Quelle primaire pour la droite pour 2027 ?

Note du Millénaire Politique et institutions

À un an de la présidentielle de 2027, existe-t-il encore un chemin de victoire pour la droite ?

La droite française apparaît divisée et faible, mais ses valeurs n’ont jamais été aussi prégnantes : 85 % des Français considèrent que la France a besoin d’un vrai chef pour remettre de l’ordre. La note étudie comment la culture primaire s’est imposée à droite, ce que les primaires de 2016 et 2021 enseignent, et deux scénarios de primaire pour 2026.

MH
Matthieu Hocque, Lilian GuignardDirecteur Général du Millénaire ; Analyste au Millénaire
17 avril 2026
36 pages · lecture 8 min
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En bref

Le constat

Divisée et rétrécie, la droite rassemble près d’un tiers des intentions de vote, mais 85 % des Français veulent un vrai chef pour remettre de l’ordre.

La cause

Un double rétrécissement électoral : LR prise en étau entre macronisme et lepénisme, et un bloc central qui recule à toutes les élections depuis 2017.

La conséquence

Deux scénarios de primaire pour 2026 : « la droite et du centre », ou « de Horizons à Knafo », que les auteurs jugent plus à même d’élargir le socle.

Principaux constats
014 272 880votants au premier tour de la primaire de 2016, dont 44,1 % pour François Fillon.
024,78 %le score de Valérie Pécresse à la présidentielle de 2022, après le congrès LR de 2021.
0357 %des sympathisants LR favorables à une alliance avec le RN (Elabe), contre moins de 40 % avant 2022.
0474 %des électeurs de Reconquête ont voté pour Marine Le Pen face à Macron en 2022 (Ipsos/Sopra Steria).
05152listes « Les Républicains » aux municipales de 2026, contre 1 400 en 2008.
0685 %des Français considèrent que la France a besoin d’un vrai chef pour remettre de l’ordre (Fractures françaises, octobre 2025).

Avant-propos

La droite française vit un paradoxe. Elle apparaît divisée et faible, regroupant près d’un tiers des intentions de vote en additionnant les scores de Horizons, LR et Reconquête, dans toutes les configurations du dernier Odoxa. 

Pour autant, ses valeurs n’ont jamais été aussi prégnantes : 85 % des Français considèrent que la France a besoin d’un vrai chef pour remettre de l’ordre et 51 % qu’il faille limiter au maximum le rôle de l’État dans l’économie française (Fractures françaises d’octobre 2025). Ainsi, un programme de droite pour proposer un projet construit sur les valeurs de la droite que sont la prospérité collective et individuelle, le rétablissement de l’ordre et la méritocratie républicaine, peut l’emporter. 

Il est souvent acté que la primaire est mauvaise pour la droite française car les deux candidats sortis de celles-ci n’ont pas remporté l’élection présidentielle. Pourtant, la primaire poursuit d’autres objectifs comme donner une dynamique sondagière au candidat sortant, faire émerger des thèmes et des solutions de droite ainsi qu’éliminer des candidats concurrents. Sur ces aspects, les précédentes primaires n’ont pas été de si mauvaises choses. 

C’est pourquoi ce rapport s’attache à expliquer comment la culture primaire s’est imposée à droite, quels sont les enseignements des primaires passées et quels sont les scénarios de primaires et dans quelle situation est la droite française à un an de la présidentielle 2027, et 19 ans après sa dernière victoire.  

Et Lilian GUIGNARD, Analyste au Millénaire.

Comment la « culture primaire » s’est imposée à droite

Le « candidat naturel » (1962-2016). À partir de la réforme constitutionnelle de 1962 et de l’élection du président de la République au suffrage universel direct, la droite gaulliste a longtemps fait le choix d’un candidat « naturel » : Georges Pompidou en 1969, Jacques Chirac en 1981, 1988 et 1995, Nicolas Sarkozy en 2007 (seul candidat de la « primaire » interne de l’UMP) et en 2012. Deux entorses existent : 1974, avec le « Manifeste des 43 », et 1995, avec Édouard Balladur.

