaillances et France Stratégie un taux de défaillance passant de 1,1 % à 1,8 %.
Un État lourdement endetté. La dette publique, de 20 % du PIB en 1980, a atteint 116,4 % fin septembre 2020, soit 2 674,3 milliards d’euros.
La modulation du PGE ne peut être donc l’alpha et l’omega de la politique économique de transition vers l’après-covid, et en particulier pour les TPEs PMEs.
Quelle transition financière ?
Un PGE assoupli. Depuis octobre 2020, le remboursement peut être étalé jusqu’en 2026 : 74 % des entreprises ont choisi la durée la plus longue et 55 % l’année supplémentaire de différé.
Des titres participatifs. Transformer une partie des PGE en prêts participatifs, considérés comme des quasi-fonds propres et indexés sur la performance, pour alléger le taux d’endettement.
Une déduction fiscale pour les stocks. Compenser partiellement le surstockage et les dépréciations de stocks provoqués par les confinements successifs.
Effacer une partie du PGE. En contrepartie de créations nettes d’emplois, d’embauches d’ingénieurs ou de docteurs, de formation ou d’investissements en France, et allonger la durée de remboursement au-delà des 8 ans négociés avec Bruxelles.
Différencier par secteur. Les arts et spectacles ont connu 98 jours de fermeture, contre 55 en moyenne, et l’hébergement-restauration perdait encore 25 % de valeur ajoutée fin 2020.
Les entreprises face à la crise
Recours des entreprises aux dispositifs de soutien (Insee)
Le chômage partiel est le dispositif le plus utilisé.
Échéance choisie pour le remboursement du PGE (FBF, mars 2021)
Trois entreprises sur quatre ont choisi la durée maximale.
Dette publique française (% du PIB)
La dette publique a été multipliée par près de six en quarante ans.
Feuilleter la note
Clément Perrin et Pierre-Henri Picard
Directeur adjoint des études du Millénaire ; Secrétaire général délégué du Millénaire.
Clément Perrin Pierre-Henri PicardDemander une interview
Pour une interview de Clément Perrin ou Pierre-Henri Picard sur cette note : presse@lemillenaire.org
Contacter le service presseFaire vivre nos études
Vos dons et vos adhésions financent les prochaines notes du Millénaire.
Nous soutenir AdhérerRecevoir les prochaines notes du Millénaire
À lire aussi
Toutes les études
23 juillet 2026Une politique de football à la française
14 janvier 2026William Thay et Clément Perrin pour Valeurs Actuelles : « Comment l’Italie a redressé ses finances publiques ? »
23 octobre 2025William Thay pour Valeurs Actuelles : « Tant que ce sont les gueux qui paieront pour la transition énergétique, elle n’aura pas lieu »
11 juin 2025Vers un Nasdaq européen ?Crédit photo : Zairon sous licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Add a Comment