Beaucoup annonçaient la mort politique de Donald Trump après 2020, et pourtant il apparaît comme le grand favori pour devenir une troisième fois candidat du GOP. La note détaille les règles, les États et les rapports de force de la primaire républicaine, et se demande si une primaire trop longue pourrait lui nuire.
Le constat
Donald Trump est le grand favori de la primaire républicaine de 2024 et a repris la main sur le parti après l’échec des midterms de 2022.
La cause
Des victoires nettes en Iowa et au New Hampshire, le retrait de DeSantis et de Ramaswamy et une avance de 30 points dans les sondages.
La conséquence
La résistance de Nikki Haley peut prolonger la primaire, épuiser ses ressources et l’éloigner des électeurs modérés à l’élection générale.
Avant-propos
Alors que beaucoup présidaient la mort politique de Donald Trump avec sa défaite à l’élection présidentielle de 2020 et l’assaut du capitole du 6 janvier 2021, nous assistons à une renaissance politique. L’ancien président apparait comme le grand favori pour devenir pour la troisième fois consécutive le candidat du GOP (2016, 2020 et donc 2024), alors qu’il n’avait jamais été élu à une fonction électorale avant 2016.
Ce retour politique s’effectue par le processus des primaires républicaines qui structurent la vie politique américaine à différents échelons. En effet, nous avons des primaires pour les différentes fonctions d’élus dans la mesure où le bipartisme règne avec la domination des démocrates sur la gauche et des républicains sur la droite. Ainsi, les différents échelons comme candidat à la chambre des représentants, au Sénat, à la présidence, passent par une primaire avant d’être désigné comme candidat officiel de son camp.
Le règne de Donald Trump sur les républicains est contesté par différents protagonistes du parti. À ce titre, son ancien protégé Ron DeSantis, a longtemps fait figure de meilleure solution pour empêcher le retour de l’ancien président à la primaire. Cependant, l’année 2023 a vu la consécration sondagière du milliardaire dans les intentions de votes et personne ne semble en mesure de lui contester le leadership pour la prochaine élection présidentielle.
Pour autant, si cette primaire républicaine est en train de le relégitimer, est-ce qu’une primaire trop longue ne pourrait pas lui nuire comme elles avaient nui à Hillary Clinton en 2016 face à Bernie Sanders ? En cas de résistance importante d’autres concurrents comme Nikki Haley, à partir de quand Donald Trump pourrait plier le match ? Ces questions permettront de savoir à partir de quand nous verrons un très probable match retour et de l’affiche de 2020 entre Joe Biden et Donald Trump.
Les primaires des deux grands partis sont des étapes complexes mais nécessaire de la vie politique américaine dans la mesure où le bipartisme règne avec la domination des démocrates sur la gauche et des républicains sur la droite. Ce processus rythme la vie politique américaine, d’autant plus que la primaire démocrate ne produira aucune surprise et verra la victoire de Biden, à moins que ce dernier ne décide de renoncer.
Les premiers caucus et primaires jusqu’au Super Tuesday sont très importants pour la suite de la campagne qui nous mènera à la CNR de Milwaukee en juillet. Ils permettent ainsi de faire émerger des figures politiques et servent de sélection naturelle dans les ambitions des cadres des républicains au point éventuellement de faire émerger un ou une vice-présidente pour Donald Trump.
En effet, nous avons plusieurs scénarios permettant d’établir une victoire de Donald Trump. La première possibilité serait que Nikki Haley renonce à la suite de déconvenu comme potentiellement dans son « home state » de Caroline du Sud où elle a été gouverneure sur le modèle de Marco Rubio en 2016 lorsqu’il a perdu en Floride.
Dans d’autres hypothèses et en cas de maintien de Nikki Haley, Donald Trump pourrait plier le match en obtenant les 1215 délégués nécessaires pour remporter officiellement la primaire. Selon nos calculs, en cas de gros écarts avec sa concurrente, il pourrait obtenir les délégués nécessaires au plus tôt le 5 mars lors du Super Tuesday ou au plus tard lors des scrutins du 19 mars. À ce titre, il faudrait que Nikki Haley superforme ou que Donald Trump sous-performe par rapport aux scores précédents ou à la dynamique des sondages et de la campagne pour éviter un tel scénario.
