Élections au Brésil : vers une nouvelle bascule ?

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Note du Millénaire Affaires étrangères et Défense

Pourquoi les résultats de Lula ne se traduisent pas forcément en gains électoraux

Le 4 octobre 2026, 158,7 millions de Brésiliens élisent leur président et près de 1 650 autres élus. Chômage, inflation, homicides et déforestation reculent. Lula reste pourtant à égalité statistique avec Flávio Bolsonaro. La note explique ce paradoxe par le coût de la vie et la lassitude des électeurs, puis décrit les scénarios et les enjeux du scrutin.

PC
Pierre ClairéDirecteur adjoint des études du Millénaire
1er octobre 2026
54 pages · lecture 19 min
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En bref

Le constat

Malgré un bilan économique et social solide, Lula est à égalité statistique avec Flávio Bolsonaro dans les sondages de second tour.

La cause

La cherté de la vie quotidienne, la lassitude face à la polarisation et le souvenir des batailles judiciaires passées éclipsent le bilan.

La conséquence

Le second tour du 25 octobre décidera de l’alignement du Brésil sur la droite sud-américaine et de sa relation avec Washington et Bruxelles.

Principaux constats
01158,7 millionsd’électeurs appelés aux urnes le 4 octobre 2026, 2,3 millions de plus qu’en 2022
021 650mandats environ attribués en une seule journée, présidence non comprise
0343 %des électeurs se disent fatigués ou mal à l’aise face au climat politique
045,4 %de chômage au deuxième trimestre 2026, le plus bas jamais mesuré pour cette période
05906 reaiscoût du panier de base à São Paulo en avril, plus de la moitié du salaire minimum
0647,7 % / 47,6 %Flávio Bolsonaro devant Lula au second tour selon AtlasIntel, fin septembre

Avant-propos

Also available in English.

Le 4 octobre 2026, les Brésiliens éliront le même jour leur président, 27 gouverneurs, 54 sénateurs, 513 députés fédéraux et plus de mille députés d’État. Près de 1 650 mandats attribués en une seule journée, et le résultat connu le soir même : rares sont les démocraties capables d’un tel exercice. Et rarement un scrutin brésilien aura été aussi disputé et aussi suivi à l’étranger.

Le président sortant Lula devait s’y présenter en position de force, mais rien n’est si simple. En effet, il ne dépasse pas 40 % des intentions de vote au premier tour dans la plupart des enquêtes, et sa désapprobation dépasse son approbation. La plupart des instituts de sondage brésilien, bien que donnant des gagnants différents, concluent tous à une égalité statistique avec Flávio Bolsonaro si l’on se base sur les marges d’erreur. Un paradoxe étant donné que le bilan économique et social de Lula est assez solide, et que son adversaire n’est autre que le fils d’un homme condamné, en septembre 2025, à vingt-sept ans et trois mois de prison pour tentative de coup d’État.

Ainsi, l’élection de 2026 ne se jouera pas sur le bilan ou les améliorations macroéconomiques, elle se jouera sur la vie quotidienne, et ce n’est pas si surprenant que cela si nous prenons en compte d’autres élections ayant eu lieu dernièrement. Pour comprendre ce qui se joue et pour lire le scrutin présidentiel des 4 et 25 octobre, il est déconseillé de se baser uniquement sur le bilan de Lula. Car, et c’est paradoxal, le Brésil est un pays où tous les indicateurs s’améliorent mais les électeurs ne le voient pas, et c’est bien où réside le problème.

Les chiffres brésiliens de 2026 sont ceux d’un pays qui va mieux, entre chômage, inflation, homicides, ou pauvreté en baisse et déforestation qui ralentit. Seulement, ce ne sont que des chiffres pour un électeur qui vit une vie bien différente et se heurte à une dure réalité. La dette Brésil a atteint son plus haut niveau en cinq ans a augmenté sous Lula. Le déficit budgétaire est l’un des plus élevés d’Amérique du Sud, prix de deux années de politique monétaire délibérément dure, avec un taux directeur encore à 13,75 % après cinq baisses successives. Et le panier alimentaire de base a augmenté dans les vingt-sept capitales d’État entre janvier et mars 2026. La désinflation macroéconomique est réelle, mais elle n’est pas encore arrivée jusqu’à la caisse du supermarché. Lula est assez impopulaire également.