Une méthode remise en question. La « guerre des chefs » de 2012-2013 entre François Fillon et Jean-François Copé a révélé l’impasse du « candidat naturel » lorsqu’il n’y en a pas. Inspirée des primaires américaines et de la primaire socialiste de 2011, la droite adopte la Charte de la primaire en avril 2015. Cette adoption tardive marque une rupture culturelle profonde, plus qu’une conversion idéologique : une adaptation pragmatique à la Ve République médiatique.

Les enseignements des primaires passées

2016 : un succès organisationnel, plus mitigé sur le plan politique. Organisée les 20 et 27 novembre, elle réunit 7 candidats. La Haute Autorité de la Primaire, composée de 5 personnalités indépendantes dont Anne Levade, garantit l’impartialité, avec 10 228 bureaux de vote et 2 euros par tour. Elle rassemble 4 272 880 votants au premier tour (Fillon 44,1 %, Juppé 28,6 %, Sarkozy 20,7 %) et 4 380 377 au second (Fillon 66,5 % contre Juppé 33,5 %). Avant la primaire, François Fillon est crédité de 18 à 21 % dans les sondages de 2016 ; il est ensuite donné entre 31 % et 24 % jusqu’à la publication de l’article du Canard enchaîné, le 25 janvier 2017, puis jamais au-dessus de 21,5 %. Il n’est pas qualifié pour le second tour (20,01 %, 7 213 793 voix).

2021 : un échec relatif. Les Républicains rejettent à 58 % une primaire ouverte au profit d’un congrès fermé réservé aux 140 000 adhérents environ. Valérie Pécresse et Éric Ciotti se qualifient (25 % chacun environ), puis Pécresse l’emporte avec 61 % contre 39 %. Elle obtient 4,78 % à la présidentielle de 2022. Pour les auteurs, il serait injuste d’attribuer ce score à l’organisation de la primaire : celle de 2021 a joué le même rôle que celle de 2016, donner une dynamique sondagière à la candidate (+ 6 points en moyenne).

4 272 880

votants au premier tour de la primaire de la droite et du centre de 2016, dont 44,1 % pour François Fillon.

Note, p. 12

2026 : un contexte différent avec un double rétrécissement électoral

LR prise en étau entre le macronisme et le lepénisme. L’électorat d’Emmanuel Macron a glissé vers la droite : en 2017, il comptait 38 % de sympathisants de centre gauche et 35 % de centre droit ; en 2022, la droite (16 %) et le centre droit (45 %) constituent 61 % de son socle. Côté lepéniste, 74 % des électeurs de Reconquête ont voté pour Marine Le Pen face à Macron au second tour de 2022 selon Ipsos/Sopra Steria. Avant 2022, moins de 40 % des sympathisants LR étaient favorables à une alliance avec le RN ; ils sont 57 % selon un sondage Elabe. Le nombre de listes « Les Républicains » aux municipales est passé de 1 400 en 2008 à 152 en 2026.

Un bloc « socle commun » qui se rétrécit. Au premier tour, Emmanuel Macron et François Fillon totalisent 44,02 % en 2017 ; le score cumulé d’Emmanuel Macron est de 32,63 % en 2022. Aux législatives, les scores cumulés passent de 53,89 % en 2017 à 37,04 % en 2022, puis 30,29 % en 2024. Aux européennes, 30,90 % en 2019 contre 21,85 % en 2024. Le rétrécissement de LR a toutefois pris fin en 2024 et son poids relatif dans une alliance avec le bloc central s’est renforcé depuis 2022 : selon les auteurs, cela laisse penser qu’une primaire avec ces forces aurait du sens pour LR.

Cette grande primaire ne doit pas être un gadget démocratique mais le creuset d’une droite refondée, gaulliste et à nouveau victorieuse.

