L’affaire Lyhanna doit provoquer un réveil des consciences face à la pédocriminalité
Toutes les trois minutes, un enfant est victime de violences sexuelles en France. Après le scandale du périscolaire parisien et l’affaire Lyhanna, cette note défend une réponse globale, holistique et préventive à la pédocriminalité, en deux volets : l’organisation du travail auprès des enfants et l’établissement de la preuve.
Le constat
Toutes les trois minutes, un enfant est victime de violences sexuelles en France. Entre 2017 et 2024, 178 300 personnes ont été mises en cause pour viol ou agression sexuelle sur mineur.
La cause
116 700 d’entre elles n’ont jamais été poursuivies, et dans trois cas sur quatre l’infraction n’est pas jugée suffisamment caractérisée. Le périscolaire souffre de pénurie et de manque de formation.
La conséquence
La note propose douze mesures en deux volets : prévenir le passage à l’acte par l’organisation du travail auprès des enfants, et faire payer les coupables par l’établissement de la preuve.
Avant-propos
1 enfant toutes les 3 minutes1. 160 000 enfants2 sont victimes de violences sexuelles en France chaque année. Selon la Commission sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, entre 2017 et 2024, 178 300 personnes ont été mises en cause pour viol ou agression sexuelle sur mineur, soit plus de 22 000 par an. Sur internet, 493 enfants par jour3 sont filmés, abusés, exposés à la vue des prédateurs sexuels, rien qu’en France.
On pourrait choisir de s’arrêter à ces chiffres sidérants et alarmants. Malheureusement, ils ne s’arrêtent pas là. Dans le monde, 21,3 millions d’enfants sont victimes de la cyber pédocriminalité. Face à eux, 96 % sont des hommes4, et 61 % sont des hommes adultes. 5 Et pourtant. Sur les 178 300 personnes mises en cause entre 2017 et 2024, 116 700 n’ont jamais été poursuivies, soit près de deux sur trois. Dans trois cas sur quatre, le motif tient en une formule administrative : l’infraction n’a pas été jugée suffisamment caractérisée. Il signifie que le premier obstacle à la justice des enfants ne se situe pas dans le quantum des peines, mais bien en amont, dans l’établissement des faits. Une peine que l’on n’a pas l’occasion de prononcer peut être alourdie indéfiniment sans qu’aucun enfant en soit mieux protégé.
Le scandale du périscolaire parisien, puis la violence de l’affaire Lyhanna ont provoqué, une nouvelle fois, la colère des Français. 80 %6 d’entre considèrent que le décès de Lyhanna est révélateur d’un mauvais fonctionnement et d’une mauvaise coordination entre les différents services. Seulement 23 %7 des Français sentent que leurs enfants sont en sécurité. Et pourtant, 3 parents sur 4 craignent pour l’avenir de leur enfant8 lorsqu’il s’agit d’aborder l’ensauvagement de la société.
Le scandale du périscolaire parisien, que ce rapport examine en détail, en donne la seconde illustration. Des dizaines d’animateurs suspendus, une relaxe prononcée dans une affaire concernant neuf fillettes, sept mille encadrants non diplômés sur quatorze mille, et un dispositif de contrôle interne qui s’est révélé incapable de se contrôler lui-même. Là encore, la loi n’était pas absente. Elle était appliquée à la lettre, et elle n’a rien empêché.
De ce double constat découle la thèse que nous défendons. Quelle réponse apporter contre la pédocriminalisation de la société, et notamment dans le périscolaire ? La réponse que nous apportons est globale, holistique et avant tout préventive, en deux volets.
Le premier est celui de l’organisation matérielle du travail auprès des enfants. Aucun des textes adoptés en 2026 ne dit qui auditera les structures accueillant des mineurs, selon quel référentiel ni à quelle fréquence. Aucun ne traite du travail en binôme, des angles morts de la surveillance, de la pénurie d’encadrants ni de la précarité qui l’entretient. C’est pourtant dans cet espace que naissent les conditions concrètes du passage à l’acte.
Le second est celui de la preuve. Nul texte ne s’attaque à la caractérisation de l’infraction, alors même qu’elle constitue le premier motif de classement. Nul texte n’impose au parquet d’exposer ce qu’il a fait avant de classer une affaire concernant un enfant. Nul texte ne prévoit qu’un même nom apparaissant dans plusieurs procédures déclenche la moindre vérification.
Ce rapport s’organise en conséquence. Une première partie établit l’état des lieux de la pédocriminalité en France et les trois grandes limites de la réponse pénale. Une deuxième examine l’affaire Lyhanna et le scandale du périscolaire parisien, puis les réponses politiques engagées depuis 2025 et les enseignements des expériences étrangères. Une troisième partie présente douze propositions, réparties en deux volets. Le premier vise à prévenir le passage à l’acte en agissant sur l’organisation du travail. Le second vise à faire payer les coupables en agissant sur l’établissement de la preuve.
