Notre-Dame de Paris, un an après, péril imminent du patrimoine bâti

Note du Millénaire Culture

Un an après l’incendie de Notre-Dame de Paris, les métiers du patrimoine bâti restent en péril. Faute de formations, de jeunes et de moyens, c’est tout le patrimoine français qui est menacé, bien au-delà de la cathédrale.

AM
Alexandra MonetAnalyste du Millénaire
4 mai 2020
10 pages · lecture 4 min
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En bref

Le constat

Les métiers du patrimoine bâti manquent de jeunes, de formations lisibles et de débouchés, et les promesses faites après l’incendie ne sont pas tenues.

La cause

L’absence de référentiel et de centre de formation, des subventions inadaptées et une attention concentrée sur Paris.

La conséquence

Des restaurations inachevées ou mal faites, des savoir-faire régionaux qui disparaissent et un risque d’homogénéisation européenne.

Principaux constats
0144 000immeubles protégés au titre des monuments historiques en France
0210 000compagnons et 1 200 restaurateurs attendus sur le chantier de Notre-Dame
0370 à 80 %du coût d’une restauration tient à la main-d’œuvre spécialisée
045 444apprentis formés par les Compagnons du Devoir en 2018
051 000chênes nécessaires pour reconstruire la charpente

Avant-propos

Alors que le chantier de restauration de Notre-Dame de Paris doit débuter ce lundi 4 mai 2020, quel est l’état du secteur du patrimoine bâti ?

Des savoir-faire en danger

Un secteur qui alerte. Après l’incendie du 15 avril 2019, professionnels, experts et étudiants ont dénoncé l’abandon du patrimoine bâti par l’État. Les métiers du patrimoine et les métiers d’art manquent de formations, d’attractivité et de débouchés. Un an après, les annonces du Gouvernement, comme les Chantiers de France, ne sont pas suivies d’effet.

Le chantier de Notre-Dame. Le 27 mai 2019, le ministère de la Culture recensait 15 métiers nécessaires à la restauration. Le chantier accueillerait près de 1 200 restaurateurs, 10 000 compagnons et 215 entreprises, et doit servir de chantier-école pour transmettre ces métiers.

La « Forêt ». La charpente du XIIe siècle mesurait 100 mètres de long, 10 mètres de haut et jusqu’à 40 mètres de large. Pour sa reconstruction en bois, 1 000 chênes seraient nécessaires, deux fois moins que pour la réplique de l’Hermione. Le bois s’impose aussi parce que les règles du patrimoine imposent une reconstruction à l’identique.

44 000

immeubles protégés au titre des monuments historiques en France, auxquels s’ajoutent 844 sites patrimoniaux remarquables.

Note, p. 4

Former et transmettre

Un manque de jeunes. Les effectifs suffisent aux chantiers actuels, mais la filière manque de jeunes pour remplacer les départs à la retraite. Elle souffre d’un manque de lisibilité de ses formations et d’attractivité.

Des formations éparses. Les Compagnons du Devoir ont formé 5 444 apprentis et 2 672 itinérants en 2018. Mais il n’existe pas en France de centre de formation spécialisé dans le patrimoine, ni de référentiel propre à ces métiers : les jeunes sont formés sur les référentiels du bâtiment, qui ignorent les obligations des lois du patrimoine.

Des initiatives. Les chantiers de REMPART et de Guédelon font naître des vocations. La Région Île-de-France, les académies, l’université de Cergy et le château de Versailles préparent un campus d’excellence dans les écuries royales de Versailles.

Un patrimoine menacé. Faute de subventions ou de savoir-faire, de nombreuses restaurations restent inachevées ou sont mal faites. La main-d’œuvre représente 70 à 80 % du coût des travaux, et les particularités régionales disparaissent face aux entreprises du BTP et aux matériaux bas de gamme.

Explorer les données

Le patrimoine bâti en chiffres

Professionnels attendus sur le chantier (nombre)

Compagnons10 000Restaurateurs1 200
Lecture

Le chantier accueillerait près de 10 000 compagnons et 1 200 restaurateurs, ainsi que 215 entreprises.

Note, p. 2 à 4
L’État doit s’intéresser à son patrimoine bâti autant qu’à la cathédrale.

Identité nationale ou prétexte européen ?

Toutes les « Notre-Dame ». Les professionnels craignent que toutes les compétences soient appelées à Paris au détriment des autres édifices. Dès mai 2019, la Fondation du patrimoine a arrêté sa collecte pour Notre-Dame afin d’orienter les dons vers d’autres monuments en difficulté.

Une émotion européenne. Les dirigeants européens ont salué une cathédrale « de toute l’Europe ». Chaque pays a pourtant sa « Notre-Dame », et les menaces sont réelles, du centre historique de Vienne au haras national de Saint-Lô.

Des identités locales. Les techniques de construction en terre crue illustrent la diversité des savoir-faire : le pisé dans le Forez et la région lyonnaise, la bauge en Bretagne.

Une compétence nationale. Le 3 mai 2019, les représentants des 28 États membres ont été reçus à Paris et se sont accordés sur un référentiel d’experts européens du patrimoine, toujours pas publié. La politique du patrimoine relève des États. L’Union intervient par des programmes comme Europe créative ou le label du patrimoine européen, attribué à 48 sites.

Propositions et points de vigilance

Ne pas laisser le chantier de Notre-Dame faire oublier les autres chantiers de restauration : mutualiser les entreprises spécialisées, en travaillant notamment avec le Groupement des entreprises de restauration des monuments historiques.

Organiser la formation : les ministères de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Culture doivent créer des filières propres aux métiers du patrimoine et publier un référentiel, soutenir financièrement les entreprises qui accueillent des apprentis et créer des passerelles avec les écoles d’architecture, l’INP et l’école de Chaillot.

Relancer les Chantiers de France, annoncés le 18 avril 2019 puis mis en pause, pour faire le lien entre l’État et les professionnels.

Faire de l’Union européenne un soutien des politiques nationales de sauvegarde, par la mise en réseau des savoir-faire et des appuis financiers, dans le respect des particularités nationales, régionales et locales, sans homogénéisation culturelle.

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Le rapport complet

Notre-Dame de Paris, un an après, péril imminent du patrimoine bâti

10 pages.

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Monet A., « Notre-Dame de Paris, un an après, péril imminent du patrimoine bâti », Note du Millénaire, 4 mai 2020, lemillenaire.org.

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