Ainsi, en cas de progressions de Nikki Haley, la primaire pourrait devenir un tombeau pour Donald Trump alors qu’elle a été plutôt un tremplin pour l’ancien président. Elle lui a permis d’assoir sa domination sur le parti, de se relégitimer et d’apparaitre de nouveau comme un « winner » pour son camp politique. Cependant, si la campagne dure trop longtemps alors elle pourrait provoquer plus de défauts que d’avantages. Notamment, en l’éloignant des électeurs cibles de la campagne présidentielle 2024 (les femmes, les indépendants, les suburbs, etc.), en le radicalisant plus qu’il ne l’est, et en consommant toutes ses précieuses ressources. Il pourrait ainsi subir le même sort qu’Hillary Clinton face à Bernie Sanders en 2016.
Comprendre les primaires et les caucus
Deux mécanismes. Les primaires sont des élections directes à bulletin secret, plus efficaces et plus prévisibles. Les caucus sont des réunions publiques où les membres du parti expriment leur soutien, plus participatifs mais plus longs. Chaque parti d’État choisit son système, et les règles varient d’un État à l’autre.
Une origine ancienne. Le Parti républicain organise la première primaire présidentielle à l’échelle d’un État en 1892, dans l’Illinois. La première Convention nationale républicaine se tient en 1854 à Jackson, dans le Michigan. Les délégués sont alloués à chaque État en fonction de sa population et de ses votes électoraux.
Proportionnelle ou winner takes all. La note indique qu’en règle générale les primaires utilisent une répartition proportionnelle, avec des exceptions où le vainqueur remporte tous les délégués. Le seuil de 1 215 délégués est nécessaire pour être investi.
des voix pour Donald Trump au caucus de l’Iowa du 15 janvier 2024, contre 21,3 % pour Ron DeSantis, soit près de 30 points d’avance.
Iowa et New Hampshire : le début de la course
Iowa, le 15 janvier. L’État est important parce qu’il vote en premier. Ron DeSantis a tenu plus de 120 meetings, contre environ 30 pour Donald Trump ou Nikki Haley. Trump l’emporte avec 56 243 voix (51,0 %), devant DeSantis (21,3 %), Haley (19,1 %) et Vivek Ramaswamy (7,6 %). Ramaswamy puis DeSantis se retirent et se rallient à Trump.
New Hampshire, le 23 janvier. L’électorat y est plus modéré, avec de nombreux indépendants et un poids plus faible des chrétiens. Trump l’emporte avec 54,4 % contre 43,3 % pour Nikki Haley. La note y voit une remontée de Haley, qui consolide son image de candidate modérée.
Nevada, les 6 et 8 février. Haley est seule à la primaire, qui ne donne aucun délégué, mais arrive derrière « aucun de ces candidats » (63,3 % contre 30,6 %). Trump est seul au caucus, qui attribue 26 délégués, et l’emporte avec 99,1 %.
Caroline du Sud, Michigan et étapes de février
Caroline du Sud, le 24 février (50 délégués). C’est le home state de Nikki Haley. Les sondages donnent à Trump 60 à 65 % contre 29 à 32 % pour Haley, soit plus de 30 points d’avance. La note compare avec Marco Rubio, qui abandonne en 2016 après sa défaite dans son home state de Floride.
Michigan, le 27 février (55 délégués). État de la Rust Belt, devenu un swing state clé. Les sondages donnent 66 à 79 % à Trump contre 19 à 20 % à Haley. Le vainqueur dispose de règles différentes au niveau de l’État et des districts.
Ainsi, en cas de progressions de Nikki Haley, la primaire pourrait devenir un tombeau pour Donald Trump alors qu’elle a été plutôt un tremplin pour l’ancien président.
Le Super Tuesday et la suite du calendrier
Le Super Tuesday, le 5 mars. Quinze scrutins et 874 délégués sont en jeu, soit plus d’un tiers du total. La Californie en apporte 169, le Texas 161. Dans l’hypothèse haute de la note, Trump obtient 846 délégués contre 28 pour Haley, ce qui le placerait entre 1 000 et 1 140 délégués au total, près du seuil de 1 215.
Mars. Le 12 mars, 160 délégués (Géorgie, Mississippi, Washington, Hawaï). Le 19 mars, 349 délégués (Arizona, Floride, Illinois, Kansas, Ohio), dont plusieurs en winner takes all : la Floride (125), l’Ohio (79) et l’Arizona (43). Trump pourrait franchir les 1 215 délégués à l’issue du Super Tuesday ou au plus tard le 19 mars, selon les hypothèses.
Avril à juin. Le 2 avril, 195 délégués (Wisconsin, Rhode Island, New York, Delaware, Connecticut). Puis le Wyoming, la Pennsylvanie (67), l’Indiana (58), le 14 mai le Maryland, le Nebraska et la Virginie-Occidentale (104), le 21 mai l’Oregon et le Kentucky (77), et le 4 juin le Montana, le New Jersey, le Nouveau-Mexique et le Dakota du Sud (131).
