Numéro du jeudi 12 mars 2026
Un 3e choc pétrolier plus diffus
Après les chocs pétroliers de 1973 suite à la Guerre du Kippour et de 1979 avec la Révolution islamiste iranienne, nous vivons un 3ème choc pétrolier depuis 2021. Les prix du pétrole et du gaz sont structurellement plus élevés sur la période 2021-2026 que sur 2015-2020. En effet, le baril de Brent affiche un cours moyen de 57 $ entre janvier 2015 et janvier 2020 contre une moyenne de 80 $ entre janvier 2021 et janvier 2026, soit un écart de 40%. Sur le gaz, les prix ont triplé : 6 €/MWh en moyenne contre 18 €/MWh sur les mêmes périodes respectives.
Toutefois, ce 3e choc pétrolier est plus diffus. Il résulte d’une combinaison de facteurs : les difficultés de la production en Chine après la crise sanitaire, la guerre en Ukraine et l’instabilité chronique du Moyen-Orient depuis le 7 octobre 2023 avec désormais la guerre entre l’Iran et les Etats-Unis et leurs alliés régionaux. Sa conclusion pourrait être pire avec une fermeture de facto, même temporaire, du détroit d’Ormuz par lequel transite près de 20% de la consommation mondiale de pétrole et de 30% de celle du gaz.
Une France du travail encore pénalisée, mais qui sont les responsables ?
La France du travail est déjà exsangue. Nous sommes le 5ème pays de l’Union européenne où le poids du transport dans le budget des ménages intermédiaires et moyens est le plus important (en moyenne près de 15% du budget), sans parler de l’envolée des consommations intermédiaires et des factures pour toutes les professions essentielles (artisans, boulangers, etc.).
Il serait tentant de porter la faute sur la situation au Moyen-Orient. Seulement, une telle grille de lecture oublierait l’essentiel. La France est souvent plus touchée par les crises énergétiques, car elle a sacrifié une partie de sa production énergétique en sabordant sa filière nucléaire sur l’autel du libre-échangisme européen et de l’écologisme punitif, mais aussi parce qu’elle taxe beaucoup. Les taxes représentent 30% du prix du gaz et plus de 50% du prix du carburant.
Pour une nouvelle doctrine énergétique
D’abord face à l’urgence de la crise, une mesure simple à prendre serait la « clause de déclenchement » sur le modèle japonais. Dès que le prix à la pompe dépasse un montant fixe (par exemple 2€), il est affranchi de taxes. Ainsi, l’État n’ajoute pas de fardeau au fardeau sans dégrader ses finances publiques.
Mais il faut revoir intégralement notre politique énergétique autour de deux principes simples. Dépenser moins pour prélever moins vaut mieux que prélever plus pour dépenser plus (1). Ainsi, l’État et les collectivités territoriales qui perçoivent certaines taxes sur le carburant, doivent réduire la voilure. De plus, être souverain sur le plan énergétique vaut mieux que dépendre de l’étranger (2). La France n’a pas de pétrole ou de gaz, alors nous devons encourager la filière électrique et donc in fine, le nucléaire, pour produire plus chez nous sans dépendre de l’étranger. La PPE 3 est un premier pas pour un changement de doctrine énergétique.
Matthieu Hocque, directeur général du think-tank gaulliste et indépendant Le Millénaire, spécialiste en politiques publiques.
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Crédit photo : Essence image gratuite, via Pxhere, sous license Creative Commons CC0.

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