À la veille de la réouverture des commerces « non essentiels » en novembre 2020, Clément Perrin et Pierre-Henri Picard dénoncent une gestion de crise incohérente, pénalisante pour un secteur crucial pour l’économie. Ils proposent un crédit d’impôt de digitalisation et des mesures pour réinjecter l’épargne accumulée dans la consommation.
Le constat
Les commerces « non essentiels » ont subi deux confinements et des règles changeantes.
La cause
Des décisions contradictoires, un confinement plus strict qu’ailleurs et l’absence de mesures territorialisées.
La conséquence
28 % des TPE ont dû demander un crédit de trésorerie et le retard numérique du commerce s’est révélé.
Avant-propos
Le Président de la République prendra la parole ce mardi et devrait annoncer pour la fin de la semaine une réouverture des commerces dits « non- essentiels ».
Selon la Confédération des Commerçants de France, les entreprises du commerce de détail indépendant alimentaire et non alimentaire regroupent plus de 18 fédérations professionnelles, représentant 350 000 entreprises, 500 000 points de vente soit plus de 900 000 personnes, et près de 20 % du PIB.
Une gestion de crise incohérente
Des décisions contradictoires. Pour les auteurs, la communication gouvernementale depuis le reconfinement a été hasardeuse et incohérente, laissant les commerçants dans le flou après près de deux mois d’inactivité forcée et des investissements coûteux dans les protocoles sanitaires. Ouverture des grandes surfaces et fermeture des petits commerces, fermeture des rayons non essentiels, autorisation des sapins sans les décorations : l’exécutif a arbitré sujet par sujet au lieu de présenter une vision globale.
Un confinement plus strict qu’ailleurs. La France est le seul pays de la zone euro à avoir distingué commerces essentiels et non essentiels lors du second confinement. Au printemps, elle a rouvert ses commerces après 55 jours, comme l’Italie, contre 50 jours pour l’Espagne et 46 pour le Royaume-Uni, sans tenir compte des réalités locales : le 13 avril, la Nouvelle-Aquitaine comptait 1,44 hospitalisation pour 10 000 habitants, contre 10,84 en Île-de-France et 8,88 dans le Grand Est.
des TPE ont demandé un crédit de trésorerie au deuxième trimestre 2020, contre 6 % un an plus tôt.
Un secteur vital pour l’économie
Un poids considérable. Selon la Confédération des commerçants de France, le commerce de détail indépendant représente 350 000 entreprises, 500 000 points de vente, plus de 900 000 personnes et près de 20 % du PIB.
Une fin d’année décisive. Le secteur de l’habillement redoutait une baisse d’activité de 30 à 40 % sans réouverture en novembre, et les deux derniers mois de l’année représentent 60 % du chiffre d’affaires des jouets. Le PIB de novembre devait être inférieur de 13 % à la normale, contre 30 % en avril, grâce notamment au click and collect.
Un retard numérique. Selon Eurostat, moins de 27 % des TPE et PME peuvent vendre en ligne, alors que 64 % des Français achètent en ligne. L’aide de 500 euros annoncée pour la création d’un site internet reste modeste.
Le commerce face au confinement
Jours avant la réouverture des commerces au printemps 2020
La France a été parmi les dernières à rouvrir.
Hospitalisations pour 10 000 habitants le 13 avril 2020
Des écarts qui auraient permis des réouvertures par région.
TPE ayant demandé un crédit de trésorerie au 2e trimestre
Des besoins de trésorerie multipliés par plus de quatre.
Vente et achat en ligne
Un décalage entre les habitudes des clients et l’offre des commerces.
Cette crise est donc l’occasion pour le gouvernement français de mettre en place un crédit d’impôt de digitalisation à l’instar du crédit d’impôt recherche, afin d’encourager les commerces français à rentrer pleinement dans l’ère numérique.
Propositions
Créer un crédit d’impôt de digitalisation, sur le modèle du crédit d’impôt recherche, pour faire entrer les commerces dans l’ère numérique.
Réinjecter l’épargne dans la consommation. Les Français ont épargné plus de 100 milliards d’euros depuis mars, dont 62 milliards d’épargne forcée selon l’OFCE. L’État pourrait subventionner une partie de l’addition dans certains commerces pour ramener les clients.
Traiter fiscalement les surplus de stocks, sur lesquels aucune mesure n’a encore été prise.
Raisonner par territoire, en adaptant les fermetures et les réouvertures à la situation sanitaire locale, comme l’ont fait nos voisins européens dès le printemps.
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Clément Perrin et Pierre-Henri Picard
Directeur adjoint des études du Millénaire ; Secrétaire général délégué du Millénaire.
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