Matthieu Hocque et Lilian Guignard pour Atlantico « A droite, la primaire ouverte n’est pas nécessairement l’option perdante »

À un an de l’élection présidentielle, les adhérents Les Républicains sont appelés à se prononcer sur le mode de désignation de leur candidat. Cette consultation interne illustre la difficulté du parti à aborder chaque élection présidentielle depuis 2016 face à l’étau que représentent le macronisme et le lepénisme. Souvent tentée de chercher le “candidat naturel“, la primaire ouverte n’est pas nécessairement une option perdante dans la situation dans laquelle se trouve le parti. 

Une prise en étau inextricable ?

Depuis la défaite de François Fillon en 2017, Les Républicains sont pris en étau sur le plan électoral. En 2017, près de 1 électeur sur 5 vote pour LR lorsqu’en 2022, il s’agit de moins de 1 électeur sur 20. Cette érosion électorale s’explique par l’émergence d’offres concurrentes ayant séduit durablement les électeurs de droite. D’un côté, sur le premier quinquennat, près de 40% des électeurs de François Fillon votent désormais régulièrement pour Emmanuel Macron et pour les partis du bloc central. De l’autre, depuis le second quinquennat, près de 30% des électeurs de François Fillon votent désormais pour le RN, une proximité électorale qui s’est accentuée lors des européennes 2024, des législatives, mais aussi lors des municipales dans les villes du Sud, avec la figure de Jordan Bardella, jugée plus proche de l’ADN des électeurs LR que Marine Le Pen. Cet étau s’illustre lors des municipales de 2026 qui ont vu une réduction drastique des listes estampillées LR : 152 listes présentées contre 1 400 en 2008 ! 

Mais cet étau n’est pas une fatalité. Si à sa droite, le RN apparaît toujours comme un bloc fort et uni quelque soit le candidat, au centre, deux problèmes se posent. D’une part, alors que le président de la République ne peut pas se représenter, ses électeurs sont orphelins de leur champion. En effet, l’offre politique n’est pas clarifiée même si Edouard Philippe fait la course dans les sondages. D’autre part, le bloc central fait face, sous le second quinquennat, à un rétrécissement électoral encore plus prononcé que LR. En effet, en 2022, LR pèse autour de 20% du cumul “LR + Majorité présidentielle“ tant dans les résultats électoraux de premier tour qu’à l’Assemblée nationale. Or, désormais, sur ces deux indicateurs, LR pèse plutôt entre 25% (en nombre de députés) et surtout 35% à 40% du “socle commun“ des intentions de vote à la présidentielle selon les différents sondages.

Un procès injuste fait aux primaires de la droite

La tradition gaulliste a longtemps récusé la primaire. Et elle n’avait pas tort, dans un pays où le chef incarnait l’unité sans avoir besoin de la négocier. De Gaulle lui-même l’avait formulé, avec la clarté qui lui était propre, que le président « se place au-dessus » des partis, en arbitre et garant, non en chef de camp. Mais, il s’agit d’une situation idéale dans laquelle furent Georges Pompidou, Jacques Chirac en 1981 et 1988, et Nicolas Sarkozy par deux fois. En revanche, la droite a déjà gagné sans “candidat naturel“, avec Jacques Chirac en 1995. 

A droite, l’idée de primaire souffre d’un procès injuste uniquement car François Fillon et Valérie Pécresse ne remportent pas l’élection présidentielle derrière. C’est un raisonnement simple qui oublie deux paramètres. Le premier concerne les objectifs d’une primaire qui ne sont pas de faire gagner le candidat vainqueur, mais plus modestement de : lui donner une dynamique sondagière (ce dont ont bénéficié François Fillon et Valérie Pécresse de + 5 points en moyenne), l’absence des candidats perdants et la possibilité de mettre à l’agenda du débat public des thèmes de campagne. Le deuxième paramètre est qu’une primaire ouverte offre, par son succès organisationnel comme 2016, une capacité d’élargissement du socle électoral traditionnel pour s’adresser aux Français : elle n’est pas l’apanage d’un parti politique.

