Le nucléaire a fait l’indépendance énergétique de la France et lui donne l’une des électricités les plus propres des grandes nations. Réduire sa part, alors que les Français le jugent à tort cher et polluant, serait une erreur économique et climatique.
Le constat
La France veut réduire la part du nucléaire alors qu’il fournit une électricité stable, peu chère et décarbonée.
La cause
Une impopularité fondée sur des idées fausses, un parc vieillissant et un débat politisé.
La conséquence
Une électricité plus chère, plus d’émissions et la perte d’une filière industrielle pourvoyeuse d’emplois qualifiés.
Avant-propos
Une énergie bon marché, propre et sûre
Des emplois. La filière emploierait 410 000 personnes selon PwC (2011) et Areva (2017), 220 000 selon le Conseil national de l’industrie. Ces emplois se concentrent en Île-de-France, en Normandie et en Auvergne-Rhône-Alpes.
Une électricité peu chère et décarbonée. Le nucléaire assure une production continue à bas coût, derrière la seule hydraulique, difficile à développer. Ses très faibles émissions en font la solution la plus évidente pour respecter l’accord de Paris.
Une énergie sûre. Une étude financée par l’université Columbia et la NASA estime que le nucléaire aurait épargné 1,84 million de vies en limitant la pollution de l’air. Selon Wilkinson et Markandya (2007), il provoque 442 fois moins de décès par térawattheure que le charbon.
des Français pensent que le nucléaire contribue au réchauffement climatique, et 2 sur 3 le jugent cher à produire.
Des difficultés réelles
Les déchets. L’ANDRA estime les déchets radioactifs à 1,5 million de mètres cubes, dont 3 650 mètres cubes à vie longue et haute activité. Ce volume pourrait doubler ou tripler avec le démantèlement. Deux incidents liés aux déchets ont eu lieu en France, à La Hague en 1981 et au Tricastin en 2008.
Un parc vieillissant. 48 réacteurs sur 58 ont dépassé leur durée de vie initialement prévue. L’EPR de Flamanville devait coûter 3,3 milliards d’euros et entrer en service en juin 2012. Il est désormais attendu fin 2022 pour 12,4 milliards. Le rapport Folz pointe la conduite du chantier et une perte de compétences après 16 ans sans chantier.
Une impopularité fondée sur des idées fausses. Selon BVA (2019), moins d’un Français sur deux voit le nucléaire comme un atout. 2 Français sur 3 le jugent cher alors que c’est l’une des énergies les moins coûteuses, 69 % pensent qu’il contribue au réchauffement et seuls 29 % savent que l’électricité française est moins chère que la moyenne européenne.
Le nucléaire en chiffres
Perception du nucléaire par les Français (en %)
69 % des Français pensent que le nucléaire contribue au réchauffement et seuls 29 % savent que l’électricité française est moins chère que la moyenne européenne.
Émissions de gaz à effet de serre par habitant (en tonnes)
Un Allemand émet 8,7 tonnes par an, contre 4,56 pour un Français.
Coût de l’EPR de Flamanville (en milliards d’euros)
Prévu à 3,3 milliards d’euros, l’EPR de Flamanville est désormais estimé à 12,4 milliards.
Prix estimé du MWh selon la part de renouvelables (en euros)
Avec 30 % de renouvelables, le MWh coûterait 80 à 87 euros, et jusqu’à 102 euros avec 50 %.
Renouvelables et échec allemand
Des renouvelables limités. Le photovoltaïque fournissait 2,2 % de l’électricité en 2018 et l’éolien un peu plus de 6 %, avec près de 8 000 éoliennes dans environ 1 300 parcs. Ces énergies sont intermittentes, et l’éolien a un impact sur les paysages, les sols et la faune.
Un compromis coûteux. L’Institut Montaigne chiffre à 217 milliards d’euros une sortie du nucléaire d’ici 2035, un chiffre que la note juge sous-estimé. Avec 30 % d’éolien, le parc nucléaire optimal serait d’environ 30 GWe, contre 53,1 GWe aujourd’hui. Le MWh coûterait 80 à 87 euros avec 30 % de renouvelables, et jusqu’à 102 euros avec 50 %.
L’échec allemand. La transition allemande coûterait 520 milliards d’euros jusqu’en 2025 selon l’Institut économique de Düsseldorf, 1 000 milliards selon le ministère allemand. L’électricité y est près de deux fois plus chère qu’en France et un Allemand émet 8,7 tonnes de gaz à effet de serre par an, contre 4,56 pour un Français.
Le choix de notre transition énergétique doit être motivé par la raison.
Nos recommandations
Rétablir la vérité sur la filière : informer le public sur le coût réel du nucléaire, ses émissions et ses risques, avec une transparence totale des pouvoirs publics.
Dépolitiser le débat sur l’énergie : l’enjeu du réchauffement climatique est trop important pour souffrir de débats partisans.
Poursuivre le remplacement des réacteurs actuels par la technologie EPR, dont la multiplication amortira les coûts de développement.
Investir dans les filières d’avenir : le thorium et les réacteurs à sel fondu étudiés par le CNRS, les petits réacteurs modulaires et la fusion nucléaire, avec le projet ITER installé en France.
Relancer un débat sur le nucléaire en Europe, où il ne représente que 35 % de la production électrique, pour bâtir une politique cohérente avec l’accord de Paris.
Prévoir un programme de construction de réacteurs de nouvelle génération pour remplacer les réacteurs existants en fin de vie, afin de poursuivre la décarbonation et de pérenniser les emplois et les formations de la filière.
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