Toutes les trois minutes, un enfant est victime de violences sexuelles en France. Le scandale du périscolaire parisien, puis l’affaire Lyhanna agissent comme de véritables catalyseurs auprès de l’opinion publique. En juin 2026, alors que la France apprend que la petite Lyhanna a été retrouvée morte après un enlèvement puis un viol dont l’auteur présumé était déjà connu de la Justice. Les Français ne comprennent plus ces affaires qui n’auraient pas dû arriver avec un État fort et fonctionnel. Le sursaut des consciences doit amener à des changements forts pour protéger nos enfants.
1 Campagne nationale de lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants, Dossier de presse du gouvernement, 12 septembre 2023 : https://enfance.gouv.fr/sites/enfance/files/2023-09/DP%20Violences%20sexuelles%20faites%20aux%20enfants%20VDEF.pdf
2 Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE), rapport public, novembre 2023 p.20 : https://www.ciivise.fr/le-rapport-public-de-2023
3 « La pédocriminalité se structure sur les réseaux en véritable communauté industrialisée » Tribune Collectif, 4 juin 2026 Le Monde : https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/06/04/la-pedocriminalite-se-structure-sur-les-reseaux-en-veritable-communaute-industrialisee_6697017_3232.html.
4 Infostat Justice n°205 « Viol et agression sexuelle sur mineur, quatre personnes mises en cause sur dix sont mineures au moment des faits » SSER : https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2026-03/Infostat_Justice_205_corr.pdf p.2
5 ibid
6 Sondage ELABE, Les Français et la Justice, 10 juin 2026 : https://elabe.fr/justice-securite/
7 ibid
8 Ibid.
La protection de l’enfance, angle mort de la justice française ?
Près de 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, le plus souvent dans le cadre d’un inceste répété, avec un âge moyen de 8 ans au début des violences. Entre 2017 et 2024, 178 300 personnes ont été mises en cause pour viol ou agression sexuelle sur mineur, soit 22 300 affaires par an, dont 14 100 pour agression sexuelle et 8 200 pour viol. En 2020, le confinement a fait bondir les viols sur mineurs de 84 %. Quatre mis en cause sur dix étaient eux-mêmes mineurs, et les viols commis par des mineurs ont augmenté de 109 % entre 2020 et 2024.
La note identifie trois grandes limites dans la réponse pénale. La première est la preuve : la parole de l’enfant est reconnue par de nombreux textes mais minimisée en pratique. Trois fois sur quatre, les affaires sont classées sans suite pour infraction insuffisamment caractérisée, et 64 % des personnes mises en cause n’ont pas été poursuivies. La deuxième est le faible taux de condamnation qui en découle : sur 178 300 personnes, seules 61 600 ont été jugées poursuivables, soit 39 400 majeurs et 22 200 mineurs. Pour ces dernières, le taux de réponse pénale atteint environ 90 %. La troisième est le délai de traitement : 9 mois en moyenne en 2024 selon les références statistiques de la Justice, 13 mois selon d’autres sources.
personnes mises en cause entre 2017 et 2024 pour viol ou agression sexuelle sur mineur n’ont jamais été poursuivies, sur 178 300.
Le cas Lyhanna et le scandale du périscolaire parisien
Le 29 mai 2026, Lyhanna, 11 ans, disparaît à Fleurance (Gers). Son corps est retrouvé le 4 juin dans un silo agricole. L’homme mis en examen, Jérôme Barella, 41 ans, avait fait l’objet depuis 2017 de plusieurs signalements ou plaintes : un signalement de la gendarmerie en 2017, un signalement d’un lycée en 2021, une plainte pour viol sur une enfant de 7 ans classée sans suite en 2022, des signalements d’un organisme américain en 2023 et une plainte pour viols sur une fillette de 10 ans en 2025, malgré des lésions constatées médicalement. Il n’avait pas été auditionné.
Dans le périscolaire parisien, 46 animateurs ont été suspendus en 2025, principalement dans les 11e et 12e arrondissements. Sur les 14 000 animateurs, 7 000 ne sont pas formés, la règle exigeant seulement que la moitié de l’équipe soit qualifiée. Une relaxe a été prononcée le 16 juin 2026 dans l’affaire d’un animateur accusé d’avoir agressé neuf fillettes. Pour l’été 2026, les centres de loisirs parisiens perdent 2 000 inscriptions, soit une baisse de 16 %.
Le collectif SOS Périscolaire recense 541 signalements en juillet 2026 dans toute la France. La cyberpédocriminalité s’industrialise : plus de 180 000 signalements en France en 2025 et plus de 21,3 millions dans le monde, soit 493 enfants filmés ou abusés chaque jour en France.
La France vient en effet de voter la perpétuité pour des crimes qu’elle ne parvient pas à qualifier.
Les données de la note
Personnes mises en cause de 2017 à 2024, selon les suites
Près de deux personnes sur trois n’ont jamais été poursuivies, et dans trois cas sur quatre le motif est une infraction insuffisamment caractérisée.