Quelle primaire possible en 2026 ?

Scénario 1 : une primaire de « la droite et du centre ». Le premier scénario agrège 5 formations : Renaissance, Horizons, le MoDem, l’UDI et Les Républicains. Un Comité national d’organisation paritaire, une Haute Autorité de la primaire de 5 personnalités extérieures et environ 10 000 à 12 000 bureaux de vote sont prévus. Les candidats devraient réunir 300 élus (dont 30 parlementaires) et 3 000 adhérents ou sympathisants sur 30 départements, et signer un « Pacte d’unité ». Le scrutin aurait lieu les 20 et 27 novembre 2026, avec un objectif de 2 à 4 millions de participants et un pré-financement de 5 à 7 millions d’euros. Il donnerait une légitimité large mais dépend des partis et n’élargit pas le bloc électoral : il s’agit de choisir le champion d’un camp récessif.

Scénario 2 : une primaire « de Horizons à Knafo ». Plus audacieux et plus conforme, selon les auteurs, à la tradition gaulliste du Millénaire, il réunit les trois courants de la droite au sens de René Rémond (gaulliste, orléaniste, légitimiste) et évoque la coalition « Sarkozy 2007 ». Les parrainages seraient de 250 élus (20 parlementaires sur 20 départements) et 2 500 adhérents sur 30 départements, la cotisation de 4 euros, le financement mutualisé de 6 à 8 millions d’euros, avec 4 débats thématiques et un objectif d’environ 5 millions de votants. Ses limites : concilier des positions qui diffèrent radicalement et réunir des conditions cumulatives (élan populaire massif, adhésion des trois courants, absence de candidatures dissidentes).

Comparaison. Les deux scénarios partagent un socle organisationnel commun (Haute Autorité indépendante, charte, parrainages, scrutin ouvert). Le premier privilégie l’inclusivité centriste au risque de l’effacement ; le second assume une droite combative. Pour l’élargissement électoral, le second scénario offre selon la note la meilleure option, en intégrant des personnes qui ont voté pour Emmanuel Macron comme pour Marine Le Pen. Dans les deux cas, la réussite exige un lancement en 2026, une communication unitaire, un financement transparent et une clause d’unité post-victoire.

Explorer les données

Les primaires en chiffres

Résultats du premier tour de la primaire de 2016 (en %)

François Fillon44,1 %Alain Juppé28,6 %Nicolas Sarkozy20,7 %
Lecture

François Fillon arrive en tête du premier tour avec 44,1 % des voix.

Note, p. 12 et 19 : Haute Autorité de la Primaire, ministère de l’Intérieur

Conclusion

Sur le plan politique, l’enjeu numéro 1 de la primaire est d’élargir le socle électoral de la droite. Sans cela, son utilité est relative et pourrait même être improductive. Sur le plan organisationnel, les conditions de réussite sont l’indépendance de la Haute Autorité de la primaire, une logistique calquée sur le Code électoral et une communication massive.

Le premier scénario semble plus simple à réaliser mais n’offre aucune garantie de succès. Le second paraît difficile à concevoir au regard des personnalités indiquées mais présente une capacité de rassemblement plus large et permet de casser les deux blocs concurrents, la droite nationale comme le centre, pour retrouver un espace politique similaire à la coalition Sarkozy 2007.

Couverture du rapport
Le rapport complet

Quelle primaire pour la droite pour 2027 ?

36 pages.

Citer cette note

Hocque M., Guignard L., « Quelle primaire pour la droite pour 2027 ? », Note du Millénaire, 17 avril 2026, lemillenaire.org.

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L’auteur

Matthieu Hocque et Lilian Guignard

Directeur Général du Millénaire ; Analyste au Millénaire.

Matthieu Hocque   Lilian Guignard
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Crédit photo : Palais de l’Elysée, de Nicolas Nova, via Flickr, sous licence CC BY-NC 2.0.

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