Une bonne partie des électeurs se déclarent fatigués ou mal à l’aise face au climat politique de leur pays, une majorité écrasante estime que la polarisation affecte directement le scrutin. Cette lassitude fait craindre des abstentions, votes blancs ou nuls, un comble dans un pays habitué aux fortes participations et où le vote reste obligatoire. Ce qui semble normal dans beaucoup de pays, aurait une portée particulière au Brésil.

Il serait trop facile de cantonner ce scrutin à un affrontement brésilo-brésilien, car les implications sont fortes. En effet, elle se déroule dans le cadre d’un basculement généralisé à droite des pays d’Amérique latine, dans le sillage d’un Donald Trump cherchant à pousser sa Doctrine Donroe dans une zone vue comme stratégique. En cas de victoire de Lula, le Brésil continuerait à être isolé sur le sous-continent, mais en cas de victoire de Bolsonaro, alors il pourrait être attiré dans la sphère d’influence trumpiste. Les droits de douane que Washington impose toujours au Brésil, sous une autre forme depuis l’été, montrent l’intérêt de Donald Trump pour ce scrutin.

Les Européens ne devraient pas se désintéresser de l’élection, à la lumière du récent accord entre l’UE et le MERCOSUR (qui doit encore être ratifié certes). Lula et Flávio ayant des visions différentes sur le commerce et la régulation, l’élection présidentielle pourrait avoir d’importantes conséquences. Et que dire de la France, dont le Brésil constitue la plus grande frontière terrestre en plus de cela.

En définitive, les sondages ne permettent pas de désigner un favori. Mais en se plongeant dans l’état du Brésil à l’approche de l’élection, on peut mieux comprendre ce qui est en jeu.

Un pays qui va mieux, des électeurs qui n’y croient pas

Des indicateurs au vert. Le 4 octobre 2026, plus de 158,7 millions de Brésiliens sont appelés aux urnes. Presque tous les grands indicateurs s’améliorent en même temps : chômage au plus bas, inflation redevenue basse, homicides au plus bas depuis 2012, déforestation amazonienne en net recul. Le président sortant ne dépasse pourtant pas 40 % des intentions de vote dans la plupart des enquêtes. Sa désapprobation dépasse son approbation de sept points. Pour l’auteur, les chiffres racontent un pays qui va mieux. L’électeur, lui, raconte un pays qui n’en peut plus.

Une croissance qui s’essouffle. L’économie a connu en 2025 sa deuxième année de croissance robuste, 2,3 % selon l’OCDE contre 3,4 % en 2024. Le rythme ralentit en 2026 : + 1,1 % au premier trimestre, + 0,5 % au second, entre 1,6 % et 1,9 % attendus sur l’année. C’est le prix d’une politique monétaire restée dure. Le taux Selic, monté jusqu’à 15 %, est redescendu à 13,75 % après une cinquième baisse en septembre. La dette publique brute atteint 82,5 % du PIB, en hausse de plus de dix points depuis l’arrivée de Lula. Le déficit budgétaire s’élève à 9,34 % du PIB, dont 8,67 points d’intérêts.

Le supermarché plutôt que les statistiques. L’inflation est maîtrisée : 4,22 % sur douze mois en août, au plus bas en quatre ans, pour un objectif de 3 %. L’alimentation pèse 21,5 % du panier de l’IPCA et raconte autre chose. Le panier de base a augmenté dans les vingt-sept capitales d’État entre janvier et mars 2026. À São Paulo, il dépassait 906 reais en avril, soit plus de la moitié du salaire minimum, pourtant relevé à 1 621 reais au 1er janvier. Le chômage est tombé à 5,4 % au deuxième trimestre. La note en conclut que la désinflation n’a pas encore atteint la caisse du supermarché.

