Les BRICS, une menace pour l’ordre établi ou un tigre de papier ?
À la veille du sommet du G20 de New Delhi, et quelques semaines après l’élargissement des BRICS décidé à Johannesburg, Sean Scull retrace l’histoire des deux forums, analyse la montée en puissance des BRICS et en mesure les limites.
Le constat
Un G20 en perte de vitesse et un sommet des BRICS qui accueille six nouveaux membres.
La cause
Un G7 qui ne pèse plus que 27 % du PIB mondial, face à des BRICS qui contestent l’ordre occidental.
La conséquence
Des BRICS hétérogènes qui ne remplaceront pas le G7 de sitôt, mais une occasion pour la France de renouer avec une troisième voie.
Avant-propos
“Nous coopérons sur des principes d’équité, d’appui aux partenaires, de respect des intérêts de chacun, et c’est l’essence du chemin stratégique, tourné vers le futur, de notre association. Un chemin qui répond aux aspirations de la majorité de la communauté mondiale”
Ces mots prononcés par le président Russe, Vladimir Poutine, lors du 15ème sommet des BRICS tenu du 22 au 24 août 2023 à Johannesburg en Afrique du Sud, illustrent l’ADN de cette organisation internationale. Celle de donner une voix à l’échelle globale aux pays qui produisent un quart de la richesse mondiale et représentent 40 % de la population du globe. En d’autres termes, le Brésil, l’Inde, la Chine, la Russie et l’Afrique du Sud.
Depuis quelques années, et surtout avec l’accélération des tensions entre puissances rivales avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 ainsi que le refroidissement des relations sino-américaines, les BRICS ont vu leur influence prendre davantage d’importance sur la scène mondiale. Cette prise d’importance s’explique en grande partie par la ligne politique qu’ils prônent à l’unanimité, celle d’un équilibre économique et politique mondial multipolaire, qui vient concurrencer celui du G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) ou du G20 qui se tiendra ce week-end. Ces dernières sont perçues par les BRICS et de nombreux pays dits « non-alignés », comme le moteur de l’influence des États-Unis et de l’Union européenne ayant pour ambition une gouvernance unipolaire du monde.
Avec le 18ème Sommet des chefs d’État et de gouvernement du G20, qui se tiendra le 9-10 septembre 2023 à New Delhi en Inde, mais ne semble pas intéresser plus que de mesure. Ainsi c’est les différents absents lors de la réunion en Inde qui font parler, alors que nous nous dirigeons vers une absence de résolution et déclaration globale, une première depuis 1999.
Nous voulons répondre à une interrogation qui démenge de nombreux politiciens : Devant le manque d’attrait du G20, les BRICS constituent-ils une menace réelle à l’ordre établi, tel les « non-alignés » du XXIème siècle ou n’est ce qu’un tigre de papier.
Devant cette perte de vitesse, différentes questions peuvent être posées : Quelle influence les BRICS vont il avoir dans le futur ? Sont-ils en mesure de concurrencer le G7 et prendre le pouvoir pour surpasser un groupe comme le G20 ? Plus largement, quelle est l’avenir des BRICS sur la scène politique mondiale ?
Cette note a pour ambition de répondre à ces questions. Dans un premier temps nous étudierons l’histoire et le fonctionnement institutionnel du G20 et des BRICS. Dans un second temps nous analyserons la montée en puissance des BRICS en tant qu’acteur sur la scène internationale. Puis, dans une dernière partie nous analyserons de quelle mesure nous assistons, avec la montée des BRICS, à la mise en place d’un nouvel ordre mondial.
Le G20 et les BRICS : deux histoires
Le G20, né des crises. Créé en 1999 après la crise financière asiatique, élevé au rang des chefs d’État et de gouvernement après la crise de 2008, il réunit des pays qui représentent 85 % du PIB mondial, 75 % des échanges et deux tiers de la population mondiale.
Les BRICS, d’un concept à une institution. Imaginé par l’économiste Jim O’Neill, le groupe s’institutionnalise à partir de 2010. En 2014, il crée la Nouvelle Banque de développement, dotée de 50 milliards de dollars au départ et de 100 milliards aujourd’hui, pour offrir une alternative au FMI.
La montée en puissance des BRICS
Le déclin relatif du G7. Sa part dans le PIB mondial est passée de 70 % en 1975 à 27 % en 2021, et il ne représente plus que 10 % de la population mondiale.
Le refus d’un monde unipolaire. Les BRICS contestent un ordre international centré sur l’Occident : ils ne disposent que de 15 % des droits de vote au FMI. Le refus de nombreux pays du Sud de prendre parti sur la guerre en Ukraine renforce leur audience.
Un élargissement historique. Au sommet de Johannesburg, six nouveaux membres ont été invités à rejoindre le groupe au 1er janvier 2024 : l’Argentine, l’Égypte, l’Iran, l’Éthiopie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.
du PIB mondial pour le G7 en 2021, contre 70 % en 1975.
Vers un nouvel ordre mondial ?
Un acteur incontournable. Selon la note, les BRICS représentent 23 % du PIB et 42 % de la population mondiale, et leur banque de développement est la première pierre d’un ordre alternatif.
Une opportunité pour la France. L’auteur estime que la France a souffert de la domination du dollar et de l’extraterritorialité du droit américain : un monde multipolaire lui offrirait l’occasion de renouer avec une « troisième voie » d’inspiration gaullienne.
la montée en puissance des BRICS devrait être perçue par nos élites politiques comme une opportunité
Une puissance à relativiser
Un groupe hétérogène. Cinq pays sur quatre continents, aux économies inégales, rejoints par six nouveaux membres : la coopération risque de se compliquer.
Des visions divergentes. Pékin et Moscou veulent un instrument anti-occidental, quand l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud préfèrent le non-alignement. Les tensions frontalières entre la Chine et l’Inde se sont ravivées avec la publication d’une carte chinoise revendiquant l’Arunachal Pradesh et l’Aksai Chin.
Une dédollarisation lente. Les BRICS auront encore longtemps besoin de coopérer avec l’ordre établi, et plusieurs membres refusent de substituer le yuan au dollar.
Conclusion. Les BRICS ne remplaceront pas le G7 et le G20 de sitôt, mais leur essor révèle la perte d’influence des forums occidentaux, qui doivent mieux associer les pays du Sud.
G7, G20 et BRICS
Part du PIB mondial (%)
Le poids économique du G7 a fortement reculé depuis les années 1970.
Part de la population mondiale (%)
Les BRICS pèsent plus de quatre fois le G7 en population.
Capital de la Nouvelle Banque de développement (Md$)
Une alternative encore modeste aux institutions de Bretton Woods.
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