Langue diplomatique historique, le français a perdu de son prestige face à l’anglais, mais il reste parlé par près de 300 millions de personnes sur tous les continents. Alexandra Monet appelle à repenser l’espace francophone comme un véritable acteur international, en misant sur l’éducation, la culture, le numérique et l’Afrique.
Le constat
Le français est parlé par près de 300 millions de personnes, mais recule face à l’anglais.
La cause
Mondialisation anglophone, faibles moyens de l’OIF et fragilité des systèmes éducatifs africains.
La conséquence
La francophonie reste une puissance « quasi » invisible, alors que son avenir se joue en Afrique.
Avant-propos
Langue diplomatique historique, le français a toutefois perdu de son importance et de son prestige au cours du dernier siècle, du fait de la prédominance des puissances anglo-saxonnes dans la mise en place de la mondialisation et de la généralisation en conséquence de l’usage de l’anglais. La langue française demeure pourtant un instrument puissant de rayonnement qui permet de faire vivre l’image de la France bien au-delà de son territoire national et de poser les bases d’échanges culturels, scientifiques et commerciaux grâce à une meilleure connaissance mutuelle.
Face à la perte de dynamique de notre langue, il est dès lors nécessaire de repenser l’espace francophone comme un véritable acteur sur la scène internationale, en réaffirmant son poids par l’éducation et la culture.
Alexandra Monet, Analyste du Millénaire
La francophonie face à l’anglophonie
Une langue-monde. Cinquième langue mondiale par le nombre de locuteurs, derrière le mandarin, l’anglais, l’espagnol et l’arabe, le français est avec l’anglais la seule langue parlée sur tous les continents. On compte près de 300 millions de francophones, dont 48 % en Afrique et au Moyen-Orient, qui représentent 59 % des locuteurs quotidiens. Le français compte 132 millions d’apprenants et est la quatrième langue présente sur Internet.
Une langue concurrencée. L’anglais s’est imposé dans les relations diplomatiques, économiques, universitaires et culturelles, y compris en France. En 2019, les films en langue française n’ont attiré que 24,6 millions d’entrées dans le monde, leur plus bas niveau depuis 2010. Dans l’enseignement supérieur, l’anglais, le chinois et l’arabe gagnent du terrain, et les liens historiques ne suffisent plus à garantir la place du français.
Une langue-culture. Loi Toubon de 1994 en France, Charte de la langue française au Québec depuis 1977 : les politiques de protection existent, mais le français doit surtout vivre par sa culture et sa littérature, choisie aujourd’hui par de nombreux auteurs pour la richesse de son vocabulaire.
de francophones dans le monde, dont 48 % en Afrique et au Moyen-Orient, qui concentrent 59 % des locuteurs quotidiens.
Une puissance « quasi » invisible
Des moyens limités. Née de l’Agence de coopération culturelle et technique créée le 20 mars 1970, l’Organisation internationale de la Francophonie réunit 88 États et gouvernements : 54 membres, 7 membres associés et 27 observateurs. Son budget prévoit environ 36 millions d’euros de dépenses de programmation par an sur 2018-2022, quand l’Agence française de développement a engagé 1,3 milliard d’euros de dons en 2018.
L’école, levier de reconquête. Le nombre de francophones a progressé de plus de 15 % au Maghreb et au Liban et de 12 % en Afrique subsaharienne entre 2014 et 2018, grâce à la place du français dans l’enseignement. Mais selon l’UNESCO, plus d’un enfant sur cinq de 6 à 11 ans n’y est pas scolarisé, un tiers des 12-14 ans et 60 % des 15-17 ans, alors que la population doit doubler d’ici 2050. En Europe, le français reste la deuxième langue la plus apprise dans le secondaire.
La culture comme puissance douce. Les échanges de biens culturels au sein de l’espace francophone représentaient 5,7 % des échanges mondiaux en 2015, contre 2,6 % en 2008, dont 65 % d’exportations françaises. Le réseau compte 98 Instituts français, 830 Alliances françaises et 131 services de coopération et d’action culturelle ; TV5 Monde est reçue dans plus de 360 millions de foyers.
La francophonie en chiffres
États et gouvernements de l’OIF
88 États et gouvernements au total.
Réseau culturel français à l’étranger
Le premier réseau culturel du monde francophone.
Part de l’espace francophone dans les échanges mondiaux de biens culturels
Une part qui a plus que doublé en sept ans.
Enfants non scolarisés en Afrique subsaharienne
Un défi majeur pour l’avenir du français en Afrique.
Le français doit apparaître comme une « langue-culture » pour survivre.
Pistes de réflexion
Concentrer l’aide francophone sur l’Afrique, en particulier sur l’éducation et le numérique : la francophonie de demain se trouve dans les pays francophones africains.
Renforcer l’enseignement du français dès la petite enfance en France, et aider la mobilité des enseignants des pays francophones en développement pour qu’ils viennent se former en France.
Appliquer réellement la loi Toubon, face à la multiplication des mots anglais dans l’audiovisuel, y compris public, et l’enseignement supérieur, et accompagner l’apprentissage de l’anglais d’un enseignement actif du français dans le milieu professionnel.
Valoriser le français dans le numérique, en développant Wikipédia en français et en lançant un projet international de traduction par intelligence artificielle entre le français et les langues des pays francophones.
Mettre la mondialisation au service de la francophonie, en encourageant des industries culturelles capables de réussir d’abord à l’échelle régionale puis transcontinentale.
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