Sécurité et forêt, des succès peu vendeurs. Le 20e Anuário Brasileiro de Segurança Pública recense 40 775 morts violentes intentionnelles en 2025, soit 19,1 pour 100 000 habitants, en baisse de 8,2 %. La même année connaît un record de bavures policières, une hausse des féminicides et une explosion de la criminalité numérique. Entre août 2025 et juillet 2026, les alertes de déforestation amazonienne ont chuté de 36,87 %, au plus bas depuis 2016. Le Brésil a fait valoir ce résultat à la COP30 de Belém. Dans une campagne dominée par le pouvoir d’achat, il passe au second plan.

Un électorat lassé. 43 % des électeurs se disent fatigués ou mal à l’aise face au climat politique, sept points de plus qu’auparavant. 71 % jugent que la polarisation affecte directement le scrutin. Entre 2010 et 2022, abstention, votes blancs et nuls ont représenté entre 24 % et 27,5 % des inscrits au premier tour. Dans l’enquête Futura Inteligência de juin, les réponses « personne », blanc ou nul atteignent jusqu’à 16,4 % selon les scénarios. Dans un pays où le vote est obligatoire, un recul de la participation serait pour l’auteur un signal politique en soi.

43 %

des électeurs brésiliens se disent fatigués ou mal à l’aise face au climat politique, sept points de plus qu’auparavant.

Note, p. 9, d’après ErreJota Notícias

Le troisième mandat de Lula et les fantômes du passé

Un bilan social solide. Le Brésil est sorti en juillet 2025 de la carte de la faim de la FAO, un résultat déjà obtenu une première fois en 2014. 24 millions de personnes ont quitté l’insécurité alimentaire grave dès la première année du mandat. La pauvreté extrême est retombée à 4,4 % en 2023, son minimum absolu. L’indice de Gini a touché en 2024 son plancher historique, à 0,506. Le Bolsa Família, relancé dès les premiers jours, verse au moins 600 reais par mois à 54 millions de Brésiliens, soit 18,7 millions de familles. Pour l’auteur, la réussite est réelle. Elle ne suffit pas.

Des réformes lentes et une présence mondiale. La réforme fiscale adoptée en 2023, la plus ambitieuse depuis la Constitution de 1988, remplace cinq impôts par une TVA double, l’IBS et la CBS. La politique Nova Indústria Brasil a vu son enveloppe passer de 300 à plus de 750 milliards de reais entre 2023 et 2026. Leurs bénéfices ne se font pas encore sentir. Sur la scène internationale, le Brésil a présidé le G20 en 2024 et les BRICS en 2025. Il a accueilli la COP30 à Belém, où 195 pays ont approuvé le « Paquet de Belém ». Peu de présidents brésiliens ont occupé la scène mondiale aussi longtemps.

Un président qui ne vend pas son bilan. Selon Datafolha, la popularité de Lula n’a jamais dépassé 38 % en 2023, avant de tomber à 24 % en février 2025. En mars 2026, PoderData enregistre une désapprobation record de 61 %. AtlasIntel voit alors Lula perdre pour la première fois une simulation de second tour face à Flávio Bolsonaro, alors qu’il menait de douze points trois mois plus tôt. Pour l’auteur, le scrutin superpose deux jugements. Le premier est un référendum sur le sortant, jugé à l’aune du coût de la vie. Le second est, comme en 2018 et en 2022, un référendum sur la démocratie.

Dix ans de batailles judiciaires. Le 31 août 2016, le Sénat destitue Dilma Rousseff par 61 voix contre 20 pour des manœuvres budgétaires, les pedaladas fiscais. Le Tribunal suprême rejette tous ses recours. La gauche parle depuis de coup d’État institutionnel. Lula est arrêté le 7 avril 2018 et passe 580 jours en cellule à Curitiba. En mars 2021, la justice annule ses condamnations pour vice de compétence. En juin, le Tribunal suprême reconnaît la partialité du juge qui l’avait condamné. Jair Bolsonaro met ensuite en doute la fiabilité des urnes électroniques, sans jamais apporter la preuve d’une fraude.

