Policiers, pompiers, soignants et maires sont devenus des cibles. Pris entre la violence de la rue et le manque de soutien de l’État, ils ont besoin de mesures fortes : sanctions plus lourdes, protection matérielle et juridique, pédagogie auprès des plus jeunes.
Le constat
Les représentants de l’État sont de plus en plus agressés : 3 411 agressions de pompiers en 2019, 223 maires et adjoints agressés.
La cause
Une contestation plus dure et organisée, la haine de l’uniforme et un État qui laisse ses représentants seuls face à la violence.
La conséquence
Des agents en proie au doute, des maires qui rendent leur écharpe et une autorité de l’État affaiblie.
Avant-propos
Le millénaire propose une voie pour faire face à la crise de l’autorité de l’État.
Rarement l’autorité de l’Etat aura été autant malmenée et contestée que ces trois dernières années. Sous la présidence d’Emmanuel Macron, les quelques professions qui restaient encore « sanctuarisées » et unanimement respectées comme les sapeurs-pompiers, les secouristes, les policiers et les gendarmes se sont retrouvées exposées comme rarement ils ne l’avaient été.
Retour sur cette crise majeure de l’autorité.
Des représentants de l’État pris pour cible
Une violence plus dure. Les grandes villes ont déjà connu des heurts violents, mais la note constate aujourd’hui des manifestations plus fréquentes, une contestation plus dure et une « professionnalisation » des groupes les plus extrêmes, comme les black-blocks, préparés, entraînés et équipés pour affronter la force publique.
De la haine de l’uniforme à la haine de la République. Le rejet de l’uniforme de police ou de gendarmerie s’est renforcé et systématisé. Il touche désormais les soldats du feu et les soignants dépêchés lors d’affrontements. D’une fronde « anti-flics », on est passé à une fronde « anti-représentants de la République » : chaque véhicule, chaque agent portant le drapeau tricolore est pris pour cible.
Des forces de l’ordre sans soutien. Pour la note, l’État devrait être le rempart de ces agents, dont certains vont jusqu’au suicide : 59 suicides dans la police nationale en 2019, soit une hausse de 60 % par rapport à 2018. Au plus fort des violences des Gilets jaunes, le ministère de l’Intérieur envisageait au contraire leur désarmement partiel et l’arrêt de la « clé d’étranglement ».
agressions de sapeurs-pompiers en 2019. En dix ans, leur nombre a presque été multiplié par quatre.
Pompiers et maires en première ligne
Des pompiers agressés partout. Selon l’étude de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales publiée fin 2019, les agressions de sapeurs-pompiers ont presque été multipliées par quatre en dix ans, avec 3 411 agressions en 2019. Elles ne sont plus limitées aux places fortes de la délinquance : on en compte 597 en Gironde et 234 dans le Nord, et elles se multiplient en zone rurale.
Aucune mesure forte. Hormis des campagnes de communication des services départementaux d’incendie et de secours, comme « Touche pas à mon pompier », rien n’a été fait pour protéger les soldats du feu.
Les maires visés à leur tour. Selon le ministère de l’Intérieur, 223 maires et adjoints ont été victimes d’agressions depuis janvier. Pour la note, le phénomène est le même que pour les policiers : là où l’État cède du terrain, ses représentants se retrouvent seuls face à la vindicte. Premier maillon de la République aux yeux des administrés, le maire est en première ligne sans en avoir les moyens, dans des communes frappées par la baisse des dotations.
Des professions prises en tenaille. Policiers, pompiers, soignants et maires sont pris entre une frange délinquante qui ne respecte plus les institutions et un État qui les a abandonnés. Beaucoup de maires rendent leur écharpe, fatigués d’appeler à l’aide.
Violences contre les représentants de l’État
Agressions de sapeurs-pompiers en 2019 (nombre)
3 411 agressions de sapeurs-pompiers en 2019, dont 597 en Gironde et 234 dans le Nord.
Majoration automatique proposée pour les récidivistes (en %)
La peine serait majorée de 25 % après trois condamnations, de 50 % après cinq et de 100 % après dix.