Où Haley peut créer la surprise. Le New Hampshire, l’Utah, le Maine, le Delaware, le Connecticut et le Rhode Island, où l’électorat modéré et les indépendants pèsent, sont cités comme les terrains les plus favorables.
Les rapports de force : Trump, Haley, DeSantis, Ramaswamy
Donald Trump. Il est fort chez les conservateurs, les évangéliques, les hommes, les zones rurales et les électeurs peu diplômés. À l’Iowa, il obtient 66 % dans les zones avec peu de diplômés et 37 % dans celles avec plus de diplômés. Il doit élargir son électorat vers les modérés, les femmes et les électeurs des suburbs pour gagner en novembre.
Nikki Haley. L’ancienne gouverneure de Caroline du Sud vise deux objectifs : incarner l’opposition à Trump dans le parti ou devenir sa colistière. Ses électeurs sont plus modérés, plus diplômés, plus urbains et plus souvent des femmes, et 50 % d’entre eux se disent prêts à voter pour Biden.
Ron DeSantis. Vu comme le seul capable de battre Trump après les midterms de novembre 2022, il ne dépasse pas 20 % en Iowa et se retire avant le New Hampshire, sans avoir surmonté le boycott des débats par Trump.
Vivek Ramaswamy. Ce candidat de la nouveauté monte dans les sondages jusqu’en septembre, arrive quatrième en Iowa, se retire et appelle à voter Trump. La note lui voit un rôle possible dans une administration Trump, mais pas celui de vice-président.
Tremplin ou tombeau pour Donald Trump ?
Un champion retrouvé. Après l’échec des midterms de 2022, Trump s’est imposé comme le favori des Républicains. Il a retrouvé un statut de vainqueur potentiel et ses sondages nationaux le donnent en tête sur Joe Biden. La primaire lui a permis de se relégitimer.
Le risque d’une primaire longue. Le maintien de Nikki Haley oblige Trump à dépenser des ressources dans une bataille déjà gagnée, alors que son super-PAC est réduit et qu’une part de ses fonds sert à sa défense légale. Il ne bénéficie pas des soutiens du parti tant qu’il n’est pas officiellement candidat.
Un discours qui l’éloigne des électeurs cibles. Pour conserver la base, Trump durcit son discours sur l’immigration, l’avortement et la société, ce qui peut l’éloigner des modérés, des femmes et des suburbs. La note rapproche ce scénario de la primaire de 2016 entre Hillary Clinton et Bernie Sanders : Clinton a perdu les indépendants (46 % pour Trump contre 42 %).
Un enjeu de quelques voix. En 2020, le cumul des écarts dans quatre États (Géorgie, Arizona, Wisconsin, Nevada) est de moins de 76 514 voix. Trump ne peut donc pas se permettre de s’aliéner des électeurs dans une primaire déjà gagnée.
Les primaires républicaines en chiffres
Caucus de l’Iowa, 15 janvier 2024 (en % des voix)
Donald Trump obtient 51,0 % des voix, devant Ron DeSantis (21,3 %), Nikki Haley (19,1 %) et Vivek Ramaswamy (7,6 %).
Primaire du New Hampshire, 23 janvier 2024 (en % des voix)
Donald Trump obtient 54,4 % des voix contre 43,3 % pour Nikki Haley.
Primaire du Nevada, 6 février 2024 (en % des voix)
La mention « aucun de ces candidats » recueille 63,3 % des voix, devant Nikki Haley (30,6 %).
Super Tuesday, hypothèse haute de la note (en délégués)
Dans l’hypothèse haute, Donald Trump obtiendrait 846 délégués sur 874 et Nikki Haley 28.
Écart de voix en 2020 dans quatre États clés
Le cumul des écarts dans ces quatre États est de 76 514 voix.
Conclusion
La note envisage deux voies pour Donald Trump : un abandon de Nikki Haley après une défaite dans son home state, ou une investiture atteinte entre le Super Tuesday du 5 mars et le 19 mars. La primaire a été plutôt un tremplin, qui a permis à l’ancien président de s’imposer de nouveau. Mais si la campagne dure, elle peut l’éloigner de ses électeurs cibles, le radicaliser et consommer ses ressources, sur le modèle d’Hillary Clinton en 2016. Le processus mène à la convention de Milwaukee, en juillet.
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William Thay et Pierre Clairé
Président du Millénaire ; Directeur adjoint des études du Millénaire.
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