Alors que les Français espéraient quelques gestes sur le prix des carburants, le Premier Ministre est resté sourd, préférant évoquer de modestes aides ciblées en faveur des secteurs les plus exposés. En revanche, il s’est montré beaucoup plus bavard sur le long terme, vantant l’électrification des usages, comme voie unique pour retrouver notre souveraineté énergétique tout en décarbonant l’économie.
Depuis plus d’un demi-siècle, les crises pétrolières se répètent, posant la question récurrente : comme réduire notre dépendance au pétrole ? La seule réponse structurante fût le plan Messmer, lancé en mars 1974 à la suite du premier choc pétrolier. A l’époque, le pétrole représentait plus de 70% de notre consommation d’énergie primaire[1] contre 37% en 2000 (à la fin du plan) et 31% aujourd’hui. Cette baisse s’explique principalement par le remplacement de la génération électrique au fuel, dominante avant 1973, par le nucléaire.
En revanche le pétrole ne fût jamais remplacé dans nos usages où il reste dominant dans la mobilité (voiture thermique) et le chauffage du bâti. Sur ce point, le Premier Ministre a donc raison : l’électrification des usages représente le principal levier pour retrouver notre souveraineté énergétique et décarboner l’économie.
Le principal frein à l’électrification des usages reste le coût et la commodité. Une pompe à chaleur demeure beaucoup plus onéreuse qu’une chaudière au gaz dernière génération. Souvent présentée comme une solution universelle, son rendement n’est pourtant optimum que dans les régions chaudes et pour les chauffages au sol. Quant au véhicule électrique, il affiche un surcoût de 30% à 50% par rapport à un modèle thermique équivalent et s’avère peu commode à utiliser dans les grandes métropoles et sur longues distances. Résultat : malgré les nombreuses subventions accordées depuis dix ans, l’électrification progresse à un rythme homéopathique tandis que la consommation d’électricité que l’on anticipait en forte hausse est revenue en 2025…à son niveau de 2006 !
Cette situation est d’autant plus paradoxale que l’éolien et le solaire ont été fortement développés au cours de la dernière décennie. Nous nous retrouvons ainsi avec un important excédent d’électricité aux effets multiples : des prix négatifs presque quotidiens quand l’offre excède la demande, un nucléaire cannibalisé par le vent et le soleil et un réseau fragilisé, pouvant conduire au blackout comme ce fût le cas en Espagne et au Portugal en avril 2025.
Subventions aussi coûteuses qu’inefficaces pour pousser les usages électriques et surproduction chronique d’électricité sont ainsi devenus les deux piliers incontournables de la transition énergétique française. Cependant, plutôt que de reconnaître l’évidence et de corriger le tir, le gouvernement a préféré avec une remarquable constance persister et même amplifier une stratégie en contradiction flagrante avec toute logique scientifique.
D’un côté, la Planification Pluriannuelle pour l’Energie, adoptée par décret en février 2026, prévoit d’accélérer le déploiement de l’éolien et du solaire. De l’autre, en réaction au conflit irano-israélo-américain, le Premier Ministre a annoncé 10 Mds€ de subventions supplémentaires pour les pompes à chaleur et les véhicules électriques. A la lumière des trajectoires passées, ces objectifs – 2/3 de ventes électriques neuves et un million de pompes à chaleur par an d’ici 2030 – relèvent davantage de l’incantation que du réel. Plus déconnectée que jamais, cette stratégie est d’autant plus contestable que 80% de ces équipements seront inexorablement importés de Chine.
Le gouvernement ne semble avoir compris que la véritable clé de l’électrification des usages réside dans le PRIX DE l’ELECTRICITE. Celle-ci ne décollera qu’à condition que les prix chutent sous les 0,150 €/kWh, contre 0,24 €/MWh (incluant l’abonnement EDF) aujourd’hui. Or, le coût colossal de la PPE3 (au moins 150 Mds€ sur 10 ans pour les nouveaux EnR incluant la connexion au réseau) devrait conduire à un prix de l’électricité compris supérieur à 0,3 €/kWh à l’horizon 2035.
Si elles sont simples, les décisions n’en sont pas moins difficiles à prendre puisqu’elles remettent totalement en cause une stratégie décennale : prolonger la durée de vie du nucléaire historique à 80 ans voire 100 ans, arrêter tout nouveau développement solaire et éolien, arrêter de subventionner les VE et les PAC via les CEE et MaPrimRenov et concentrer l’effort sur une baisse drastique du prix de l’électricité, notamment par une réduction massive de la fiscalité.
Philippe Charlez est expert associé au Millénaire, en questions énergétiques et a écrit cet article avec Nicolas Meilhan.
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Crédit photo : 2018 Advantus Media, Inc, sous licence CC BY-ND 4.0.

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