L’échec de la primaire de 2016 n’est pas là où l’on croît qu’il est. En effet, la Haute Autorité indépendante, les 10 228 bureaux de vote, le financement équilibré par la contribution des votants, tout cela a fonctionné. Ce qui a échoué, ce n’est pas la primaire. C’est ce qui s’est passé après. L’absence de clause de retrait en cas de crise, l’incapacité à gérer un scandale qui a fracassé la dynamique en plein vol, et surtout l’absence de pacte d’unité contraignant qui aurait lié les vaincus au vainqueur. La leçon n’est donc pas « ne refaites jamais de primaire ! », mais « prolongez-en la logique jusqu’au bout ! ».

Deux options de primaire : une impasse et un chemin difficile de victoire

2016 devait trancher un désaccord de leadership, mais LR disposait d’une dynamique marquée par des bons résultats aux élections européennes de 2014 ainsi qu’aux municipales. Or, la droite actuelle ne dispose pas d’une telle dynamique électorale. En effet, de la tripartition qui a émergé sous la présidence Macron, ce sont le RN et la gauche lorsqu’elle est unie qui disposent de dynamiques comme nous l’avons vu lors des européennes, législatives et municipales dernières. 

Deux scénarios s’ouvrent aujourd’hui. Le premier, appelons-le le scénario du « Socle commun », agrège Renaissance,Horizons, le MoDem, l’UDI et Les Républicains dans une coalition centriste-libérale. Il a la vertu de la cohérence parlementaire et de la familiarité institutionnelle. Il a l’inconvénient de sa nature, c’est de choisir le champion d’un bloc électoral en récession. Pire encore, elle reproduit le calcul hasardeux de la dissolution de 2024, c’est-à-dire miser sur la faiblesse de l’adversaire (la gauche) plutôt que sur sa propre force. 

Le second scénario, « d’Horizons à Knafo », est plus audacieux, mais présente naturellement plus de barrières à l’entrée. Il s’agirait d’agréger les 3 droites au sens de René Rémond : la droite gaulliste et bonapartiste de LR, la droite orléaniste d’Horizons, et la droite légitimiste et conservatrice de Reconquête. Une coalition qui rappelle explicitement celle que Nicolas Sarkozy avait su construire en 2007 ou même Jacques Chirac en 1995. Elles avaient conduit à une victoire éclatante précisément parce qu’elle assumait sa nature, sans la diluer dans un « en même temps» avant l’heure. Cette option présente deux avantages décisifs. D’une part, elle offre une capacité d’élargissement électoral réelle, en pouvant capter des électeurs qui ont voté Macron par vote utile en 2022, comme les électeurs qui ont voté Zemmour puis Le Pen par dépit. D’autre part, elle peut casser mécaniquement les deux blocs concurrents. Les risques sont réels, car les divergences de degré entre Horizons et Reconquête sont parfois plus profondes que celles qui séparent socialistes et insoumis. Mais ils sont surmontables par une Haute Autorité véritablement indépendante, une charte programmatique négociée en amont, et un pacte d’unité aux sanctions effectives.

Une primaire réussie n’est pas qu’un acte politique, c’est une démonstration de compétence gouvernementale. La droite qui sera capable d’organiser 10 000 bureaux de vote, de désigner une Haute Autorité crédible, de produire un cahier des charges rigoureux et transparent, dira quelque chose d’elle-même aux Français : « Nous sommes capables de gérer l’État parce que nous sommes capables de nous gérer nous-mêmes ». Le calendrier est contraint. Il faut lancer le processus au printemps 2026, tenir le scrutin en novembre, et laisser au vainqueur le temps de construire une campagne présidentielle en allant à la rencontre des Français.

Lilian Guignard, Analyste au think-tank gaulliste et indépendant Le Millénaire, co-auteur du rapport “Quel primaire pour la droite en 2027 ?“ 

Matthieu Hocque, Politologue, Directeur Général du Millénaire, co-auteur du rapport “Quel primaire pour la droite en 2027 ?“ 

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Crédit photo : Home Secretary Yvette Cooper meets French Minister of the Interior Bruno Retailleau in northern France, UK Home Office, via Wikimedia Commons, sous licence CC BY 2.0.

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