Philippe Charlez et Matthieu Hocque pour Le Point : « Carburant : comment rendre 11 milliards d’euros aux Français sans alourdir les finances publiques ? »

TRIBUNE. La flambée des prix de l’énergie, aggravée par le conflit iranien, relance l’urgence d’agir. Quelles mesures pour alléger la facture sans creuser le déficit public ?

Depuis le début du conflit, le 28 février 2026, les frappes américaines et israéliennes s’étaient concentrées sur des cibles politiques et militaires. Frapper les centres névralgiques du pouvoir et anéantir toute capacité de riposte aurait suffi à décapiter le régime. En revanche, à quelques exceptions près, les installations pétrolières et gazières avaient été épargnées.

En visant de plein fouet, ce mercredi 17 mars, les installations gazières du champ de South Pars – l’un des plus vastes complexés gaziers du Moyen Orient partagé avec le Qatar-, les Israéliens ont implicitement embrasé le conflit. La riposte des Iraniens ne s’est pas fait attendre : ils ont immédiatement bombardé les installations Qatari situées de l’autre côté de la frontière. Après la fermeture du Détroit d’Ormuz, c’est un nouveau signal désastreux vis-à-vis des marchés qui n’ont pas tardé à réagir : en quelques heures, l’or noir s’est envolé de 15 dollars tandis que le gaz naturel, sur le marché spot de Rotterdam, bondissait de 30%.

Les Français ont de quoi être profondément inquiets. Depuis la fin 2025, les prix à la pompe se sont envolés de 40 centimes pour le SP95 et de 60 centimes pour le Diésel. Dans de nombreuses régions de l’Hexagone, le litre de diésel dépasse les 2,2 €. Derrière ces chiffres se cache une réalité terrible :  en lissage annuel, ce sont 27 milliards d’euros ponctionnés au pouvoir d’achat des Français et à nos entreprises. Une question se pose donc : quels leviers pour alléger cette facture qui va vite devenir insupportable pour les Français.

Parmi les différents facteurs qui déterminent le prix du pétrole, la France dispose de peu de marges de manœuvre. 

Le prix du baril (passé de 60 $ fin 2025 à 110 $) est gouverné par un marché mondial sur lequel les pouvoir publics n’ont aucun levier. Observons qu’une augmentation de dix dollars du baril accroit mécaniquement le litre de carburant de six centimes.

La marge de raffinage (différence entre le prix du pétrole brut et le prix du produit raffiné) qui, comme le pétrole brut, résulte d’une valeur marché nous échappe tout autant. Différente suivant le produit raffiné, la MdR s’est raisonnablement accrue pour le SP95 (8 centimes d’augmentation) mais a triplé pour le diesel. Cette flambée est le résultat d’un marché très tendu lié notamment à la forte réduction des capacités de raffinage européennes alors que le diésel représente toujours les deux tiers de la consommation de carburants dans l’Hexagone.

La Marge de Distribution (MdD) qui inclut le transport, le coût des installations de distribution ainsi que la marge bénéficiaire du distributeur a en moyenne diminué de 7 centimes depuis le début de l’année. Le procès fait par les pouvoirs publics aux distributeurs est donc sans aucun fondement. Les contrôles effectués par l’Etat l’on d’ailleurs confirmé. A la MdD proprement dite se rajoutent les CEE (Certificats d’Economie d’Energie) rétrocédés par le distributeur à l’Etat qui les redistribue aux citoyens sous forme d’aides pour financer la transition écologique dans le bâti et la mobilité.

A ces trois composantes sa rajoutent les taxes qui se divisent en une partie fixe – la TICPE (0,68 € pour le SP95 et 0,61 € pour le diesel) – et la TVA de 20% appliqué au prix HT mais aussi à la TICPE (la taxe sur la taxe !)

En lissage sur une année (50 milliards de litres consommés), la situation actuelle ponctionnera 27 Mds€ au pouvoir d’achat des Français ! 

Face à cela, un dilemme apparait pour les décideurs publics : laisser s’effondrer le pouvoir d’achat des Français et l’activité économique au moment où la croissance économique est atone (0,9% sur l’année 2025) ou soutenir le pouvoir d’achat quitte à dégrader fortement les finances publiques, déjà exsangues avec un déficit public de 134,6 milliards d’euros dans la Loi de finances 2026 adoptée en février dernier.

Pour alléger la facture, le RN propose de réduire la TVA de 20% à 5,5%. Cette mesure coûterait 13,2 Mds€ aux finances publiques et serait difficilement réversible sur le plan psychologique. Le blocage des prix proposé par LFI est une mesure naïve et inepte : elle conduirait très rapidement à une pénurie mais aussi à une impasse juridique dans la mesure où les distributeurs ne sont pas autorisés par la loi à vendre à pertes.

Aussi proposons-nous d’une part de suspendre temporairement les CEE et de l’autre de rendre aux Français le surplus de taxes perçues mécaniquement par l’Etat depuis le début de l’année. Ces deux mesures permettraient de baisser le prix du SP95 de 20 centimes et celui du diésel de 23 centimes. Elles rendraient 11 milliards d’euros de pouvoir d’achats aux Français et ce sans grever les finances de l’Etat.

Par Philippe Charlez, Expert en questions énergétiques associé au Millénaire.

Matthieu Hocque, directeur général du think-tank gaulliste et indépendant Le Millénaire, spécialiste en politiques publiques.  

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Crédit photo : Carburant, via Rawpixel, sous license CC0 1.0

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