Longtemps hors des radars des services de renseignement, les clubs et structures sportives sont devenus un vecteur de l’islam radical. Lionel Modrzyk juge les mesures du projet de loi contre les séparatismes trop floues et propose des outils de contrôle concrets, tout en faisant du sport un instrument de prévention.
Le constat
Certaines structures sportives, en particulier en musculation et sports de combat, sont devenues un terrain de l’islam radical.
La cause
Le retard des pouvoirs publics et l’omerta au sein des clubs ont laissé prospérer le phénomène.
La conséquence
Le sport peut aggraver la radicalisation, par le regroupement d’individus radicalisés et leur aguerrissement physique.
Avant-propos
Le retard pris sur ce thème spécifique est aujourd’hui considérable, et nécessite une riposte rapide et efficace, grâce notamment à des leviers majeurs du monde associatif : les agréments préfectoraux et les attributions de subventions.
Un secteur longtemps hors des radars
Un séparatisme protéiforme. Il y a une dizaine d’années, les mosquées les plus rigoristes et les prisons étaient les principaux lieux de propagation de l’islam radical. Le rapport parlementaire d’Éric Diard et Éric Poulliat de juin 2019 a montré son extension à de nombreux services publics. Le monde associatif, et en particulier les clubs sportifs, s’invite désormais dans le débat, bien trop tardivement selon l’auteur.
Des signaux faibles. Le rapport parlementaire relève l’obligation de se doucher en caleçon après les entraînements, souvent suivie de prières collectives en marge des rencontres. Dans une commune de l’Hérault, des joueurs interdisaient l’accès des vestiaires au concierge du stade pendant les temps de prière. Ces signaux remontent souvent grâce à des témoins extérieurs, tant l’omerta est forte au sein des clubs ; certaines fédérations, comme celle du football, nomment désormais des référents radicalisation.
Musculation et sports de combat. Le football, sport le plus pratiqué dans les zones urbaines sensibles, et le football en salle sont exposés, mais deux pratiques retiennent surtout l’attention des autorités : la musculation et les sports de combat (MMA, jiu-jitsu brésilien, lutte). Selon le sociologue Médéric Chapiteaux, la pratique sportive intensive fait partie de la panoplie djihadiste, et plusieurs auteurs d’attentats commis en France depuis 1995 pratiquaient ces disciplines.
Une note du Service central du renseignement territorial relevait déjà, dans certaines salles et équipes, un recrutement communautaire, l’exclusion de la mixité et un prosélytisme devenu courant.
s’il n’est pas radicalisant en soi, le sport peut cependant constituer un facteur aggravant de la radicalisation
Le projet de loi séparatisme : des intentions, peu de concret
Des limites juridiques. S’inspirer pour le sport de la loi du 15 mars 2004 sur les signes religieux à l’école a été évoqué lors des auditions parlementaires, mais les possibilités de réglementer les comportements religieux dans des structures de droit privé paraissent limitées. Les fonctionnaires territoriaux de la filière sportive restent soumis à l’obligation de neutralité.
Un contrat d’engagement républicain. Le projet de loi prévoit que toute demande de subvention soit assortie d’un engagement à respecter les principes de la République, sous peine de restitution des fonds, et l’interdiction de certains locaux publics aux associations qui y manqueraient. L’auteur juge ces notions trop floues et regrette que l’appréciation soit laissée aux seules collectivités qui versent les subventions.
Propositions
Utiliser les leviers du monde associatif que sont les agréments préfectoraux et l’attribution des subventions.
Donner un droit de regard à la préfecture, appuyée par le renseignement territorial, pour cribler les subventions associatives.
Créer un organisme de contrôle associatif, une « task force » réunissant des compétences financières et juridiques et des agents connaissant le terrain sportif des quartiers sensibles.
Renforcer le contrôle : interdire de salle de sport les individus radicalisés, dissoudre les clubs où l’islam radical est installé, sanctionner fortement les meneurs de salles clandestines et contrôler a priori les subventions aux sports à risque, notamment certains sports de combat et le tir sportif.
Faire du sport un outil de prévention, en mobilisant animateurs, entraîneurs et bénévoles, en généralisant le criblage et la formation des encadrants, et en s’appuyant sur des initiatives européennes comme le projet SPEY, destiné aux jeunes de 16 à 25 ans en situation d’exclusion sociale.
Clarifier les responsabilités du contrôle des clubs et des sanctions entre les nombreuses institutions concernées.
Trancher la question des signes religieux en compétition avant les Jeux olympiques et paralympiques de 2024, avec des disqualifications et des sanctions contre les fédérations concernées.
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