Un an après l’incendie, le chantier de Notre-Dame de Paris accumule retards, controverses et zones d’ombre. La souscription nationale a réuni 922 millions d’euros, mais la gouvernance et l’usage des dons appellent plus de transparence et une place réelle pour les professionnels du patrimoine.
Le constat
Un an après l’incendie, la restauration n’a pas commencé et le chantier a pris beaucoup de retard.
La cause
La pollution au plomb, un échafaudage fondu, le confinement et une gouvernance peu ouverte aux professionnels.
La conséquence
Des doutes sur l’usage des 922 millions d’euros collectés et un risque de calendrier politique au détriment du monument.
Avant-propos
Un an après la tragédie de la cathédrale de Notre-Dame de Paris, retrouvez la contribution d’Alexandra Monet, administratice de projets culturels et analyste du Millénaire.
Un chantier aux multiples défis
Un cadre voté en urgence. L’objectif d’une reconstruction en cinq ans, fixé le 16 avril 2019, a suscité une tribune de plus de 1 170 professionnels, enseignants et étudiants du patrimoine inquiets de délais précipités. La loi du 29 juillet 2019 encadre la souscription nationale et crée un établissement public chargé de la conservation et de la restauration.
Des retards cumulés. Les entreprises déjà présentes ont pu sécuriser l’édifice sans appel d’offres, au titre de l’urgence impérieuse. Le chantier a été fermé du 25 juillet au 19 août 2019 à cause de la pollution au plomb, surveillée chaque semaine par l’agence régionale de santé.
Un échafaudage périlleux. 40 000 pièces et 200 tonnes doivent être descendues, dont une partie a fondu dans la structure. Le démantèlement, stoppé par le confinement, retarde encore le chantier. Un diagnostic global est prévu en 2020 et la restauration ne devrait pas commencer avant 2021.
La flèche en débat. Certains veulent un geste architectural, d’autres une silhouette identique avec de nouveaux matériaux, d’autres encore une restauration à l’identique avec un toit en plomb. L’État a annoncé une consultation nationale.
Une gouvernance contestée
Un établissement public opaque. Les professionnels regrettent de ne pas être informés de l’organisation de l’établissement public, des choix architecturaux ou de la préparation de l’appel d’offres. Le conseil d’administration compte 12 membres, dont 6 représentants de l’État, et une quarantaine de salariés doivent être recrutés.
Un conseil scientifique consultatif. Le Parlement a imposé un conseil scientifique et technique, formé le 10 avril 2020, mais son rôle reste consultatif. La direction régionale des affaires culturelles conserve l’expertise avec le CNRS, l’architecte des bâtiments de France et le laboratoire des monuments historiques. Leur place dans les décisions doit être clarifiée.
Archéologie et patrimoine immatériel. Les fouilles ont révélé un ancien quai sur la Seine. Les professionnels veulent sonder les vestiges des édifices antérieurs, sans sanctuariser un site qui accueille près de 14 millions de visiteurs par an. Toutes les œuvres ont été sauvées, et 150 d’entre elles seront exposées en 2024. La Maîtrise Notre-Dame poursuit sa formation hors les murs.
collectés par la souscription nationale auprès de 335 000 donateurs et mécènes, dont 180 millions encaissés en janvier 2020.
La souscription nationale pour Notre-Dame
Souscription nationale au 31 décembre 2019 (en millions d’euros)
922 millions d’euros ont été collectés et 180 millions encaissés au 31 décembre 2019.
Montants collectés par organisme (en millions d’euros)
La Fondation Notre-Dame a collecté 370 millions d’euros, la Fondation du patrimoine 228 millions et la Fondation de France 29 millions.
Répartition des 85 millions versés par la Fondation du patrimoine (en millions d’euros)
Sur 85 millions d’euros, 64,7 millions vont à la sécurisation, 11,8 à la maîtrise d’œuvre et 8,4 à la maîtrise d’ouvrage, dont 4 millions pour le fonctionnement de l’établissement public.
Donateurs et mécènes au chevet de la cathédrale
Une collecte sans précédent. En quatre jours, 800 millions d’euros étaient promis. Au total, 922 millions ont été collectés auprès de 335 000 donateurs et mécènes. Les particuliers ont donné près de 51,8 millions d’euros. À titre de comparaison, la souscription pour le Sacré-Cœur avait récolté 46 millions de francs sur un demi-siècle.
Un mécénat renouvelé. Aux dons en numéraire s’ajoutent un mécénat de compétences et en nature, avec des contreparties très limitées, surtout de communication.
Une fiscalité incohérente. L’État a porté la réduction d’impôt à 75 % dans la limite de 1 000 euros, au lieu de 66 %. Mais les dons de la nuit du 15 au 16 avril en sont exclus, et le taux a pris fin le 31 décembre 2019 alors que la souscription continue.
Des doutes sur l’usage des fonds. La loi réserve les dons à la conservation, à la restauration et à la formation. Or une partie des 85 millions versés par la Fondation du patrimoine finance le fonctionnement de l’établissement public, à hauteur de 4 millions. Des donateurs ont demandé le remboursement de leur don faute de garanties sur sa destination.
La cathédrale Notre-Dame de Paris a 900 ans d’histoire, et il est aujourd’hui de notre responsabilité de la conserver pour les générations futures.
Points de vigilance
Associer les professionnels du patrimoine bâti et des métiers d’art, présents sur Notre-Dame bien avant l’incendie, et clarifier le processus de décision pour leur donner une place au conseil d’administration et dans les comités.
Privilégier dans l’appel d’offres, prévu d’ici fin 2020, les entreprises françaises du patrimoine bâti et les ateliers d’art français, avec des exigences de compétence dans les techniques du bâti ancien.
Garantir la transparence sur l’utilisation des dons auprès du Parlement et du public : les dépenses de fonctionnement de l’établissement public ne devraient pas être financées sans que les donateurs en aient été informés.
Informer régulièrement les Français de l’avancement du chantier.
Réserver un éventuel concours pour la flèche à des cabinets et architectes français, en y associant des apprentis ou collaborateurs européens.
Ne pas sacrifier les étapes de sécurisation et de restauration à un calendrier politique : si la cathédrale n’est pas rouverte pour les Jeux olympiques de 2024, le village des métiers sur le parvis montrera le savoir-faire français.
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