William Thay et Pierre Clairé pour Valeurs Actuelles : « Etats-Unis : la vraie campagne peut enfin commencer »

Tribune publiée dansValeurs actuellesle 23 août 2024 · l’original ↗

« Etats-Unis : la vraie campagne peut enfin commencer »

Bien que la campagne de Kamala Harris ait connu un début prometteur après le retrait de Joe Biden, la route jusqu’à la Maison Blanche reste semée d’embûches. Article disponible dans le numéro du 22 août 2024 de Valeurs Actuelles.

Par William Thay et Pierre Clairé

Kamala Harris
Crédit Photo : Kamala Harris par Tim Reckmann sous licence CC BY-NC 2.0 DE
Les chiffres de la tribune
310millions de dollars recueillis en juillet par la campagne de Harris, en grande partie par des dons populaires
près de 87% des déléguésdétenus par Joe Biden, qui soutient la candidature de Kamala Harris
45,9%intentions de vote pour Harris au niveau du vote populaire, contre 43,5% pour TrumpSource citée : sondage ABC News
50%contre 46% Harris pourrait devancer Trump dans le Wisconsin, la Pennsylvanie et le MichiganSource citée : sondage du New York Times et Siena College

Depuis le retrait de Joe Biden, une campagne de rêve pour Kamala Harris

Alors qu’elle ne suscitait pas l’adhésion des démocrates avant le retrait de Biden, sa candidature s’est imposée. Désormais, Harris bénéficie de toute l’armada démocrate : soutien de Joe Biden qui détient près de 87% des délégués, soutiens des couples Obama et Clinton qui restent les personnalités démocrates les plus influentes, et mise à son service des plus influents stratèges démocrates. Ainsi, sa stratégie de campagne a été dynamique et offensive, tirant parti de ses solides performances lors des réunions politiques et d’une communication visant à améliorer son image, elle qui fut une Vice-présidente impopulaire (environ -15 points entre ceux qui ont une bonne image et ceux qui en ont une mauvaise).

De plus, Kamala Harris a connu une montée en gamme significative des moyens pour sa campagne. En juillet, la campagne de Harris a recueilli la somme impressionnante de 310 millions de dollars, dont une grande partie provenant de dons populaires de 200 dollars ou moins​. Cet apport financier lui a permis de surpasser ses adversaires sur les ondes et de pouvoir consolider sa présence dans les États-clés avec l’organisation de premiers grands déplacements dans les Etats-clés du Midwest (Wisconsin et Pennsylvanie).

Enfin, des sondages d’opinion commencent à donner Harris gagnante. Elle est devant au niveau du vote populaire (45,9% contre 43,5% pour Trump selon le dernier sondage ABC News) et rivalise avec Donald Trump dans les États-clés. Selon un sondage du New York Times et Siena College, elle pourrait devancer Donald Trump dans le Wisconsin, la Pennsylvanie et le Michigan (50% contre 46%). Si les sondages n’ont pas de valeur prédictive à ce stade, ils illustrent tout de même une dynamique électorale en faveur de Harris.

Une route encore semée d’embûches

Malgré son bon départ, Harris est encore loin du compte. Pour l’instant, sa campagne a surtout consisté à rassurer son propre camp et à faire mieux que Biden face aux attaques de Trump, ce qui n’était pas très difficile. Toutefois, elle doit encore gagner trois matchs face à Trump.

Malgré son bon départ, Harris est encore loin du compte.

Tout d’abord, elle doit gagner le match des images. Jusqu’à présent, elle bénéficiait de l’attention médiatique portée sur le retrait de Biden et sur la DNC éclipsant la séquence sur la tentative d’assassinat contre Trump. La rentrée ouvrira une nouvelle séquence médiatique avec à la clé les assauts du camp républicain et le débat du 10 septembre, où Trump sera prêt à en découdre et voudra se montrer dominant, excédé par sa traversée du désert médiatique.

Elle doit aussi remporter le match des bilans entre celui de l’administration Biden sortante, qu’elle incarne et celui de Trump. Or, le bilan de l’administration Biden sur les questions économiques et migratoires jugé moins bon par les Américains que celui de Trump pourrait être un écueil pour Harris​.

Enfin, elle doit gagner le match des récits. Pour l’instant, elle a l’avantage car la rhétorique réactive et clivante employée par Trump contre elle est moins susceptible de séduire les indécis que celle de Harris autour d’une vision de progrès et d’unité. Seulement, cela pourrait changer en cas d’inflexion des stratèges républicains face à l’évolution des enquêtes d’opinion.

Tribune publiée dans Valeurs actuelles le 23 août 2024. Lire sur valeursactuelles.com

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