Comment réduire la facture énergétique des Français sans sacrifier les finances publiques ?
Depuis la fin 2025, les prix à la pompe se sont envolés et 27 milliards d’euros seront ponctionnés sur une année au pouvoir d’achat des Français et aux entreprises. La note propose trois mesures conjoncturelles, suspension des CEE, compensation du surplus de TVA et clause de déclenchement, sans grever des finances publiques déjà exsangues.
Le constat
Les prix à la pompe ont augmenté de 35 centimes pour le SP95 et de 55 centimes pour le diesel, soit 27 Md€ de surcoût annuel.
La cause
Envolée du baril, triplement de la marge de raffinage du diesel, CEE et TVA sur la TICPE, dans une crise énergétique amenée à durer.
La conséquence
Un dilemme entre pouvoir d’achat et finances publiques que la note veut dépasser par trois mesures ciblées.
Avant-propos
Les Français ont de quoi être profondément inquiets. Depuis la fin 2025, à la suite du conflit irano-israélo-américain, les prix à la pompe se sont envolés de 35 centimes pour le SP95 et de 55 centimes pour le Diésel.
Dans de nombreuses régions de l’Hexagone, le litre de diésel dépasse désormais les 2,2€. Et, derrière ces chiffres se cache une réalité terrible : sur une année, ce seront 27 milliards d’euros qui seront ponctionnés au pouvoir d’achat de nos concitoyens et à nos entreprises.
Or, la crise énergétique est amenée à durer car ces facteurs explicatifs sont plus nombreux, diffus et intenses que lors des précédentes crises avec une situation internationale explosive marquée par les attaques du 19 mars 2026 sur différents sites énergétiques.
Face à cela, un dilemme apparait pour les décideurs publics : laisser s’effondrer le pouvoir d’achat des Français et l’activité économique dans un contexte économique moribond ou soutenir le pouvoir d’achat quitte à dégrader fortement les finances publiques, déjà exsangues avec un déficit public de près de 134,6 milliards d’euros dans le budget 2026.
En octobre 2022, le gouvernement d’Elisabeth Borne a annoncé un « quoi qu’il en coûte énergétique » de 12 milliards d’euros pour contenir les prix de l’énergie alors que l’inflation s’établit à hauteur de +5,8 % selon l’Insee. Ces nouvelles dépenses s’ajoutent au plan contre l’inflation qui avait débloqué cet été 20 milliards d’euros, alors que la Cour des Comptes alerte sur la politique dépensière du gouvernement. Mais de l’autre côté, l’activité économique est moribonde avec une croissance atone autour de 1 % et un pouvoir d’achat qui ne progresse plus depuis 2017.
Une question se pose donc : quels leviers pour alléger cette facture qui deviendra vite insupportable pour les Français et cela sans grever les finances d’un État déjà fortement endetté.
Matthieu Hocque, Directeur Général du think-tank Le Millénaire
La structure du prix des carburants
Un surcoût de 27 milliards d’euros. Depuis le début de l’année, le diesel a pris 60 centimes et le SP95 40 centimes. Lissée sur une année de 50 milliards de litres consommés, la situation conduit à un surcoût de 27 Md€ pour les Français : 51 % dus au baril, 22 % au raffinage et 27 % aux redevances (CEE) et taxes perçues par l’État.
Le baril et le raffinage. Le baril est passé d’environ 60 $ fin 2025 à 110 $ le 17 mars 2026, avec un euro autour de 1,15 dollar : 10 $ de plus sur le baril ajoutent 6 centimes au litre. La marge de raffinage a triplé pour le diesel, sur un marché européen tendu, alors que le diesel représente toujours les deux tiers de la consommation de carburants. La France n’a aucun levier sur ces deux composantes.
La distribution mise hors de cause. La marge de distribution a diminué de 7 centimes depuis le début de l’année, pour le SP95 comme pour le diesel. Selon la note, le procès fait aux distributeurs est sans fondement, ce que les contrôles de l’État ont confirmé.
Les CEE et les taxes. Les certificats d’économie d’énergie pèsent environ 13,5 centimes, soit 6 de plus depuis le début de l’année, et sont décrits comme un « impôt déguisé ». La TICPE est de 0,68 € pour le SP95 et de 0,61 € pour le diesel, et la TVA de 20 % s’applique aussi à la TICPE, la taxe sur la taxe. La note recommande de sortir la TICPE de l’assiette de la TVA, pour réduire le prix du litre de 10 % comme en Allemagne.
ponctionnés en une année sur le pouvoir d’achat des Français et sur les entreprises : 51 % dus au baril, 22 % au raffinage et 27 % aux CEE et aux taxes.