Évolution des faits et des auteurs
En 2020, année de confinement, 29 000 personnes ont été mises en cause.
Animateurs du périscolaire parisien
Sur 14 000 animateurs, 7 000 ne sont pas formés. La règle impose seulement 50 % de qualifiés.
Vers une prise de conscience politique ?
Depuis 2024, un dispositif expérimental de contrôle d’honorabilité identifie les personnes qui ne devraient pas travailler au contact d’enfants : selon la Haute-Commissaire à l’Enfance, 2 000 dossiers sur 342 000 ont obtenu une décision de blocage. La note en tire trois limites : les contrôles ne repèrent que les personnes déjà condamnées, la formation de prévention est insuffisante et les rôles sont fragmentés entre collectivités.
Une proposition de loi-cadre de 140 mesures, cosignée par 150 parlementaires, propose une approche intégrée : sa pétition a recueilli près de 340 000 signatures début juillet 2026. Le gouvernement présente le 27 mai 2026 un projet de loi sur la protection des enfants, durci par une lettre rectificative du 1er juillet : délai de 3 mois pour les premiers actes d’enquête et perpétuité pour les viols en série sur enfants. À Paris, l’opposition propose un plan d’urgence de quatre mesures, dont le travail en binôme.
L’Australie impose 4 formations obligatoires renouvelées à intervalles réguliers et externalise partiellement les audits. Le Royaume-Uni s’appuie sur le Disclosure and Barring Service, qui prend en compte les condamnations, les avertissements et les signalements.
Volet n°1 : prévenir le passage à l’acte
Le projet de loi adopté le 21 juillet 2026 traite du casier et de la peine, mais pas de l’organisation du travail auprès des enfants, là où se joue le passage à l’acte. Le périscolaire souffre de pénurie d’effectifs, de qualification et de précarité.
Proposition n°1 : mutualiser les emplois pour offrir des temps complets et stabiliser les équipes.
Proposition n°2 : généraliser le travail en binôme, une fois réglée la question des effectifs. Le binôme réduit le risque sans le supprimer.
Proposition n°3 : développer une culture de l’audit régulier des structures, avec une périodicité réglementaire, des conclusions opposables et un référentiel national.
Proposition n°4 : faire de l’externalisation partielle des audits une règle d’or, en gardant publiques les fonctions régaliennes.
Proposition n°5 : équiper de caméras de vidéoprotection les angles morts, en excluant les salles de classe et les sanitaires, avec saisine préalable de la CNIL.
Proposition n°6 : introduire un pacte de formation unique, continu et obligatoire, avec un module pour les recruteurs.
Proposition n°7 : rendre systématique le suivi sociojudiciaire des auteurs de violences sexuelles sur mineur.
Proposition n°8 : créer une Haute-Autorité nationale qui centralise les contrôles d’honorabilité et pilote des audits réguliers des organisations.
Volet n°2 : faire payer les coupables pour assurer la justice
Le projet de loi étend la réclusion à perpétuité et rend imprescriptibles les crimes sexuels sur mineurs. La note estime que ces mesures sont légitimes mais ne changent pas le problème : la chaîne judiciaire se rompt sur la preuve, la formation, l’opacité du classement sans suite et l’absence de croisement des signalements.
Proposition n°9 : légitimer la parole de l’enfant par des garanties procédurales, sans présomption de véracité. Cinq recommandations : rendre effectif l’enregistrement audiovisuel, garantir l’audition par un professionnel formé, désigner un administrateur ad hoc, proscrire le « syndrome d’aliénation parentale » et interdire la confrontation directe.
Proposition n°10 : faire de la formation au recueil de la parole de l’enfant une obligation professionnelle, pour les magistrats, les enquêteurs, l’éducation nationale, l’animation et les médecins.
Proposition n°11 : exiger une motivation écrite circonstanciée du classement sans suite lorsque la victime est mineure.
Proposition n°12 : déclencher un réexamen automatique dès que plusieurs signalements visent une même personne, avec un fichage encadré des personnes non condamnées.
Conclusion
Le premier problème français en matière de pédocriminalité ne réside pas dans la clémence des peines, mais dans l’incapacité à établir les faits et à faire circuler ce que l’on sait déjà. 80 % des Français estiment que l’affaire Lyhanna est révélatrice d’un mauvais fonctionnement et d’une mauvaise coordination des services de l’État. La note appelle à une action de l’État qui montre qu’il est fort contre les pédocriminels et met tout en œuvre pour prévenir les actes.
Un sursaut français pour protéger nos enfants, l’affaire Lyhanna doit transformer la prise de conscience en changement
64 pages.
Hanounna M., « Un sursaut français pour protéger nos enfants, l’affaire Lyhanna doit transformer la prise de conscience en changement », Note du Millénaire, 30 juillet 2026, lemillenaire.org.
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