Chaque camp a son martyr. Une semaine après l’investiture de Lula, des milliers de partisans de Jair Bolsonaro envahissent et saccagent le Congrès, le palais du Planalto et le siège du Tribunal suprême. Trois ans plus tard, celui-ci avait ouvert 1 745 procédures pénales et prononcé 835 condamnations. Le 11 septembre 2025, il condamne Jair Bolsonaro à 27 ans et trois mois de prison pour tentative de coup d’État, par quatre voix contre une. L’ancien président purge sa peine à domicile depuis mars 2026 et reste inéligible. 58 % des Brésiliens jugent que la polarisation affaiblit la démocratie. Pour l’auteur, ils trancheront le 4 octobre entre deux mémoires.

Comment le Brésil vote, et qui vote quoi

Six choix en une journée. La Constitution de 1988 rend le vote obligatoire de 18 à 70 ans, sous peine d’une amende presque symbolique, entre 1,05 et 3,51 reais par tour. Avec plus de 158,7 millions d’inscrits, 2,3 millions de plus qu’en 2022, le Brésil organise l’une des plus grandes élections du monde. La participation a atteint 79 % aux deux tours des deux dernières présidentielles. Le 4 octobre, chaque électeur fait six choix : président, gouverneur, deux sénateurs, un député fédéral et un député d’État. Près de 1 650 mandats se jouent ce jour-là, pour près de 21 000 candidatures.

Deux logiques de scrutin. Président et gouverneurs sont élus au scrutin majoritaire à deux tours. Faute de majorité absolue, un second tour a lieu le 25 octobre. Au Sénat, les deux candidats les plus votés de chaque État l’emportent : 54 des 81 sièges sont renouvelés en 2026. Les 513 députés sont élus à la proportionnelle, selon un quotient calculé État par État. L’urne électronique, introduite en 1996, n’est pas connectée à internet et aucune fraude n’y a jamais été prouvée. Le résultat est connu le soir même. Le Brésil n’a pas d’élection de mi-mandat, ce qui renforce les sortants locaux.

Les scrutins régionaux à suivre. À São Paulo, premier collège électoral du pays avec 34,1 millions d’inscrits, le gouverneur sortant Tarcísio de Freitas (Republicanos) affronte Fernando Haddad (PT), qu’il avait déjà battu en 2022. À Rio de Janeiro, l’ancien maire Eduardo Paes (PSD) est donné loin devant Douglas Ruas (PL) et Anthony Garotinho (Republicanos). Au Minas Gerais, Mateus Simões (PSD) fait face au sénateur Cleitinho Azevedo et à Alexandre Kalil (PDT). Neuf des vingt-sept gouverneurs sortants briguent leur réélection. 437 des 513 députés fédéraux, soit 85,2 %, se représentent.

Le Nordeste, clé de l’élection. En 2022, Lula y a recueilli 69,34 % des suffrages valables au second tour. Cet écart a fourni l’essentiel de sa victoire nationale, acquise avec un peu plus de 2,1 millions de voix d’avance. Une enquête PoderData/Aya de septembre 2026 ne lui accorde plus que 58,5 % dans la région face à Flávio Bolsonaro, près de onze points de moins. Le Nord compense en partie, avec un gain de 8,9 points depuis 2022. Le Sud reste le bastion de la droite : Jair Bolsonaro y obtenait 54,6 % au premier tour de 2022, contre 36,8 % pour Lula. Au Sudeste, le PT a gagné près de 7,8 millions de voix entre 2018 et 2022.

Religion et âge. Les évangéliques représentaient 26,9 % de la population au recensement de 2022, soit 47,4 millions de personnes, contre 22 % en 2010. Selon AtlasIntel, en mai 2026, Flávio Bolsonaro obtient 58,6 % des intentions de vote dans cet électorat, contre 23,7 % pour Lula. Le front parlementaire évangélique revendique 209 députés et 26 sénateurs. Le front agricole réunit environ 343 parlementaires. L’âge devient la fracture la plus mouvante. Lula avait obtenu 61 % chez les 16-24 ans au second tour de 2022. En avril 2026, plusieurs instituts le situent autour de 36 % dans cette classe d’âge au premier tour, contre environ 35 % pour Flávio Bolsonaro.