Une crise énergétique amenée à durer
Un choc plus diffus et plus intense. Le « troisième choc pétrolier » repose sur des facteurs plus nombreux et plus durables que les précédents, avec la fermeture de facto, même temporaire, du détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole et 30 % du gaz consommés dans le monde.
Une guerre d’attrition en Ukraine. La guerre entre dans sa cinquième année, la Russie sous sanctions produisant entre 10 et 12 % de la production mondiale. Le Brent affiche une moyenne de 57 $ entre janvier 2015 et janvier 2020 contre 80 $ entre janvier 2021 et janvier 2026, soit un écart de 40 %. Les installations énergétiques des deux pays sont devenues des cibles : l’énergie est un levier sur l’effort de guerre et la cohésion sociale.
Un cycle d’inadéquation entre offre et demande. Après la crise sanitaire, les prix du pétrole ont progressé de 69 % sur 2020 et 2021, puis de 51 % avec la guerre en Ukraine : en un an et demi, ils ont été multipliés par 2,5.
Un Moyen-Orient instable. Depuis le 7 octobre 2023, la guerre entre Israël et l’Iran est devenue régionale. Les attaques du 19 mars 2026 ont visé Ras Laffan au Qatar, plus grand pôle GNL du monde, South Pars, Kharg, Ruwais et Ras Tanura. Depuis mars 2026, le Brent dépasse régulièrement les 100 dollars.
Dépenser moins pour prélever moins vaut mieux que prélever plus pour dépenser plus
Pour un pacte énergétique gagnant-gagnant
Deux options écartées. La baisse de la TVA de 20 % à 5,5 % proposée par le Rassemblement national redonnerait 13,2 Md€ de pouvoir d’achat mais serait très coûteuse pour les finances publiques et psychologiquement irréversible. Le blocage des prix proposé par LFI conduirait rapidement à une pénurie et à une impasse juridique, les distributeurs n’étant pas autorisés à vendre à perte.
Proposition 1. La suspension temporaire des certificats d’économie d’énergie. Les fournisseurs répercutent le coût des CEE sur les prix finaux, et l’évaluation des gains énergétiques du dispositif est discutable. Ils doivent être suspendus le temps de la crise pour soulager ménages et entreprises.
Proposition 2. La compensation du surplus de taxes perçues mécaniquement par l’État via la TVA, à la suite de la hausse du baril et de la marge de raffinage. Ces deux premières mesures baisseraient le prix du SP95 de 24 centimes et celui du diesel de 25 centimes, et rendraient 11 Md€ de pouvoir d’achat aux Français.
Proposition 3. Une clause de déclenchement. Elle s’inspire du Japon, qui a quintuplé à 25 yens le litre (environ 18 centimes) son allègement de taxes et réduit fortement les taxes sur les carburants lorsque l’essence dépasse 160 yens le litre (environ 1,10 euro).
La crise des carburants en chiffres
Prix TTC du litre de carburant (en €)
Le SP95 passe de 1,65 € à 2,06 € et le diesel de 1,61 € à 2,20 € entre le 1er janvier et le 19 mars.
Répartition du surcoût de 27 Md€ (en %)
Le baril explique 51 % du surcoût, le raffinage 22 % et les CEE et taxes 27 %.
Cours moyen du baril de Brent (en dollars)
Le Brent affiche une moyenne de 57 $ puis de 80 $, soit un écart de 40 %.
Prix du baril (en dollars)
Le baril passe d’environ 60 $ fin 2025 à 110 $ le 17 mars 2026.
Perte de pouvoir d’achat et montant restitué (en Md€)
Les deux premières mesures rendraient 11 Md€ sur les 27 Md€ perdus.
Conclusion
Au-delà des trois mesures conjoncturelles, la note appelle à revoir la politique énergétique autour de deux principes. Dépenser moins pour prélever moins, ce qui impose à l’État et aux collectivités territoriales de réduire la voilure sur les taxes carburant. Être souverain sur le plan énergétique, car la France n’a ni pétrole ni gaz : il faut encourager la filière électrique et in fine le nucléaire, pour produire plus chez nous sans dépendre de l’étranger.
Feuilleter la note
Philippe Charlez et Matthieu Hocque
Expert associé en questions énergétiques ; Directeur Général du Millénaire.
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