Qu’il soit réélu ou non, Donald Trump a fait basculer les États-Unis et le monde dans une ère nouvelle : la fin du cycle néolibéral ouvert dans les années 1980 et le retour de l’État stratège et protecteur. Le Millénaire analyse cette seconde révolution conservatrice et les leçons que la droite française peut en tirer pour ne pas rater, comme dans les années 1980, l’entrée dans un nouveau cycle.
Le constat
La crise de 2008 puis celle de la Covid-19 ont mis fin au cycle néolibéral.
La cause
Désindustrialisation, déclassement des classes moyennes et affrontement sino-américain ont porté une seconde révolution conservatrice.
La conséquence
L’Europe et la France risquent le déclassement si elles ne s’adaptent pas à cette nouvelle ère.
Avant-propos
La fin du cycle néolibéral
Une première révolution conservatrice épuisée. Inauguré dans les années 1980 par Ronald Reagan et Margaret Thatcher, le cycle néolibéral a multiplié par quatre le PIB mondial entre 1980 et 2020 pour une population multipliée par deux, mais il a aussi creusé les inégalités au sein des pays développés. La crise de 2008 puis celle de la Covid-19 en marquent la fin : dépendance industrielle, retour de la nation comme horizon protecteur, rôle essentiel des « premiers de corvée ».
Une nouvelle donne géopolitique. Le monde se bipolarise autour de l’affrontement entre les États-Unis et la Chine, tandis que des puissances régionales (Russie, Turquie, Inde, Iran, Brésil) contestent l’ordre américain. Pour les auteurs, Donald Trump a poursuivi et durci le pivot asiatique engagé par son prédécesseur.
Le cri de la Rust Belt. Entre 1970 et 2010, les États-Unis ont perdu huit millions d’emplois manufacturiers, pour l’essentiel dans la Rust Belt ; Detroit est passée de 1,8 million d’habitants à 700 000. En 2016, les cinq États de la région (Michigan, Indiana, Ohio, Wisconsin, Pennsylvanie) ont basculé principalement sur des enjeux économiques, et la plus forte progression républicaine a été enregistrée chez les syndiqués aux revenus inférieurs à 50 000 dollars par an.
La seconde révolution conservatrice
Un changement de paradigme. Au néoconservatisme fondé sur le libre-échange et l’interventionnisme extérieur succède un « national-conservatisme » : protectionnisme, recentrage sur l’intérêt national, fin des interventions militaires prolongées et méfiance envers les grandes entreprises du numérique et de la finance.
Le retour de l’État stratège. Le rapport décrit une politique mêlant baisses d’impôts (1 500 milliards de dollars sur dix ans, impôt sur les sociétés ramené de 35 % à 21 %), déréglementation bancaire, hausse des droits de douane et soutien à l’investissement sur le sol américain. Grâce à un taux réduit, 665 milliards de dollars de bénéfices ont été rapatriés en 2018, contre 155 milliards en 2017. Avant la crise sanitaire, le chômage était de 3,5 % et la croissance de 2,3 % en 2019, mais la dette publique dépasse 22 000 milliards de dollars.
Une politique étrangère de rapport de force. Retrait du partenariat transpacifique et de l’accord de Paris, renégociation de l’ALENA, remise en cause du multilatéralisme et guerre commerciale avec la Chine, accusée de dumping, de transferts de technologie forcés et de manipulation monétaire.
Une empreinte durable sur la justice. Plus de 200 juges fédéraux nommés sur 860 et trois juges à la Cour suprême, dont les nominations assurent selon les auteurs la pérennité de cette révolution au-delà du mandat.
de dollars de bénéfices rapatriés par les entreprises américaines en 2018 grâce à un taux d’imposition réduit, contre 155 milliards en 2017.
Campagnes et pouvoir
Une campagne hors norme. En 2016, le candidat républicain a dépensé 74 millions de dollars en spots télévisés contre 214 millions pour son adversaire, mais a bénéficié de l’équivalent de 1,9 milliard de dollars de couverture médiatique gratuite selon mediaQuant. Le rapport analyse son usage des réseaux sociaux, du ciblage publicitaire et d’un langage volontairement simple.
Un système électoral exigeant. Sur les quatre dernières élections, les démocrates disposaient d’une base de 220 grands électeurs, les républicains de 178, et 140 restaient disputés : il manquait ainsi 49 grands électeurs aux premiers pour l’emporter, contre 91 aux seconds. La victoire de 2016 dans le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie n’en est que plus remarquable.
Un parti tenu. Malgré un renouvellement record des équipes de la Maison Blanche (43 % en 2018), la procédure de destitution a ressoudé les élus républicains autour du président.
La révolution Trump en chiffres
Vote républicain selon la taille des villes en 2016
Une Amérique divisée territorialement.
Grands électeurs acquis sur les quatre dernières élections
Un système plutôt favorable aux démocrates selon le rapport.
Bénéfices rapatriés par les entreprises américaines (Md$)
Un effet massif de la réforme fiscale.
Dépenses en spots télévisés en 2016 (M$)
Trois fois moins de dépenses, compensées par la couverture médiatique gratuite.
La France ne peut se permettre de faire sa révolution néolibérale avec trente ans en retard alors que les économies du monde tournent la page de cette ère, sous l’impulsion lancée par Donald Trump.
Les leçons pour la droite française
Le vote rural et périurbain. En 2016, le candidat républicain a obtenu 40 % des voix dans les villes de plus d’un million d’habitants et 57 % dans celles de moins de 250 000. La même fracture existe en France : aux municipales de 2020, les écologistes n’ont recueilli qu’à peine 3 % des suffrages dans les villes de moins de 10 000 habitants, contre 13 % dans celles de plus de 100 000. La droite peut s’appuyer sur son ancrage local.
Sortir de la norme. Sans transposer un profil qui ne conviendrait pas à la France, la droite devrait s’inspirer de la conviction qu’aucune réforme n’est exclue par principe.
Un modèle d’unité. Face au piège identitaire, la droite doit proposer un modèle fondé sur l’unité du pays, la méritocratie, la laïcité et la réconciliation autour du drapeau, capable de parler au-delà de son socle historique.
Préconisations pour l’Europe et la France
Une Europe troisième voie. Concilier la vision allemande d’une zone de prospérité et la vision française d’une Europe puissance ; faire de l’euro une arme monétaire face au dollar et du droit continental la référence des affaires ; rééquilibrer le modèle européen entre production et consommation, en encourageant la spécialisation de chaque pays dans ses secteurs d’excellence et en conservant des entreprises stratégiques.
Une France qui ne rate pas le nouveau cycle. Réformer un État jugé trop faible dans ses fonctions régaliennes et trop lourd dans sa dimension sociale, redresser les capacités productives au niveau de l’Allemagne et faire de la France une nation d’industriels et de savants, en conciliant liberté économique et protection.
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William Thay et Pierre Fontaine et Clément Perrin
Président du Millénaire ; Directeur du pôle politique du Millénaire, rapporteur ; Directeur adjoint des études du Millénaire, rapporteur.
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Merci pour cette analyse !
Ou se trouve le rapport ? Il n’y a rien de disponible sur cette page.
Merci
Excusez moi mais je ne vois le rapport sur Trump nulle part?
Comment puis-je le lire svp?
Bonjour,
Il est impossible d’accéder au rapport sur la révolution Trump.
Est ce qu’il y a un problème sur le site ?
Merci d’avance
Cordialement