Critiquée pour son inaction face au Covid-19, l’Union européenne a pourtant organisé une vraie solidarité sanitaire. Sur le plan économique, en revanche, la crise accentue l’opposition entre les pays frugaux du Nord et ceux du Sud.
Le constat
Une double crise, sanitaire et économique, qui frappe très inégalement les pays européens.
La cause
Des situations sanitaires et budgétaires opposées entre le Nord et le Sud, et deux conceptions de l’économie.
La conséquence
Une solidarité sanitaire réelle mais peu visible, des divisions économiques accentuées et un euroscepticisme en hausse en Italie.
Avant-propos
La crise du Coronavirus est double : sanitaire mais aussi économique. Si elle a, avant tout, été gérée au niveau des Etats, l’UE n’est pas absente. Affrontant sa plus grande crise économique depuis sa création, l’Union européenne, déjà affaiblie par le Brexit, doit en assurer la gestion sur le continent européen. Retrouvez la contribution d’Alexandre Massaux, analyste du Millénaire
Une Europe inégalement touchée
Une double crise. Depuis février 2020, l’Europe affronte une crise sanitaire et économique. Gérée d’abord par les États, elle place l’Union européenne, déjà affaiblie par le Brexit, face à sa plus grande crise économique.
Des situations très différentes. Au 4 mai 2020, la Belgique compte 684 morts par million d’habitants, l’Espagne 540, l’Italie 478 et la France 381, contre 82 en Allemagne, 23 en Tchéquie et 18 en Pologne. L’Europe de l’Ouest est bien plus touchée que l’Europe centrale et du Nord, ce qui rend difficile une réponse unique.
Des dirigeants sous pression. Hôpitaux saturés ou menacés de l’être, opinion inquiète et économie fragilisée par des mesures contraignantes : les dirigeants doivent régler en même temps la crise sanitaire et la crise économique qui suivra.
La crise du Covid-19 en Europe au 4 mai 2020
Morts par million d’habitants au 4 mai 2020
La Belgique compte 684 morts par million d’habitants, la France 381 et l’Allemagne 82.
Cas par million d’habitants au 4 mai 2020
L’Espagne compte 5 285 cas par million d’habitants, la France 2 584 et la Hongrie 314.
Dette publique en 2018 (en % du PIB)
La dette publique atteint 132 % du PIB en Italie et 100 % en France, contre 60,9 % en Allemagne et 34,1 % au Danemark.
Une solidarité sanitaire réelle
Une réponse coordonnée. Critiquée pour son inaction face aux aides très médiatisées de Cuba, de la Russie et de la Chine, l’Union a pourtant agi. Le 17 mars, la Commission a créé un comité d’experts chargé d’orientations fondées sur la science. Le 19 mars, elle a créé rescEU, une réserve commune de respirateurs, de masques et de matériel de laboratoire.
Des moyens. La Commission a débloqué 2,7 milliards d’euros au titre de l’instrument d’aide d’urgence, dont 300 millions pour rescEU. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies a rassemblé les données et conseillé les hôpitaux.
Une solidarité entre États. La France a donné 1 million de masques à l’Allemagne et à l’Italie. L’Allemagne a soigné des patients italiens et français et fourni 300 respirateurs à l’Italie. L’Autriche a fourni 1,5 million de masques à l’Italie, et la Tchéquie 10 000 tenues de protection à l’Italie et autant à l’Espagne. Le Royaume-Uni et la Norvège participent aux achats groupés de matériel médical.
Bien que moins médiatisée que l’aide extra-européenne, la solidarité entre les pays européens fonctionne dans le domaine sanitaire.
des Italiens estiment que l’Union européenne n’aide pas l’Italie face au coronavirus.
Une crise économique qui divise
Un accord sous tension. Le 9 avril, les ministres des finances des 27 ont débloqué 550 milliards d’euros pour aider les États, mais les désaccords persistent.
Frugal Five contre amis de la cohésion. L’Autriche, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède et l’Allemagne fournissent l’essentiel des contributions nettes. En 2018, ils étaient tous en excédent budgétaire : 1,7 % du PIB pour l’Allemagne, 1,5 % pour les Pays-Bas, 0,8 % pour la Suède et le Danemark, 0,2 % pour l’Autriche. Leur dette publique était bien plus faible que celle de l’Italie (132 %) ou de la France (100 %).
Deux conceptions de l’économie. Le Nord a choisi une voie libérale, le Sud une posture plus interventionniste. Les pays du Frugal Five, moins touchés par l’épidémie, veulent conserver leur modèle, ce qui rend le consensus difficile.
Un euroscepticisme en hausse. En Italie, 67 % des habitants jugent l’appartenance à l’Union désavantageuse, contre 47 % en novembre 2018. Pour la note, l’avenir de l’Union dépend de sa capacité à apaiser les tensions et à proposer une vision d’avenir désirable pour tous les Européens.
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