Peine encourue pour menaces contre un pompier (en années)
La note propose de porter de trois à cinq ans la peine prévue pour menaces contre les pompiers, sans réduction de peine.
Policiers et pompiers : un soutien moral, juridique et matériel
Rétablissement des peines planchers pour les auteurs de violences contre les forces de l’ordre : une peine de prison ferme sans sortie anticipée sous bracelet électronique.
Pour les auteurs mineurs, suppression des aides sociales perçues par leurs parents pour leurs enfants.
Obligation, pour les organisateurs de manifestations pouvant troubler l’ordre public, de rembourser les frais juridiques engagés en cas d’agression de pompiers ou de policiers, afin de les inciter à veiller au bon déroulement de leur manifestation.
Nouvelles stratégies de maintien de l’ordre face à des mobilisations sociales qui sortent du cadre traditionnel.
S’inspirer de la « désescalade » de la police allemande : extraction des éléments les plus virulents, explication de ces extractions aux autres manifestants sur écrans et messages continus par haut-parleurs.
Réhabilitation de la technique de la clé d’étranglement, qui permet une interpellation efficace avec moins de risques de blessure pour le policier comme pour la personne interpellée.
Nouveaux arbitrages budgétaires avant la fin de l’année : meilleur équipement et hausse des effectifs, notamment dans les compagnies de CRS.
Suppression des crédits de réduction de peine automatiques et des aménagements de peine pour les agresseurs récidivistes, avec une peine majorée de 25 % après trois condamnations, de 50 % après cinq et de 100 % après dix.
Création d’unités de police dédiées au soutien des pompiers en intervention dans les zones sensibles.
Formation des sapeurs-pompiers, y compris volontaires, à la négociation et aux techniques de défense face à une personne agressive.
Peine pour menaces contre les pompiers portée de trois à cinq ans, sans réduction de peine.
Port systématique de caméras mobiles par les pompiers en zones urbaines sensibles, avec possibilité d’utiliser un drone, pour dissuader et fournir des preuves vidéo.
Réaffectation des économies dégagées depuis 2016 par la réforme de la prestation de fidélisation et de reconnaissance (30 millions d’euros par an) à la réhabilitation des casernes, à la protection des pompiers (vitrages blindés, gilets pare-lames) et à leur assistance juridique.
Maires : tolérance zéro et accompagnement
Peine de prison systématique pour toute agression physique contre un maire.
Protection fonctionnelle accordée aux élus victimes de violences, de menaces ou d’outrages sans délibération préalable du conseil municipal, avec prise en charge automatique des frais de justice par l’État.
Dans certains cas, création rapide de postes de police municipale dédiés à la protection du maire et de ses adjoints sur le terrain.
Fonds de dotation pour les mairies victimes de dégradations, afin de financer des équipements de sécurité ou l’embauche d’agents de surveillance de la voie publique.
Ces corps de métier doivent retrouver la dimension qu’ils méritent, celle de piliers de la Nation.
Réaffirmer la République auprès des plus jeunes
Un travail pédagogique de fond. La défense de la République passe d’abord par une législation stricte, mais elle doit s’accompagner d’un travail pédagogique dans les écoles, collèges et lycées publics, avec une attention particulière aux élèves des zones sensibles.
Des sessions d’éducation civique obligatoires. Policiers, pompiers, médecins du SAMU et élus viendraient y expliquer leur rôle, les risques qu’ils prennent et les raisons de leur engagement. Des visites de commissariats, de centres de secours et d’hôpitaux complèteraient le dispositif.
L’Éducation nationale partie prenante. Le ministère doit travailler avec les préfectures de police et les services départementaux d’incendie et de secours pour organiser des journées de rencontre entre soldats du feu, forces de l’ordre et adolescents. Pour la note, ces professions méritent un soutien quotidien, et pas seulement au lendemain des attentats ou des crises.
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Toutes les étudesCrédit photo : Gzen92, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

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Retisser le lien de confiance entre la police et les français me semble être une mesure préalable absolument indispensable.