Les raisons de la fin de l’euphorie économique

Note du Millénaire Économie et Finances

Chute des marchés, croissance revue à la baisse : l’heure de la politique de l’offre

Le CAC 40 a perdu 7,28 % en un mois, sa pire performance depuis août 2015, et le gouvernement révise ses prévisions de croissance et de déficit. Clément Perrin analyse les causes géopolitiques et structurelles de ce ralentissement. Il appelle à une politique de l’offre fondée sur la baisse des charges patronales.

CP
Clément PerrinContributeur du Millénaire
8 novembre 2018
2 pages · lecture 5 min
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En bref

Le constat

Les marchés reculent fortement et la croissance mondiale se tasse, entraînant la révision à la baisse des prévisions françaises.

La cause

Les tensions géopolitiques se multiplient et la digitalisation tarde à produire le nouveau cycle de croissance attendu.

La conséquence

La France ne peut plus financer son budget par le déficit et la conjoncture, et doit restaurer la compétitivité de ses entreprises.

Principaux constats
01-7,28 %baisse du CAC 40 sur le mois d’octobre, la pire depuis août 2015
02-20 %recul de Kering, qui perd plus de 20 % dans la chute du CAC 40
031,7 %croissance prévue pour 2019, contre 1,9 % prévu en début de mandat
041,1 %déficit public prévu pour 2020 en part du PIB, contre 0,9 % auparavant
050 %solde public prévu en 2022, au lieu d’un excédent de 0,3 % du PIB

Avant-propos

Le temps où nous misions sur une conjoncture économique mondiale favorable semble derrière nous. En effet, le CAC 40 aura fait face à un mois dramatique, le pire mois depuis aout 2015, avec une baisse de 7,28 %. Cela aurait pu être encore plus catastrophique s’il n’y avait pas eu le rebond du 31 octobre. En excluant cette dernière journée, le mois d’octobre s’inscrit dans la droite lignée du mois de septembre de 2008 !

La fin d’une conjoncture favorable

Un mois noir pour les marchés. Pour Clément Perrin, le temps où la France misait sur une conjoncture mondiale favorable semble révolu. Le CAC 40 a perdu 7,28 % en octobre, son pire mois depuis août 2015. Sans le rebond du 31 octobre, ce mois se serait inscrit dans la lignée de septembre 2008. Presque toutes les valeurs sont touchées : Kering perd plus de 20 %. Seules les valeurs moins sensibles à la conjoncture mondiale, comme Orange ou Veolia, limitent la casse.

Une tendance mondiale. Le STOXX Europe 600 et le S&P 500 sont au plus bas depuis décembre 2016. Le S&P 500 termine traditionnellement l’année par un trimestre positif. Cette fois, les analystes doutent d’un rebond de fin d’année. Pour l’auteur, cette tendance est mondiale et la France n’y échappe pas : le recul des indices boursiers traduit un tassement de la croissance économique mondiale.

Des prévisions françaises revues à la baisse. Les prévisions du gouvernement en témoignent. Il prévoit désormais 1,7 % de croissance pour 2019, contre 1,9 % en début de mandat. Le déficit public prévu passe de 0,9 % à 1,1 % du PIB en 2020 et de 0,3 % à 0,6 % en 2021. L’excédent de 0,3 % attendu en 2022 disparaît : la prévision est ramenée à 0 %.

-7,28 %

C’est la baisse du CAC 40 en octobre, son pire mois depuis août 2015.

Note, p. 1
Explorer les données

Les prévisions du gouvernement revues à la baisse

Prévision de croissance pour 2019 (%)

Prévision initiale1,9 %Nouvelle prévision1,7 %
Lecture

Lecture : le gouvernement prévoit 1,7 % de croissance en 2019, contre 1,9 % prévu en début de mandat.

Note, p. 1, d’après les prévisions du gouvernement
Il devient urgent de recourir à une réelle politique de l’offre en faveur des entreprises, afin de faire gagner nos fleurons français en compétitivité.

Des tensions géopolitiques qui s’accumulent

Europe et États-Unis dans l’incertitude. La note décrit un premier facteur de recul : l’accumulation des tensions géopolitiques. Le sort du Brexit reste incertain. Theresa May est de plus en plus isolée au sein de son parti et l’avenir de l’Irlande du Nord n’est pas tranché. Aux États-Unis, les élections de mi-mandat inquiètent les marchés : une perte de majorité au Sénat ou à la Chambre réduirait la marge de manœuvre de l’administration Trump. La Commission européenne a par ailleurs rejeté le budget italien, jugé trop laxiste.

Arabie saoudite, Chine, commerce mondial. Les tensions avec l’Arabie saoudite s’aggravent au fil des révélations sur l’affaire Khashoggi. Le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine ne s’apaise pas. La croissance chinoise, moteur de la croissance mondiale, ralentit. Avec l’essor de sa classe moyenne, la Chine devra passer d’un modèle tiré par les exportations à un modèle porté par la consommation intérieure.

Une digitalisation qui tarde à relancer la croissance

La théorie des cycles mise à mal. Pendant des années, de nombreux commentateurs ont décrit l’économie mondiale comme une succession régulière de cycles, chacun avec une phase haute et une phase basse. Pour l’auteur, la crise de 2008 a ébranlé cette théorie. Selon la note, aucune phase haute comparable n’a vu le jour depuis les Trente Glorieuses.

Des gains de productivité encore lointains. La digitalisation pourrait déclencher un nouveau cycle de hausse. Les prévisions économiques en ont pourtant surestimé les effets à court terme. Un nouveau cycle suppose des économies d’échelle : une entreprise accroît ses ventes et sa production sans accroître ses coûts. Or la digitalisation exige de lourds investissements sur la durée avant de produire ces effets. La note cite Amazon, dont le chiffre d’affaires n’a pas couvert les pertes liées aux investissements entre 1995 et 2002, avant de devenir la première capitalisation boursière mondiale.

Miser sur la compétitivité des entreprises

Sortir de la dépendance au déficit. Face à cette stagnation, le gouvernement ne peut plus compter sur le déficit public et sur une conjoncture favorable pour financer le budget. Pour Clément Perrin, il devient urgent de mener une politique de l’offre en faveur des entreprises, afin de rendre les fleurons français plus compétitifs.

Baisser les charges patronales. La note critique la politique des vases communicants, qui baisse les cotisations salariales tout en augmentant la CSG. Selon l’auteur, elle n’améliore ni le pouvoir d’achat ni la compétitivité. Il recommande au contraire de se concentrer sur la santé économique des entreprises, en baissant notamment le poids des charges patronales.

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Les raisons de la fin de l’euphorie économique

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Citer cette note

Perrin C., « Les raisons de la fin de l’euphorie économique », Note du Millénaire, 8 novembre 2018, lemillenaire.org.

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