Les candidats et les sondages

Lula, la continuité. Le président sortant, 80 ans, brigue un quatrième mandat avec le même vice-président, Geraldo Alckmin (PSB). Sa coalition réunit le PT et sept autres partis, de l’aile modérée du PT jusqu’au PSOL. Son programme de 84 pages compte treize axes, et le mot souveraineté apparaît sur 21 pages. Il prévoit de consolider le Bolsa Família, le Pé-de-Meia, le Nouveau PAC et Nova Indústria Brasil, de protéger les minerais stratégiques et d’approfondir les BRICS. Réélu, Lula prêterait serment le 5 janvier 2027 à 81 ans et deux mois. Une quatrième victoire le placerait à égalité avec Franklin Delano Roosevelt ou Hugo Chávez.

Flávio Bolsonaro, la sécurité et le mandat unique. Le sénateur Flávio Bolsonaro, 45 ans, fils aîné de l’ancien président, dispute sa première présidentielle. Son programme de 76 pages et neuf axes se concentre sur la sécurité : majorité pénale abaissée de 18 à 16 ans, castration chimique des récidivistes d’agressions sexuelles, factions criminelles classées narcoterroristes, cinq prisons fédérales de haute sécurité. Il promet une baisse d’impôts, la suppression d’au moins dix ministères, et propose de mettre fin à la réélection présidentielle, y compris pour lui. Pour l’auteur, ce mandat unique rassure le centrão et ouvre la voie en 2030 à Michelle Bolsonaro ou à Tarcísio de Freitas.

Quatre candidats en quête de reports. Ronaldo Caiado (PSD), ancien gouverneur du Goiás, incarne la droite dure sur la sécurité et plafonne à 4 ou 5 %. Romeu Zema (Novo), ancien gouverneur du Minas Gerais, candidat de l’anti-polarisation, tourne autour de 1 à 1,5 %. Augusto Cury (Avante), écrivain sans expérience élective, monté à 10 % après le débat du 23 août, est retombé entre 2 et 5 %. Renan Santos (Missão), cofondateur du Mouvement Brésil Libre, défend une ligne ultralibérale et conservatrice. Selon Quaest, 41 % des électeurs de Cury, 50 % de ceux de Renan Santos et 46 % de ceux de Caiado choisiraient Flávio Bolsonaro au second tour. Ceux de Zema préfèrent Lula, à 38 % contre 32 %.

Des vice-présidents qui comptent. Geraldo Alckmin, 73 ans, ancien gouverneur de São Paulo et rival historique du PT, sert de garantie de modération pour les marchés et le centre. Le poste n’est pas anodin : Itamar Franco en 1992 et Michel Temer en 2016 ont terminé au pouvoir après la chute de leur chef de ticket. Alfredo Gaspar, 56 ans, colistier de Flávio Bolsonaro, a été procureur pendant vingt ans et deux fois secrétaire à la Sécurité publique de l’Alagoas. Il a été rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur les fraudes à l’INSS. La note résume : l’un est là pour rassurer, l’autre pour armer.

Des sondages à lire avec prudence. Fin septembre, Quaest donne les deux candidats à 42 % au second tour. Datafolha place Lula à 47 % contre 45 %. AtlasIntel donne Flávio Bolsonaro à 47,7 % contre 47,6 %. Dans les trois cas, l’écart tient dans la marge d’erreur. En 2022, Datafolha et l’Ipec annonçaient quatorze points d’avance pour Lula au premier tour. Le résultat fut de 48,4 % contre 43,2 %. Une crise ouverte au Tribunal suprême le 1er septembre ajoute de l’incertitude. Selon AtlasIntel, 52 % des électeurs estiment qu’elle pénalise surtout Lula. Selon Datafolha, 85 % disent qu’elle ne changera pas leur vote.

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Le scrutin brésilien en chiffres

Intentions de vote au second tour, fin septembre 2026

Quaest : Lula42 %Quaest : Flávio Bolsonaro42 %Datafolha : Lula47 %Datafolha : Flávio Bolsonaro45 %AtlasIntel : Lula47,6 %AtlasIntel : Flávio Bolsonaro47,7 %
Lecture

Lecture : selon Datafolha (22-23 septembre), Lula obtient 47 % contre 45 % pour Flávio Bolsonaro. Les trois écarts tiennent dans la marge d’erreur.

Note, p. 6 à 8, 21-22, 34-35 et 37-38, d’après Quaest, Datafolha, AtlasIntel, le Tribunal supérieur électoral, l’IBGE, l’OCDE et la Banque centrale du Brésil
Les 4 et 25 octobre, plus de 158 millions de Brésiliens ne choisiront pas entre deux bilans. Ils choisiront entre deux fatigues.

Enjeux, scénarios et conclusion

Un second tour quasi certain. Depuis le retour de la démocratie, seul Fernando Henrique Cardoso a gagné dès le premier tour, en 1994 et en 1998. Même Lula n’avait atteint que 48,61 % en 2006. Les derniers sondages placent Lula entre 39 et 45 % et Flávio Bolsonaro entre 34 et 42 %. Les quatre autres candidats se partagent 10 à 13 % des voix. Pour l’auteur, la question du 4 octobre est donc de savoir qui arrive en tête, et avec quel écart. Le 25 octobre, les reports pèseront, et ils penchent nettement vers Flávio Bolsonaro. C’est sa principale réserve de voix.

Gouverner un Congrès éclaté. Le Congrès compte 22 partis. Le PL de Flávio Bolsonaro y détient 113 sièges, le PT de Lula 74. Entre les deux, un bloc de 350 députés et 57 sénateurs se négocie au cas par cas, en postes, en budget et en amendements. Le vainqueur héritera de la réforme de la fiscalité indirecte, en test depuis le 1er janvier 2026 et achevée en 2033. Il héritera aussi du dossier de l’amnistie des condamnés du 8 janvier. La loi dite de la dosimetria, qui réduit leurs peines, a été promulguée le 8 mai 2026 puis suspendue dans l’attente d’un jugement du Tribunal suprême. Avec Lula, l’amnistie resterait bloquée. Avec Flávio Bolsonaro, elle deviendrait une priorité.

Un Brésil isolé dans sa région. Depuis 2023, l’Argentine, la Bolivie, le Pérou et la Colombie ont basculé à droite, comme le Chili avec José Antonio Kast. Le Brésil reste, avec l’Uruguay, l’un des derniers pays gouvernés par la gauche. Le 25 juillet, Javier Milei a appelé à voter Flávio Bolsonaro à la convention du PL, et Brasília a rappelé son ambassadeur à Buenos Aires. Lula défend un Mercosur aux règles communes. Milei veut en faire une simple zone de libre-échange. Pour l’auteur, une victoire de Flávio Bolsonaro achèverait l’alignement régional. Une réélection de Lula prolongerait l’exception.

Washington, Bruxelles et Paris regardent. Depuis l’été 2025, le Brésil subit les droits de douane américains : 50 % d’abord, liés explicitement au procès de Jair Bolsonaro, puis, depuis juillet 2026, 25 % au titre de la Section 301 et 12,5 % au titre du travail forcé. Washington pose 21 conditions, que le Brésil rejette. Au premier semestre 2026, les exportations vers les États-Unis ont reculé de 2,6 milliards de dollars. Celles vers la Chine ont progressé de 10,5 milliards. L’accord UE-Mercosur s’applique à titre provisoire depuis le 1er mai 2026 et pourrait représenter 5,56 milliards d’euros d’exportations françaises. Flávio Bolsonaro en pousserait l’application la plus libérale.

Deux fatigues. La note parle d’un syndrome Biden. Lula présente l’un des bilans les plus solides d’un sortant depuis 1985 et paraît pourtant vulnérable, car les électeurs comparent un ticket de caisse à leur souvenir. Son adversaire principal, pour l’auteur, est la lassitude. Les deux camps ont fait campagne sur la mémoire, chacun avec son martyr. Les électeurs pensent à leurs fins de mois. Les instituts s’accordent sur une égalité statistique et sur rien d’autre. La note conclut que les Brésiliens ne choisiront pas entre deux bilans. Ils choisiront entre deux fatigues.

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Élections au Brésil : vers une nouvelle bascule ?

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Clairé P., « Élections au Brésil : vers une nouvelle bascule ? », Note du Millénaire, 1er octobre 2026, lemillenaire.org.

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